CLÉMENT RENÉ (1913-1996)

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À l'origine de la carrière du cinéaste français René Clément, il y a, clairement, un tempérament de bâtisseur, animé par le désir d'acquérir tous les savoirs utiles au plein exercice de ses facultés créatrices. Fils d'architecte, né à Bordeaux en 1913, le jeune René Clément entre aux Beaux-Arts pour suivre la voie de son père. C'est à cette époque qu'il réalise son premier film, le dessin animé César chez les Gaulois. En 1934, il fait la connaissance de Jacques Tati avec qui il tourne un film en deux bobines : Soigne ton gauche. De 1936 à 1944, il réalise une douzaine de documentaires, dont les trois derniers, La Grande Pastorale, Chefs de demain et Ceux du rail, sont éclairés par Henri Alekan. En 1945, les deux hommes se retrouvent pour La Bataille du rail. Né de l'actualité, ce chef-d'œuvre du cinéma de résistance s'impose à ses contemporains par la force de son message et sa rigueur documentaire. On en salue le réalisme, sans voir que certaines de ses plus belles inventions (la „mort“ du train saboté, les derniers instants des cheminots, le lamento des locomotives après leur exécution) procèdent de la pure fiction.

Jean Cocteau est l'un des rares à pressentir le vrai talent de Clément, puisqu'il lui demande, la même année, d'être son conseiller technique pour La Belle et la Bête. Rencontre épisodique mais fructueuse, qui pourrait expliquer la récurrence, chez Clément, de bien des motifs chers au poète-cinéaste : masques, miroirs, labyrinthes, objets hantés et prémonitions.

Le Père tranquille (1946) est tout entier au service de Noël-Noël et illustre au mieux la fiction d'une France viscéralement résistante, triomphant de l'occupant par sa dignité, sa ruse et son courage discret. Plus âpre, Les Maudits (1947) rassemble à bord d'un sous-marin une dizaine de rescapés de la débâcle nazie, en route vers l'Amérique du Sud. Clément fignole un huis clos oppressant, réalise quelques scènes mémorables – la descente du docteur Guilbert (Henri Vidal) dans les entrailles du submersible, la mort de Larga (Dalio) –, mais la confrontation de ces figures trop emblématiques tourne court. L'originalité du film est ailleurs : dans la savante dilution du temps, dans l'ironie latente et la froide objectivité du ton, qui marqueront nombre des réalisations ultérieures du cinéaste.

En 1949, Clément dirige Jean Gabin dans Au-delà des grilles, un mariage inattendu mais réussi entre la mythologie fataliste de Pépé le Moko et le néo-réalisme italien. Le film énonce le thème majeur de l'œuvre de Clément : l'homme prisonnier de son destin, qui connaîtra par la suite de multiples développements. Deux autres thèmes, aussi féconds, peuvent y être relevés : le huis clos (présent dans Les Maudits, puis dans Le Jour et l'heure, Les Félins, etc.) et l'errance dans une ville étrangère, qui inspirera une grande partie de Monsieur Ripois et des séquences clés du Château de verre, Barrage contre le Pacifique, La Maison sous les arbres et Plein Soleil.

La dernière partie du Château de verre (1950) s'ouvre avec une fulgurante projection dans le futur, qui annonce la mort prochaine de l'héroïne, Michèle Morgan. Cette figure de style d'une audace extrême n'est pas la seule originalité d'une œuvre injustement méconnue. Le film constitue une œuvre charnière, réunissant pour la première fois, avec une rigueur exemplaire, la plupart des thèmes et situations propres à Clément : la séduction, l'errance et le „temps suspendu“, l'objet comme intercesseur du destin, le jeu de la mort et du hasard.

René Clément connaît ses plus grands succès avec Jeux interdits (1952), film sobre et émouvant qui reste un modèle de traitement de l'enfance au cinéma, Monsieur Ripois (1954), étude caustique sur le donjuanisme qui offre à Gérard Philipe son meilleur rôle cinématographique, et Gervaise (1956), qui marque l'apogée d'un certain cinéma réaliste français.

Adapté du roman de Marguerite Duras, Barrage contre le Pacifique (1958) inaugure une période plus aventureuse. On ne pardonne pas à ce réalisateur, si français, de chercher ailleurs son inspiration ; la distribution, hétéroclite, déçoit ; les moyens engagés suscitent d'obscures jalousies chez les jeunes tenants [...]

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  • Joël MAGNY
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Pour citer l’article

Olivier EYQUEM, « CLÉMENT RENÉ - (1913-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-clement/