LE MERCIER JACQUES (1585 env.-1654)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'architecte Jacques Le Mercier est issu d'une famille de maîtres maçons de Pontoise, connue dès le xvie siècle. Son père Nicolas (1541-1637) travaille pour Brulart de Sillery au château et à l'église de Marines, sans doute sur les dessins de Clément Métezeau. Jacques Le Mercier fait le voyage de Rome, où il exécute une série de gravures (Saint-Jean-des-Florentins, 1607 ; statue d'Henri IV à St-Jean-de-Latran par Nicolas Cordier, 1609 ; catafalque pour Henri IV, 1610). Dès 1612, il est de retour en France et construit le couvent des Minimes de Fublaines, près de Meaux. Il réside alors à Montereau, travaillant sans doute au pont ; on le consulte en effet dans les années suivantes pour les ponts de Toulouse (1614), Lyon (1619) et Rouen (1620). En 1617 il bâtit l'amphithéâtre de médecine de la rue de la Bûcherie (détruit), en 1622 dessine le portail du château de Dracy-Saint-Loup (Saône-et-Loire), en 1623 est consulté pour Saint-Eustache.

Qualifié d'architecte du roi dès 1615, Le Mercier en 1618 touche 1 200 livres de gages. Il entreprend en 1624 les grands travaux du Louvre, doublant la façade de Lescot au-delà du pavillon de l'Horloge. Les travaux arrêtés, dès 1626, ne reprennent qu'en 1639. Le Mercier, qui avait voûté la salle des Cariatides (1630), est alors nommé premier architecte du roi ; il donne des dessins pour la façade est du Louvre et le décor de la Grande Galerie que devait peindre Poussin (1641).

Mais Le Mercier est aussi l'architecte favori de Richelieu. Il donne les plans du nouveau collège de la Sorbonne (1626), élève le Palais-Cardinal (1629-1636) et travaille à ses châteaux de Rueil et de Bois-le-Vicomte. En 1631, il trace les plans de la ville nouvelle de Richelieu (Indre-et-Loire) et s'occupe des remaniements considérables du château familial, dessine en 1633 la chapelle de la Sorbonne et en 1635 la façade de l'église du village de Rueil.

À Paris, il donne sans doute les plans de l'hôtel d'Emery (1635), construit par Jean Thiriot, qui fut souvent son entrepreneur ; il remodèle l'hôtel de Liancourt, rue de Seine (1635), gravé par Marot. Les contemporains lui attribuent le château de Chilly, auquel travailla Métezeau en 1627. Peut-être lui succéda-t-il, comme il le fit avant 1630 sur le chantier de l'église de l'Oratoire, modifiant ses plans et projetant une façade, non réalisée mais gravée par Marot. Le Mercier donne encore des dessins pour la châsse de Sainte-Geneviève, pour les maîtres-autels de Saint-Eustache et des Cordeliers (1634), et pour le clocher de Sainte-Croix d'Orléans (1638). En 1646, Le Mercier remplace Mansart sur le chantier du Val-de-Grâce ; il élève les murs de l'église jusqu'à l'entablement, voûte les chapelles latérales et modifie le plan de la chapelle du Saint-Sacrement. En 1653, il trace les plans de l'église Saint-Roch.

Le Mercier apparaît comme le représentant d'une architecture plus sobre, plus rigoureuse, proscrivant tous les ornements inutiles ; dans la façade sur cour de la chapelle de la Sorbonne, il se souvient du portique du Panthéon. Sauval l'appelait le Vitruve de son temps ; mais la plupart des contemporains, tout en appréciant son honnêteté et sa compétence, critiquent assez vivement ses ornements et son dessin trop sec. Sa culture architecturale est plus diverse qu'il ne paraît au premier abord : serliennes des tribunes de l'Oratoire, frontons emboîtés du Louvre dans la tradition des maniéristes florentins. Son style, souvent austère dans les extérieurs (refends du Palais-Cardinal et du château de Richelieu), sait se faire plus riche dans les intérieurs et même recourir aux ornements maniéristes (maîtres-autels de Saint-Eustache et des Cordeliers).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  LE MERCIER JACQUES (1585 env.-1654)  » est également traité dans :

CLASSIQUE ARCHITECTURE

  • Écrit par 
  • Claude MIGNOT
  •  • 4 856 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Du bon usage d'un mot : langage classique et grand style »  : […] Pour sortir de cet imbroglio sémantique, il convient sans doute d'exclure les appellations trop vagues où les deux termes sont en concurrence et se chevauchent sans contenu précis (âge classique, âge baroque, France classique, France baroque). On peut sans doute au contraire continuer d'utiliser le terme de classique au sens large, qui correspond à un phénomène culturel précis : « est classique un […] Lire la suite

LOUVRE PALAIS DU

  • Écrit par 
  • Daniel RABREAU
  • , Universalis
  •  • 2 036 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La résidence royale »  : […] Philippe Auguste conçut le Louvre comme une puissante forteresse jouxtant, à l'extérieur, le nouveau mur d'enceinte de Paris (1190). Symbole de la suzeraineté du roi, l'énorme donjon, dont l'entrée était située au sud, défendait la voie fluviale ; Philippe le Bel accentua l'aspect massif de la construction en élevant une série de remparts : le Louvre était devenu le dépôt du trésor de l'État et de […] Lire la suite

RICHELIEU, Indre-et-Loire

  • Écrit par 
  • Claude MIGNOT
  •  • 666 mots

La petite ville de Richelieu, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Chinon, située dans la vallée du Mable aux confins de la Touraine et du Poitou, fut fondée en 1631 sur un plan régulier par le cardinal de Richelieu. En 1621, après la mort de son frère aîné, Armand Jean du Plessis avait racheté le fief de Richelieu, qui appartenait à sa famille depuis le xv e siècle. Devenu cardinal en 1622 […] Lire la suite

Pour citer l’article

Claude MIGNOT, « LE MERCIER JACQUES (1585 env.-1654) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-le-mercier/