RAPPENEAU JEAN-PAUL (1932- )

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Né en 1932, Jean-Paul Rappeneau est, dans les années 1950, l'assistant de Raymond Bernard, Jean Dréville et Georges Lacombe avant de collaborer à une série de courts-métrages avec Édouard Molinaro et Carlos Villardebo. En 1958, il travaille à une adaptation des Trois Mousquetaires pour Jacques Becker, mais la mort de celui-ci met fin au projet. Il est alors scénariste de Louis Malle en 1960-1962 (Zazie dans le métro, Vie privée) et de Philippe de Broca (L'Homme de Rio, 1963).

Prix Louis Delluc 1966, son premier long-métrage La Vie de château est un plaisant marivaudage sur fond de Résistance et d'Occupation, une histoire à la Lubitsch qui frappe par une élégante intelligence, par son perfectionnisme aussi. Rappeneau travaille lentement, contrôle chaque effet, et ce professionnalisme précis engendre miraculeusement grâce et légèreté. Les Mariés de l'an II (1971) reprend la même formule – une historiette sentimentale emportée par le grand souffle de l'Histoire – en lui ajoutant un rythme éblouissant bien servi par un Jean-Paul Belmondo caracolant à merveille. Ces qualités donnent au Sauvage (1975) et à Tout feu tout flamme (1981) leur allure de comédies américaines très « soft », enlevées, puis tout à coup profondes et cruelles. Yves Montand y développe ses talents comiques face à Catherine Deneuve (Le Sauvage) et Isabelle Adjani (Tout feu tout flamme), visiblement moins à l'aise dans ces scénarios au classicisme précieux.

Avec Cyrano de Bergerac (1990), son plus grand succès public, Rappeneau peaufine son image de marque : de très gros budgets pour de fastueuses reconstitutions en costumes, du grand spectacle patrimonial de qualité avec un Gérard Depardieu à la fois émouvant et ébouriffant. Le travail d'adaptation effectué pour ce film de cape et d'épée dialogué en alexandrins est remarquable ; le scénariste Jean-Claude Carrière coupe, recolle, ajoute des vers, transpose des scènes et Rappeneau fait oublier le théâtre en filmant non seulement de façon réaliste mais même avec naturel. Après Edmond Rostand, les mêmes adaptateurs s'emparent du Hussard sur le toit (1995), roman de Jean Giono réputé « inadaptable » devant lequel Roger Leenhardt, Luis Buñuel et René Clément avaient jadis – entre autres – déclaré forfait. Rappeneau ne quitte pas d'une image son preux héros superbe, pur et généreux. Hésitant entre Fabrice del Dongo et Roland Furieux, Angelo est lancé dans une course contre la peur et la mort, avec à ses trousses les sbires de l'Autriche, avant d'être plongé au cœur de l'épidémie de choléra qui dévaste la Provence en 1832 et de chevaucher longuement au côté de la fascinante Pauline de Theus (Juliette Binoche). Bon voyage (2003) fait un peu bouger l'image trop sage du cinéaste. Car l'intrigue écrite avec Patrick Modiano est diaboliquement agencée, suivant sept à huit personnages emportés par la débâcle de 1940 jusqu'à Bordeaux où se retrouvent le gouvernement et le tout-Paris. Vaudeville de haut vol, loufoque et endiablé, aux péripéties rocambolesques mettant en mouvement d'immenses foules que découvrent d'amples panoramiques à la grue, Bon voyage multiplie les comparses et les intrigues secondaires servis par un chatoiement brillant et divertissant.

Cyrano de Bergerac, de J.-P. Rappeneau, 1990

Photographie : Cyrano de Bergerac, de J.-P. Rappeneau, 1990

«Cyrano de Bergerac» d'Edmond Rostand a fait l'objet de nombreuses adaptations au cinéma. Ici, Gérard Depardieu dans la version qu'en donna Jean-Paul Rappeneau en 1990. 

Crédits : Benoît Barbier/ Camera One/ Hachette Première/ UGC/ Album/ AKG-images

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « RAPPENEAU JEAN-PAUL (1932- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-paul-rappeneau/