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CARTIER JACQUES (1491-1557)

Troisième voyage : l'or du Saguenay

Pour plusieurs raisons, Cartier ne put se rembarquer pour l'Amérique en 1536 ; les Espagnols, en particulier, lui suscitèrent des difficultés en achetant l'amiral Chabot. Néanmoins, François Ier voulait à tout prix atteindre le Saguenay. Pour faire taire les Espagnols et les Portugais tout en obtenant l'appui du pape, il assigna cette fois des objectifs religieux à l'exploration : désireux, au surplus, d'appuyer ses droits à la possession sur une occupation effective du territoire découvert par Cartier, il allait tenter une entreprise de colonisation.

Le 17 octobre 1540, François Ier avait accordé à Cartier le titre de « cappitaine et pilotte général des navires que le Roy envoie au Saguenay ». À la suite de sa décision de créer un établissement en Amérique, il revenait sur cette nomination le 15 janvier 1541, et nommait Jean François de La Roque de Roberval « lieutenant général, chef, ducteur et capitaine de ladite entreprise ». Cartier ferait le voyage, mais sous les ordres de Roberval.

On recruta des colons : gentilshommes, véreux pour la plupart, et criminels, sortis des prisons du royaume. Au printemps, toutefois, Roberval ne pouvait partir, retenu au port par ses créanciers. Cartier reçut ordre de faire voile sans l'attendre. En août, le Malouin s'installait avec ses hommes au Cap-Rouge, près de Stadaconé. L'habitation reçut le nom de Charlesbourg-Royal. C'est là que, soudainement, l'on découvrit à profusion l'or et les diamants, dont la rive était couverte. L'on en fit de surabondantes provisions. L'or du Saguenay, à deux pas de Stadaconé !

On hiverna à Charlesbourg-Royal, exposés à l'hostilité des Indiens. Trente-cinq Français auraient péri au cours d'escarmouches. Le printemps venu, Cartier appareilla pour la France, désireux de porter le plus tôt possible aux pieds du roi son or et ses richesses. À la hauteur de Terre-Neuve, il rencontra Roberval, qui lui ordonna de faire demi-tour. Profitant de la nuit, Cartier continua néanmoins sa route vers la France. Une déception profonde l'y attendait : l'or et les diamants se révélèrent, à l'analyse, pyrite et mica. « Faux comme diamant du Canada » : le proverbe allait faire fortune.

Cartier ne revint pas au Canada. En 1543, c'est Jean Alfonse qui alla rapatrier la colonie de Roberval, laquelle était fort mal en point. Retiré dans son manoir de Limoilou, Cartier mit son domaine en valeur et vécut en bon bourgeois. Recherché comme compère lors des baptêmes, témoignant parfois en justice, il mena, semble-t-il, une vie agréable. Un document de l'époque le classe parmi les « bons biberons ». Il mourut à l'âge de soixante-six ans, jouissant d'une grande réputation parmi les navigateurs et les cartographes.

— André VACHON

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Écrit par

  • : directeur général des presses de l'université Laval

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Jacques Cartier

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