MONNET JEAN (1888-1979)

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Celui que l'on a pu justement qualifier de « père de l'Europe » s'est éteint le 16 mars 1979, dans sa quatre-vingt-onzième année, au terme d'une longue existence, extraordinairement variée mais toujours orientée vers la recherche des moyens propres à rassembler les hommes et à les amener à parler un langage commun. Formé très tôt au commerce international – il a à peine vingt ans quand il débute comme négociant à l'étranger pour le compte de sa famille, propriétaire d'une entreprise de cognac – Jean Monnet est un fin connaisseur du monde anglo-saxon, dont il partage l'esprit pragmatique.

Jean Monnet, 1947

Photographie : Jean Monnet, 1947

Jean Monnet (1888-1979), commissaire général au Plan pour la reconstruction de la France de 1947 à 1952, deviendra le premier président de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.), avant de présider, à partir de 1956, le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe. 

Crédits : Bert Hardy/ Getty Images

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Une méthode d’action

Il n'était ni un intellectuel, ni un technocrate, ni un politicien, mais avant tout un homme d'action qui réfléchissait sur son action et avait très tôt élaboré une « méthode ». Durant la Première Guerre mondiale, membre de la mission commerciale française de Londres, il avait été frappé par l'incohérence de la politique des Alliés dans le domaine du ravitaillement. Il suggéra la mise en commun du tonnage maritime, raréfié par la guerre sous-marine, et la coordination des achats. Des comités exécutifs furent formés, composés non de diplomates représentant strictement les intérêts nationaux, mais d'experts ayant une large liberté d'action.

Cette expérience fut décisive dans la conception que Jean Monnet se fit de la coopération internationale ou interne. Au système traditionnel de marchandages et de compromis il cherchera toujours à substituer l'action concertée en vue d'une solution globale. Prise de conscience des solidarités et recherche de l'efficacité seront ses préoccupations essentielles. Il se trouva affermi dans ses convictions par son passage à la Société des Nations dont il fut, encore très jeune, secrétaire général adjoint. Il y réussit le sauvetage financier de l'Autriche grâce à la concertation des grandes puissances, mais constata rapidement que les pays membres, tenus de défendre des points de vue nationaux, ne pouvaient prendre une vision d'ensemble des problèmes, donc trouver des solutions valables. Il se tourna à nouveau alors vers les affaires, en entreprenant une carrière dans la banque aux États-Unis.

La Seconde Guerre mondiale donna à Jean Monnet une nouvelle occasion d'appliquer sa méthode de mise en commun des ressources. Les gouvernements français et anglais le nommèrent président du comité de coordination de l'effort de guerre allié. Après l'armistice de juin 1940, il resta en Angleterre et participa au bureau de guerre anglo-américain. Churchill l'envoya aux États-Unis où il fut l'un des initiateurs du Victory Program qui allait mettre l'immense potentiel industriel américain au service des armées alliées. John Maynard Keynes a pu écrire qu'ainsi Jean Monnet avait abrégé la Seconde Guerre mondiale d'une année. Après la guerre, Jean Monnet devint commissaire général au plan français de modernisation et d'équipement. Il mit en œuvre sa méthode : réunir chefs d'entreprises, techniciens, syndicalistes, fonctionnaires ; leur faire prendre conscience des problèmes communs et définir ainsi un programme accepté par tous. Le plan Monnet permit la reconstitution des industries de base et l'utilisation rationnelle de l'aide américaine.

Pour l'Europe, Jean Monnet était depuis longtemps convaincu qu'il fallait l'organiser, l'unifier au moins sur le plan économique. À plusieurs reprises, il chercha à tirer parti des circonstances pour proposer aux gouvernements de prendre les initiatives nécessaires. À Londres, en juin 1940, il inspira à Winston Churchill l'éphémère projet d'Union franco-britannique, qui aurait comporté des organismes communs pour la défense, la politique étrangère, les finances, une citoyenneté commune, une association des deux Parlements et un seul cabinet de guerre. Sans doute Churchill y voyait-il une mesure de circonstance pour maintenir la France dans la guerre ; et Monnet, le point de départ d'une Europe à base franco-britannique. Après la guerre, il cherchera à reprendre cette idée et à convaincre les Anglais d'harmoniser leur planification avec celle des Français, mais les Britanniques n'étaient intéressés qu'à l'accroissement des échanges commerciaux. Jean Monnet comprit alors qu'il serait vain d'attendre la Grande-Bretagne pour entreprendre la construction de l'Europe ; il fallait commencer sans elle et réussi [...]

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Pour citer l’article

Pierre GERBET, « MONNET JEAN - (1888-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-monnet/