HOMÉOPATHIE

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La construction doctrinale de Samuel Hahnemann

Le fondateur de la doctrine ne fut ni le génie que décrivent ses thuriféraires ni l’illuminé présenté par ses détracteurs. Samuel Hahnemann, né à Meissen en Saxe en 1755 dans une famille de peintres sur porcelaine, fait ses études secondaires dans cette ville avant d’entreprendre des études de médecine, d’abord à Leipzig puis, déçu par un enseignement très théorique, à Vienne, qui était alors la Mecque de la nouvelle médecine enseignée au lit du malade (clinique). Authentique docteur en médecine de l’université d’Erlangen (près de Nuremberg), il exerça, non sans difficultés, dans de nombreuses petites villes d’Allemagne. Par-dessus tout, il fut un médecin des Lumières qui, comme les autres, se livrait à l’observation brute des phénomènes naturels. C’est dans ce cadre qu’il constata sur lui-même que le quinquina, qui guérissait de la fièvre intermittente (ou paludisme, dont il avait été atteint en Transylvanie lors de son séjour en 1777) pouvait aussi provoquer des symptômes voisins de cette même fièvre chez un individu sain. Il absorba ensuite des substances dont les vertus thérapeutiques étaient connues et s’aperçut qu’elles produisaient sur lui-même, homme en bonne santé, les symptômes des maladies qu’elles soignaient. Ainsi, la belladone provoquait des éruptions semblables à celles de la scarlatine, la jusquiame les taches et les signes de la rougeole. Pour vérifier ce principe de similitude, il multiplia les « essais faits sur des hommes sains », qui furent rassemblés dans une gigantesque Materia medica en six volumes publiés entre 1811 et 1819, où étaient décrits par le menu tous les symptômes survenus chez le sujet après la prise de substances les plus diverses : plantes comme la jusquiame, la belladone, la pulsatille, la digitale… ; matériaux organiques comme l’or, le charbon, le soufre ; produits chimiques comme les différents acides, le phosphore. Pour asseoir intellectuellement la loi de similitude, Hahnemann ne se revendiqua pas d’une tradition antique et alchimique, comme celle de Paracelse (1493-1541) dont il qualifiait les œuvres « d’incompréhensible baragouin », mais s’appuya sur les multiples observations des médecins des xviie et xviiie siècles dans lesquelles il trouva « des guérisons homéopathiques dues au hasard ».

Prises à doses pondérales, les substances donnaient naturellement des symptômes graves. Aussi Hahnemann chercha-t-il tout au long de sa carrière les moyens d’atténuer le plus possible les doses pour que la substance agisse positivement. C’est dans ce cadre qu’il mit au point des méthodes simples mais sans précédent. Hahnemann mit d’abord au point les dilutions qui portent son nom (CH pour centésimales hahnemanniennes). Pour obtenir une dilution de 1CH (1re dilution centésimale hahnemannienne), il faut dissoudre une goutte de substance active dans cent fois son volume d’eau. En diluant à nouveau une goutte du produit obtenu dans cent gouttes d’eau, on obtient une dilution 2CH, etc. Hahnemann, qui ne dit rien des conditions concrètes de la dilution (qualité des récipients, de l’eau et des produits utilisés) invoque seulement son expérience et les résultats de sa pratique pour justifier son recours progressif à des dilutions sans cesse plus élevées qu’il jugeait plus efficaces que les autres. Pour libérer pleinement le potentiel de ces dilutions et les dynamiser (dynamisation), il imagina plus tard de secouer les médicaments (succussion). Très vite aussi, toujours pour réduire les doses, il substitue les granules imbibés de la dilution souhaitée aux gouttes et se limite parfois à faire respirer les globules contenus dans un tuyau de plume.

À partir de 1810 et de la parution de l’Organon de la médecine rationnelle (de l’art de guérir dans les éditions ultérieures), véritable manifeste des principes de l’homéopathie, Hahnemann s’attacha à traiter chaque malade en particulier, plutôt que des maladies. Son diagnostic s’appuyait sur de longs entretiens au cours desquels les patients devaient faire part de tous leurs symptômes, mais aussi de leurs habitudes de vie dans tous les domaines. C’est à partir de ces données qu’Hahnemann prescrivait un traitement particulier à chaque malade, fondé sur l’ensemble de ses symptômes, sur sa complexion (sanguine, par exemple), son caractère et son humeur. Avec un tableau clinique forcément très complexe et une matière médicale foisonnante, le choix du traitement était très ouvert et pouvait changer au cours de la maladie. Après avoir hésité, Hahnemann préconisa de ne jamais utiliser qu’un seul remède à la fois. Si le malade ne réagissait pas à ce premier remède, Hahnemann laissait passer un certain temps (pendant lequel il pouvait prescrire un placebo, en général des granules non imprégnés de substance active) pour effacer ses effets, avant d’essayer un autre remède et ainsi de suite.

Restaient les maladies chroniques – terme qui ne désignait pas des maladies spécifiques, mais qui évoquait les formes de chronicité de n’importe quelle maladie – qui résistaient à l’homéopathie comme d’ailleurs au reste de la médecine. Dans le Traité des maladies chroniques (1828-1830) en trois volumes qu’il leur consacra, Hahnemann les attribua à trois miasmes ou affections de la peau qu’il proposa de traiter préalablement par Sulfur (le soufre) avant de passer au traitement individualisé.

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Samuel Hahnemann

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Trousse de voyage de Samuel Hahnemann

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Olivier FAURE, « HOMÉOPATHIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/homeopathie/