JEAN SANS PEUR (1371-1419) duc de Bourgogne (1404-1419)

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Fils aîné du duc de Bourgogne Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, Jean, comte de Nevers, participa à la croisade organisée par Sigismond de Hongrie, fut pris par les Turcs lors du désastre de Nicopolis le 25 septembre 1396 (il y avait si bien combattu qu'il y gagna le surnom de Jean sans Peur) et ne revint en France qu'en 1398. Il devint duc à la mort de son père en avril 1404.

Cet homme de guerre intrépide se révèle alors un politique habile et retors. Réformateur par goût de la saine gestion administrative autant que par démagogie, il eut facilement, pour ses entreprises politiques, l'appui de la bourgeoisie réformatrice et des intellectuels de l'université de Paris. Ces entreprises étaient aussi ambitieuses que mesurées. Aussi les progrès de l'État bourguignon furent-ils rapides sous son règne : il unifia la Franche-Comté en y intégrant la ville de Besançon, il remodela les structures administratives de l'ensemble territorial qu'il gouvernait, et notamment les relations entre le duché proprement dit et les Pays-Bas, il soumit Liège à un prince-évêque complaisant, il annexa le Tonnerrois, le Boulonnais et la Picardie. En fait, Jean sans Peur se comporte comme le véritable bâtisseur d'un nouvel État. Mais sa politique demeure nécessairement ambiguë. Prince du sang, l'homme qui s'emploie à fonder le futur « grand-duché d'Occident » n'accepte pas de se désintéresser des affaires du royaume de France ; l'aurait-il voulu, d'ailleurs, qu'il ne l'aurait pu tout à fait : la plus grande part de ses ressources venaient du Trésor royal. Il ne cessa donc de lutter contre son cousin Louis d'Orléans pour la prépondérance au Conseil qui, pendant la maladie de Charles VI, gouvernait en réalité le royaume. C'est pour n'être pas évincé du pouvoir et de ses profits que Jean sans Peur menaça Paris en 1405, fit assassiner le duc d'Orléans en 1407 et, à partir de 1408, soutint un combat acharné contre les partisans de son adversaire, que menait le comte d'Armagnac. Le duc de Bourgogne soutint le mouvement réformateur qui s'était particulièrement manifesté lors de la réunion des états généraux de janvier 1413 ; il se trouva, par là, compromis avec les émeutiers que dirigeaient quelques bouchers parisiens et l'écorcheur Caboche. Son louvoiement lui aliéna nombre de ses partisans. Il dut donc s'enfuir lors de la réaction des bourgeois modérés en août 1413. Mais, après cinq ans de domination armagnaque, Paris fut de nouveau occupé par les Bourguignons en 1418 et le duc crut pouvoir, à la faveur de la folie du roi, gouverner seul le royaume. Finassant avec les Anglais, il les avait laissé écraser les Armagnacs à Azincourt. Mais la trop rapide et trop nette victoire de Henri V changeait les données du problème : Jean sans Peur n'avait nulle envie de se retrouver le vassal d'un roi anglais ; il tenta donc de se réconcilier avec le dauphin Charles. C'est alors que quelques Armagnacs l'assassinèrent tandis qu'il avait, sur le pont de Montereau, une entrevue avec le futur Charles VII. Geste désastreux : pour venger son père, le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, nouera aussitôt avec les Anglais l'alliance en bonne et due forme à laquelle répugnait Jean sans Peur.

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Pour citer l’article

Jean FAVIER, « JEAN SANS PEUR (1371-1419) - duc de Bourgogne (1404-1419) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-sans-peur/