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ISMAÉLISME

La pensée religieuse Prophétie et « imāma »

Pour les ismaéliens, les êtres humains sont régis par deux impératifs, l'un d'ordre légal ( sharī‘a), l'autre qui tend à la libération totale de l'être, ou résurrection (qiyāma). Chacun de ces impératifs est régi par un agent ou maître. Le premier définit les rapports de l'homme avec ses semblables et organise la société et les devoirs réciproques de ses membres ; il est une émanation de la personne du « Prophète-Législateur ». Quant à l'impératif qui vise à la libération totale de l'homme et qui contribue à sa résurrection, à sa régénérescence ou renaissance, il définit les rapports de l'homme avec son créateur (Dieu) et il émane de la personne de l'imām.

L'impératif légal propose aux hommes des vérités supérieures à travers leurs sens, leur imagination, leur sensibilité ; il comporte des châtiments et des récompenses, car le prophète a dû établir la loi de façon à la leur rendre accessible. C'est ici que s'arrête la fonction du Prophète-législateur et que commence celle de l'imām : ce dernier a pour rôle de dévoiler le secret de la Loi (ordre légal) et ainsi de manifester la vérité à l'état pur, au-delà des obstacles que présentent les sens et la vie ordinaire ; par là, les connaissances sensorielles et imaginatives se libèrent et deviennent semblables aux connaissances à l'état pur. Cette opération, propre à l'imām, est désignée par les ismaéliens sous le vocable technique de al-ta'wīl, qui signifie : ramener les choses à leur origine première, c'est-à-dire à leur sens véritable. Le rapport entre l'impératif légal et l'impératif de résurrection n'est pas arbitraire, il est lié à l'harmonie universelle. En effet, depuis le bas degré du règne de la matière brute grossière jusqu'au plus haut échelon de l'intelligence pure, les êtres sont en continuité, de telle sorte que la fin d'un règne n'est que le commencement d'un autre ; ainsi l'achèvement du règne minéral coïncide avec l'avènement du règne végétal ; à son tour, l'achèvement de celui-ci coïncide avec l'avènement du règne animal. L'homme, dans l'ordre de la Prophétie, accède virtuellement à la libération (résurrection). Il ressuscite effectivement dans l'ordre de la imāma.

Pour pénétrer dans l'univers de la imāma, le fidèle progresse par degrés en commençant par celui de la foi et de la soumission. Au degré suivant, il se trouve devant l'évidence et possède la certitude que l'imām est un intermédiaire entre le disciple et Dieu. L'imām, en effet, est la lumière de la guidance, la personnification de la connaissance et de l'amour, et Dieu a déposé en lui son unité et l'a revêtu à jamais de sa perfection. Sa parole est la parole de Dieu, ses actes sont les actes de Dieu, et de même ses commandements et ses interdits. Plus qu'un intermédiaire, il est un médiateur, une apparence de créature dans une transparence du divin. La connaissance de Dieu par l'homme ne peut s'opérer réellement et pleinement que par lui, puisque l'homme ordinaire ne peut avoir accès à Dieu, dans son mystère inaccessible, que par l'Intellect premier, dont l'imām est la forme et la manifestation sur la Terre. Cependant, la doctrine ismaélienne ne conçoit pas l'Intellect premier comme une hypostase divine mais comme l'acte primordial de l'instauration divine dans le monde céleste. À plus forte raison, elle ne peut considérer l'imām comme une incarnation historique, mais seulement comme une théophanie sous forme humaine.

Exotérisme et ésotérisme

L'édifice religieux présente deux faces, l'une extérieure, l'autre intérieure. La face extérieure correspond à tout[...]

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Écrit par

  • : chargé de cours d'histoire à l'université de Savoie, Chambéry, chercheur associé au Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud, Paris
  • : docteur de l'université Al-Azhar, Le Caire (alimiyya), docteur ès lettres, université de Paris-Sorbonne, maître de recherche au C.N.R.S.

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Mariage collectif bohra

Mariage collectif bohra

Autres références

  • AGA KHAN III (1877-1957)

    • Écrit par Mostafa Ibrahim MORGAN
    • 402 mots

    Fils unique d'Aga khan II, Muḥammad shāh lui succéda à l'âge de huit ans comme imām des ismaéliens. La sympathie probritannique étant assez forte dans la famille, le jeune Aga khan III reçut une éducation typiquement anglaise. Mais c'est grâce à sa mère, appartenant à une grande maison iranienne,...

  • ASSASSINS, secte

    • Écrit par Roger ARNALDEZ
    • 473 mots

    Membres d'une secte musulmane, célèbre par la manière dont elle se faisait un devoir sacré de mettre à mort les ennemis de la Vérité. Les assassins recherchaient, croit-on, l'extase dans la drogue, ce pourquoi on les appelle en arabe ḥashshāshīn ou ḥashīshiyya, nom qui...

  • AVICENNE, arabe IBN SĪNĀ (980-1037)

    • Écrit par Henry CORBIN
    • 8 888 mots
    • 1 média
    ...avicennien. Enfin l'œuvre d'Avicenne est contemporaine d'un fait d'une importance majeure : la constitution de ce que l'on peut désigner comme le corpus ismaélien, c'est-à-dire les œuvres considérables, tant en langue arabe qu'en langue persane, où s'expriment la philosophie et la théosophie...
  • CAIRE CALIFAT FATIMIDE DU (969-1171)

    • Écrit par Pascal BURESI
    • 213 mots

    En 969, le calife fatimide chiite de Kairouan, al-Mu‘izz, décide de déplacer en Orient la capitale de son empire. Arrivé sur le trône en 953, al-Mu‘izz visait la domination sur l'ensemble de la communauté des croyants (Umma). Afin de se rapprocher de Bagdad, le siège du califat...

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Voir aussi