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HOMO SAPIENS SAPIENS

On regroupe dans la sous-espèce Homo sapiens sapiens toutes les populations humaines vivantes et toutes celles qui les ont précédées et qui leur étaient très similaires. Cet ensemble est souvent appelé « Hommes modernes » ou « Hommes de morphologie moderne ». Les caractéristiques générales sont celles de l'espèce Homo sapiens, mais avec une capacité cérébrale élevée atteignant 1 450 centimètres cubes en moyenne. Les superstructures osseuses ont diminué : par exemple, le bourrelet sus-orbitaire est désormais divisé en deux parties au-dessus de chaque orbite, au lieu de former un puissant relief continu. La taille des dents continue de diminuer. Cette réduction s'accompagne, au cours des périodes récentes, d'une gracilisation générale du squelette.

Les plus anciens fossiles connus ayant acquis cette morphologie viennent d'Afrique, et surtout du Proche-Orient. En Afrique de l'Est, deux crânes ont été découverts dans la vallée de l'Omo (Éthiopie) qui ont une morphologie moderne et qui pourraient avoir environ 100 000 ans. En Afrique du Sud, la grotte de Klasies River Mouth a livré des restes humains, malheureusement très fragmentaires, qui ont un âge comparable. Au Proche-Orient, les grottes de Qafzeh et de Skhul (Israël) ont fourni les ossements de près de 35 individus, adultes et enfants, squelettes complets ou os isolés, qui ont été très bien datés entre 95 000 et 105 000 ans. Certains individus présentent encore des caractères archaïques, ce qui laisse supposer que l'origine de la sous-espèce doit être recherchée vers 150 000 ans. Cela est en accord avec les données provenant de la génétique des populations actuelles.

En Asie, les premiers Hommes modernes connus actuellement sont plus récents. Le plus ancien d'entre eux, le squelette de Liujiang (Chine), pourrait avoir un âge de 63 000 ans, mais il a été découvert fortuitement et sa position stratigraphique n'est pas clairement établie. En Europe, ils sont encore plus récents. Ce sont les Cro-Magnons et les restes les plus anciens que l'on puisse attribuer à cette population ont environ 30 000 ans.

L'origine géographique des Hommes modernes fait l'objet de deux hypothèses opposées. L'une d'elle considère qu'ils sont apparus en Afrique subsaharienne d'où ils se seraient étendus sur tout l'Ancien Monde en supplantant les populations existant déjà. C'est l'hypothèse du remplacement, encore appelée hypothèse de l'arche de Noé. Elle s'appuie d'abord sur des données génétiques et aussi sur une bonne succession de fossiles qui témoignent d'une évolution sur place, en Afrique subsaharienne, au cours des derniers quatre cents millénaires. L'autre hypothèse est en faveur d'évolutions indépendantes en Asie et en Afrique à partir des populations archaïques locales. C'est l'hypothèse multirégionale ou hypothèse du candélabre. Elle s'appuie, en particulier, sur la persistance régionale de traits morphologiques pendant plusieurs centaines de milliers d'années, et ce jusqu'aux populations actuelles. Cela est interprété comme la preuve d'une continuité génétique entre les populations archaïques et les populations modernes.

Il est cependant peu probable que toutes les populations de l'Ancien Monde aient disparu pour être remplacées par une nouvelle, venue d'Afrique, et peut-être faut-il envisager un système réticulé qui conjugue des évolutions régionales et des échanges génétiques entre les régions. Le seul continent qui a vu sa population disparaître pour être remplacée par une population immigrante est l'Europe, où les Néandertaliens disparurent définitivement vers 30 000 ans pour être remplacés par des Hommes modernes venus de l'Est.

Quoi qu'il en soit, l'humanité actuelle constitue[...]

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Écrit par

  • : docteur es sciences, ancien professeur d'anthropologie à l'université de Bordeaux

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DÉCOUVERTE DE L'HOMME DE CRO-MAGNON

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    C'est en 1868, lors de la construction de la voie ferrée de Périgueux à Agen, que furent découverts fortuitement, par Louis Lartet, au fond de l'abri-sous-roche de Cro-Magnon, près du village des Eyzies-de-Tayac (Dordogne), les restes de cinq squelettes humains dont la disposition...

  • DÉCOUVERTE DES PLUS ANCIENS HOMMES MODERNES : HOMO SAPIENS SAPIENS

    • Écrit par Herbert THOMAS
    • 217 mots

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  • ART DU PALÉOLITHIQUE SUPÉRIEUR (Europe)

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    • Écrit par Bruno MAUREILLE
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    ...grotte de Denisova et daté entre 55 000 et 65 000 ans (± 3 000). Cet ADN mitochondrial est comparé à celui de cinquante-quatre hommes modernes actuels, d' un fossile d'Homo sapiens sapiens du Paléolithique supérieur (âgé d'environ 28 000 ans), de six Néandertaliens et de deux grands singes...
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