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CHAMPOLLION JEAN-FRANÇOIS (1790-1832)

Le voyage en Égypte

Le 18 août 1828, Champollion pose enfin le pied sur la terre égyptienne, partageant avec Hippolyte Rosellini, professeur de langues orientales à Pise, la tête de la première expédition scientifique envoyée dans la vallée du Nil, commanditée par la France et le grand-duché de Toscane. Ce voyage tant attendu a été longuement mûri ; aussi, malgré la chaleur et une santé souvent défaillante, Champollion ne ménage pas sa peine. Habillé à la turque, il ne manquerait pour rien au monde la visite d'un site, même lorsque les conditions d'accès en sont périlleuses. Conscient que ne s'improvise pas archéologue qui veut, il ne cherche pas à ouvrir de nouveaux chantiers car, comme il l'écrit lui-même, « ce n'est point mon métier et les Arabes fouilleurs ont besoin d'une surveillance de chaque seconde, sans laquelle ils ne trouvent rien ou font disparaître tout ce qu'ils trouvent ». Il multiplie en revanche les dessins et les relevés épigraphiques, se targuant d'être plus précis que son vieil ennemi Edme Jomard, responsable de la publication de la Description de l'Égypte, qu'il accuse d'avoir, à l'époque de l'expédition de Bonaparte, « oublié de bien regarder les originaux ». Certes il a sur son prédécesseur l'avantage de comprendre les inscriptions qu'il reproduit, mais la pénétration de son regard n'omet aucun détail.À Thèbes, par exemple, il découvre, parmi les hypogées pharaoniques de la Vallée des Rois, la tombe d'une femme « ayant exercé par elle-même le pouvoir souverain », la reine Taousert, dont Théophile Gautier, lecteur enthousiaste et attentif de Champollion, fera, en 1858, l'héroïne de son Roman de la momie.

Outre « quinze cents dessins dont une grande partie coloriée [...] sur place » et la promesse de Méhémet Ali de céder à la France les obélisques de Louxor, Champollion rapporte, pour le Louvre, une collection de cent deux pièces ou lots. Conscient de la nécessité de soumettre les fouilles à un règlement, il adresse d'Alexandrie à ce sujet un rapport circonstancié au vice-roi, qui constitue une étape essentielle dans l'histoire de l'archéologie égyptienne. Pour la première fois, une voix s'élève contre la dispersion du patrimoine égyptien et préconise des mesures, lesquelles ne seront prises timidement qu'en 1835 puis de façon plus efficace, en 1858, lors de la création du service des Antiquités, sous la direction d'Auguste Mariette. Et pourtant, lui-même, sacrifiant aux mœurs du temps, n'a pas manqué d'arracher « d'une scie sacrilège », comme le fit aussi Hippolyte Rosellini, un bas-relief de la tombe de Sethi Ier au risque d'un procès finalement évité avec les Anglais qui se voulaient propriétaires de l'hypogée découvert par Belzoni en 1817 pour le compte de Salt.

Cartouches royaux dessinés par Champollion

Cartouches royaux dessinés par Champollion

Rentré en France, Champollion, nommé membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, devient, suprême honneur, le 12 mars 1831, le premier professeur d'égyptologie au Collège de France ; il ne peut y donner que quelques leçons ; rattrapé par la mort, il s'éteint à Paris le 4 mars 1832. C'est à titre posthume que paraissent, grâce à Jacques-Joseph, les Lettres écrites d'Égypte et de Nubie à ce dernier, la Grammaire égyptienne ou Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne appliquée à la représentation de la langue parlée, l'œuvre de sa vie, « sa carte de visite à la postérité », selon ses propres termes, ainsi que le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique et enfin les Monuments de l'Égypte et de la Nubie d'après les dessins exécutés sur les lieux sous la direction de Champollion le Jeune et les descriptions autographes qu'il a laissées.

— Annie FORGEAU

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne, docteur d'État

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Jean-François Champollion

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Cartouches royaux dessinés par Champollion

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