SEGHERS HERCULES (1590 env.-env. 1638)

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Dans l'art hollandais du xviie siècle, la place d'Hercules Seghers, paysagiste visionnaire, est désormais aux côtés de Vermeer ou de Rembrandt. Son œuvre, une quinzaine de tableaux identifiés et de rares et singulières gravures, est empreint de mystère, tout comme sa vie aventureuse. On présume qu'Hercules Seghers est né à Haarlem, où il est membre de la Guilde de Saint-Luc en 1612. De 1614 à 1628, il est fixé à Amsterdam, où il se marie, et mène une existence misérable, accablé de dettes. En 1631, il est dans le commerce d'art à Utrecht, et, en 1633, à La Haye. Il serait mort à Amsterdam, d'une chute qu'il aurait faite dans l'escalier, alors qu'il était en état d'ébriété. Son destin de peintre maudit repose sur diverses anecdotes, dont celle qui évoque l'artiste tellement passionné par son métier qu'il refuse de laisser voir ses tableaux, ou celle qui raconte qu'il peignait ou imprimait ses gravures sur le linge du ménage ! Ses estampes, presque exclusivement des paysages (pour la plupart conservées au Rijksprentenkabinet à Amsterdam) surprennent par le regard halluciné qui déchiquette l'espace et qui évoque Max Ernst ou James Ensor. Sa technique aussi est très particulière, à tel point qu'on lui a attribué l'invention de la gravure en couleurs : excellent aquafortiste, il joue sur les teintes d'encres et de papiers, voire de tissus, multipliant les retouches, comme un lavage avec des coloris roses ou bleu pâle, sur fonds assortis, ce qui produit un effet inhabituel pour la gravure de l'époque. À cette recherche chromatique s'ajoute une minutie dans l'exécution du détail, et une composition spatiale par série de plans successifs que l'on retrouve dans sa peinture (Paysage montagneux, musée des Offices, Florence). Dans ces immenses paysages chaotiques d'où l'homme est exclu, l'infini se substitue au pittoresque, l'horizontalité s'impose, rompant nettement en cela avec la tradition paysagiste du siècle précédent. Rembrandt, qui possédait plusieurs tableaux de Seghers, semble s'en être largement inspiré dans ses paysages romantiques, entre 1636 et 1648, ainsi que dans certaines de ses gravures. Mais là où Seghers ouvre des espaces inhumains, Rembrandt les remplit du frémissement de l'humanité.

Parmi les gravures les plus étonnantes, il convient de signaler Le Sapin moussu, « fantôme végétal » qui précède de deux siècles les estampes japonaises ; Le Crâne et Le Cheval, imprimés sur tissu, presque fantastiques par leur intemporalité.

—  Jean-Marie MARQUIS

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  • Lyckle DE VRIES
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Dans le chapitre « Le premier quart du XVIIe siècle »  : […] Le premier quart du siècle est marqué par la diversité. Toutes sortes de courants se rencontrent et s'influencent mutuellement. On a déjà mentionné les « académistes » de Haarlem et d'Utrecht. L'avenir eût été à eux si Rubens n'était pas revenu d'Italie. Grâce à une technique minutieuse et à l'emploi du petit format, Jan Breughel dit Breughel de V […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/peinture-neerlandaise-et-flamande/#i_26869

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Jean-Marie MARQUIS, « SEGHERS HERCULES (1590 env.-env. 1638) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mars 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/hercules-seghers/