IBÈRES

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Les acquis de la recherche

Depuis les découvertes de Pozo Moro et de Porcuna dans les années 1970, l'archéologie a profondément renouvelé le panorama que l'on peut dresser des Ibères.

Parmi les acquis décisifs, le premier concerne la place des Ibères, longtemps perçus comme des partenaires passifs, dans les échanges méditerranéens. En réalité, les produits de l'économie locale, le vin, l'huile, étaient exportés sur de longues distances et, à partir du ve siècle, on trouve des amphores provenant du sud de la région de Valence puis de Catalogne, à Marseille, à Arles ou dans les habitats du Languedoc, et même à Ibiza ; des amphores du ve siècle contenant des saumures ont été trouvées en Grèce, à Olympie surtout, mais aussi à Athènes. La procédure des échanges est connue en particulier grâce à deux textes inscrits en grec sur des lamelles de plomb, l'un trouvé à Ampurias (La Escala, Gérone), l'autre à Pech Maho près de Sigean (Aude). Le premier, daté de la fin du vie siècle, fait état d'une affaire entre un marchand grec et un marchand de Saiganthè (Sagonte), et le second (l'autre face du même plomb porte une inscription étrusque), daté du deuxième quart du ve siècle, rend compte d'une transaction menée en présence de plusieurs témoins ibères.

Depuis les années 1990, les fouilles donnent un panorama nuancé de l'urbanisme et de l'architecture. Certes, les matériaux et les techniques de construction (pierre équarrie, mur à soubassement en pierre et à élévation en brique crue), les aménagements domestiques (de la banquette en brique au toit-terrasse en terre) sont souvent communs aux autres régions méditerranéennes, mais quelques traits caractérisent bien les villages ibériques. Les maisons sont le plus souvent rectangulaires, accolées les unes aux autres, divisées en deux pièces, dont la plus grande ouvre sur la rue ; à partir du vie siècle, de Puente Tablas (Jaén) à El Oral (Alicante) ou à Alorda Park (Tarragone), quelques maisons ont une forme quadrangulaire et un plan plus complexe, avec quatre ou cinq pièces disposées autour d'un patio ou d'un vestibule, reprenant, sous l'influence phénicienne, un schéma méditerranéen. L'habitat groupé est presque exclusif à partir du vie siècle et le village le plus souvent de petite taille (quelques milliers de mètres carrés) se referme sur lui-même avec ses maisons adossées à l'enceinte ; les grands oppidums fortifiés ne sont vraiment fréquents qu'en Andalousie. L'homogénéité et l'indifférenciation des structures d'habitat caractérisent les villages ibériques ; les édifices aux plans exceptionnels, comme l'Illeta dels Banyets (Campello, Alicante), qui possède deux édifices religieux encadrant un magasin, ou Cancho Roano (Badajoz), avec un édifice de plan carré, à étage, entouré d'un fossé, n'appartiennent pas à des villages mais sont plutôt des édifices cultuels isolés. Dans la seconde moitié du ve siècle, et de manière exceptionnelle, un schéma modulaire rigoureux (rue centrale, rues adjacentes et courtines parallèles) de filiation grecque a été mis en œuvre à La Picola (Santa Pola, Alicante) avec des divisions toutes basées sur une même unité de mesure, un pied de 30 centimètres.

La sculpture constitue la forme d'expression la plus originale des Ibères, qui privilégient le travail de la pierre pour conserver leur mémoire ou honorer leurs divinités. Les sculptures apparaissent entre la fin du vie siècle et le ve siècle, à une époque où les échanges avec les Phéniciens et les Grecs sont actifs et au moment où la société ibérique connaît une forte hiérarchisation. Le lion, le taureau, le griffon, le sphinx, animaux isolés qui protègent, inspirent la peur ou guident le défunt dans l'au-delà, sont privilégiés dans les nécropoles. En outre, de véritables programmes iconographiques sont réalisés dans le monument funéraire de Pozo Moro (Albacete), dans l'hérôon de Porcuna (Jaén) ou dans le sanctuaire de Huelma (Jaén), autant d'exemples où le rôle et la place du commanditaire sont déterminants. Sans doute des éléments orientaux (animaux choisis, position statique, ornementation florale), phéniciens ou grecs, sont-ils intégrés mais on saisit mal les cheminements et les modalités de leur transmission. Mieux vaut analyser la sculpture ibérique comme un ensemble particulier où les figures se caractérisent par une simplification abstraite des plans et par une géométrisation des formes. Le graphisme est aussi un souci permanent de l'artiste et, sur une pierre toujours tendre, le burin permet tout à la fois de dégager les volumes et de tracer les détails. Les ateliers de sculpture (bronze, pierre ou terre cuite) ont été actifs jusqu'à l'époque romaine, surtout pour les ex-voto, mais on constate que les monuments de pierre ont été volontairement détruits ou enfouis autour de 400 avant J.-C. La population a eu sans doute une réaction de rejet vis-à-vis de constructions souvent somptuaires, refusant d'abord ce qui avait été conçu par et pour un prince ou un aristocrate héroïsé (celui de Porcuna par exemple) mais ayant aussi oublié le sens de tels édifices et de telles sculptures.

Cette question de la destruction volontaire d'ensembles sculptés est parmi les plus complexes pour les archéologues, confrontés par ailleurs à des textes qu'ils savent lire mais qui restent, pour eux, incompréhensibles, car l'écriture ibérique, composée de vingt-huit signes alphabétiques et syllabiques provenant des écritures phénicienne et grecque, n'est pas encore déchiffrée. Ce sont les travaux sur l'occupation du territoire, sur les formes d'habitat, sur les transformations de l'urbanisme, sur l'évolution de l'armement ou des œuvres figurées au cours des six siècles de l'histoire ibérique qui sont aujourd'hui les plus fructueux.

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Pour citer l’article

Pierre ROUILLARD, « IBÈRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iberes/