INVASIONS BIOLOGIQUES

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Affectant îles et continents, les invasions biologiques représenteraient la deuxième cause d'altération de la biodiversité, après la dégradation et la réduction de l'habitat. Provoquées par des micro-organismes, des animaux ou des végétaux, elles sont largement facilitées par les interventions humaines. Leurs effets s'exercent en cascade sur les espèces autochtones, les chaînes trophiques et les écosystèmes. Les activités humaines ne sont pas épargnées. La gravité du problème est reconnue, mais la riposte, en termes de volonté, de moyens et de résultats, n'est pas encore à la hauteur des enjeux.

Une extension planétaire

Il ne faut pas prendre à la légère les lâchers dans la nature de « tortues de Floride » (espèces des genres Chrysemis, Graptemys, Pseudemys et Trachemys) car ils se traduisent par des pressions importantes sur l'environnement et les espèces de tortues autochtones, et représentent des processus d'invasion biologique. En 1996, le biologiste américain Mark Williamson résume celle-ci à sa plus simple expression : un accroissement durable de l'aire de répartition d'un taxon (entité systématique). Un tel phénomène est courant au cours de l'évolution puisque la maîtrise de nouvelles niches écologiques peut faire partie intégrante de la stratégie de survie des espèces. Toutefois, depuis le Néolithique, les activités humaines l'ont grandement amplifié, d'une part, en introduisant, de façon volontaire ou non, des espèces et, d'autre part, en modifiant les milieux, favorisant ainsi les invasions. On estime qu'une espèce appartenant à l'ensemble plantes vasculaires-métazoaires (animaux pluricellulaires) réussissait à s'implanter tous les 50 000 ans dans les îles Hawaii, avant l'arrivée des premiers Polynésiens au ive siècle ; puis, trois ou quatre espèces par siècle ont été introduites et une vingtaine par an pour les dernières décennies. De même, en Australie, de dix à trente espèces auraient été implantées annuellement entre 1870 et 1970.

Les définitions suivantes, relatives au phénomène d'invasion, ont été proposées par le Groupe des spécialistes des espèces invasives de l'U.I.C.N. (Lignes directrices de l'U.I.C.N. pour la prévention de la perte de biodiversité causée par des espèces exotiques invasives, 2000).

– Une espèce allochtone (étrangère, exotique, exogène) est une espèce, une sous-espèce ou une entité représentant un taxon inférieur (y compris toute partie, gamète ou propagule, de l'individu, capable de survivre et de se reproduire) se trouvant à l'extérieur de son aire de répartition naturelle (ancienne ou actuelle) ou de son aire de dispersion potentielle (c'est-à-dire hors des limites qu'elle occupe naturellement ou pourrait occuper sans introductions, directes ou indirectes, ou démarches particulières, dues à l'homme).

– Une espèce allochtone invasive est une espèce allochtone qui s'est établie dans des habitats ou des écosystèmes naturels ou semi-naturels. Elle est devenue un agent de changement et menace la diversité biologique autochtone.

– Une espèce autochtone (indigène ou native) est une espèce, une sous-espèce ou une entité représentant un taxon inférieur se trouvant à l'intérieur de son aire de répartition naturelle ou de son aire de dispersion potentielle.

– Une introduction est un déplacement, dû à une cause anthropique, d'une espèce, sous-espèce, ou entité représentant un taxon inférieur hors de son aire de répartition naturelle. Ce déplacement peut s'effectuer à l'intérieur d'un pays ou entre des pays.

– Une introduction fortuite est une introduction non décidée par l'homme, qui voit une espèce se servir de celui-ci ou de ses réseaux de distribution comme vecteurs pour se disperser hors de son aire de répartition naturelle.

– Une introduction intentionnelle est une introduction réalisée délibérément par l'homme, impliquant le déplacement d'une espèce hors de son aire de répartition naturelle ou de son aire de dispersion potentielle. Ce type d'introduction peut être, ou non, autorisé.

Au regard des espèces autochtones (encore appelées natives ou indigènes), les espèces allochtones (dites aussi étrangères, exotiques ou exogènes) sont présentes en nombre extrêmement variable suivant les pays et les régions du monde. S'agissant des plantes vasculaires, les pays du bassin méditerranéen abritent en moyenne 23 000 espèces autochtones et 250 espèces allochtones (soit 1,1 p. 100 des plantes natives) ; la France métropolitaine, respectivement, 4 200 et 438 (9,4 p. 100), mais 959 et 560 (36,9 p. 100) pour la Polynésie française. Généralement sur les îles – comme les Bermudes, Hawaii, Cook, Fidji, la Nouvelle-Zélande – les espèces exotiques sont importantes et représentent, en moyenne, 45 p. 100 des peuplements de ces milieux ; en revanche, dans les pays largement continentaux, comme la Turquie, ce chiffre est très faible (0,9 p. 100) [P. M. Vitousek et al., 1996].

Parmi les espèces allochtones, celles qui deviennent invasives se révèlent, certes, très minoritaires. C'est ainsi que Williamson a proposé, en 1996, la règle des trois dixièmes : parmi les espèces importées, un dixième s'échappent dans la nature (elles sont dites « introduites ») ; de ces dernières, un dixième font souche (elles sont dites « naturalisées »), et parmi celles-ci, un dixième se révèlent invasives. Cette dernière proportion – sujette en pratique à de nombreuses variations –, pour faible qu'elle soit, n'en reflète pas moins une situation préoccupante à l'échelle de la planète, en raison de la gravité des problèmes soulevés par les invasions. Ces dernières concernent quantité de lignées et couvrent l'essentiel du vivant, depuis les micro-organismes jusqu'aux mammifères (tabl. 1). Et leurs impacts sont importants puisqu'elles seraient responsables de 17 à 39 p. 100 des extinctions d'espèces animales certifiées dans le monde depuis 1600.

Espèces invasives dans le monde

Tableau : Espèces invasives dans le monde

Liste des « 100 parmi les pires espèces invasives au monde » établie par le Groupe des spécialistes des espèces invasives de l'U.I.C.N. Elle a été publiée initialement avec les noms usuels en anglais. Lorsque ces noms n'existent pas en français, ou ne sont pas certifiés, une... 

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Espèces invasives dans le monde

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Espèces invasives en France

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  • : journaliste scientifique, expert de l'Union mondiale pour la nature

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Pour citer l’article

Alain ZECCHINI, « INVASIONS BIOLOGIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/invasions-biologiques/