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HOMÉOPATHIE

La conquête de la légitimité sociale

Fort heureusement pour elle, le destin de l’homéopathie ne se joue pas seulement dans l’arène médicale et scientifique, où elle est largement perdante, mais aussi très largement sur la scène sociale où la situation peut prévaloir. Dans ce cadre, l’homéopathie a souvent disposé de leaders charismatiques et habiles, de militants dévoués, d’adeptes fidèles et de clients avides de traitements alternatifs. Ainsi, si Hahnemann fut un scientifique contesté, son charisme ne peut être mis en doute. Les premiers ralliements à l’homéopathie s’opèrent sur le mode de la conversion, Hahnemann jouant le rôle de messie de la nouvelle médecine. La lecture de l’Organon de l’art de guérir suscita chez certains un tel choc qu’ils éprouvèrent, comme le docteur Foissac en 1834, l’irrépressible envie de rencontrer son auteur. Frappés par l’intensité de son regard, son aspect juvénile et quelques autres traits de caractère, les visiteurs nés autour de 1800 et grandis dans la nostalgie du grand homme comparèrent volontiers Hahnemann à Napoléon. Hahnemann était pour eux un prophète ou un mage comme la période romantique en compta beaucoup dans le domaine des lettres (Lamartine, Hugo) et de la pensée politique (Saint-Simon). Il n’eut donc aucun mal à les convertir à l’homéopathie et se les attacher personnellement. De nombreux parmi les centaines de ses visiteurs décidèrent de vouer leur vie à l’étude, la pratique et la diffusion de l’homéopathie qu’ils aient été médecins ou non. Surgissant en Europe dans les mêmes années (1831-1832), le choléra leur offrit un terrain propice pour tenter de démontrer l’efficacité de la nouvelle méthode et plusieurs s’engagèrent corps et âme dans cette véritable croisade qui n’eut pas plus, mais pas moins, de succès que les autres thérapeutiques.

Léon Vannier

Léon Vannier

Si la mort du maître laissa un grand vide, l’homéopathie retrouva plusieurs fois ces grandes personnalités charismatiques qui surent unifier le mouvement – à partir de 1905, et dans l’entre-deux-guerres, le médecin parisien Léon Vannier (1880-1963) fut presque un nouvel Hahnemann, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. Si ces personnages pouvaient susciter l’adhésion totale, leur caractère autoritaire, leur certitude d’avoir raison et leur refus de tout compromis furent aussi à l'origine de schismes dans le monde homéopathique. Le plus important et le plus durable fut celui provoqué par les dernières options de Hahnemann. En poussant à l’extrême les dilutions et les potentialisations, en attribuant toutes les maladies chroniques (Traité des maladies chroniques) à trois affections psoriques (de la peau), Hahnemann provoqua un véritable « schisme » entre ses fidèles et les « éclectiques » qui prônaient une homéopathie tempérée et n’excluaient pas le recours à la médecine « allopathique ». Malgré une histoire compliquée et des réconciliations éphémères, l’homéopathie française est divisée jusqu’à la fin du xixe siècle. Jusqu’à aujourd’hui, l’homéopathie continue de se partager entre les hahnemanniens de stricte observance et les autres, dits parfois scientifico-critiques. Progressivement, le fossé s’est creusé entre une homéopathie qui reste fidèle à l’unicité, à la singularité du traitement et aux hautes dilutions, et celle qui prescrit des médicaments communs à tous pour une même maladie et n’hésite pas à utiliser ou fabriquer des composés de plusieurs substances, comme le fait le plus grand laboratoire homéopathique. Dans le monde anglo-saxon surtout, des homéopathes comme William Bayes (1823-1900) ou Charles Drysdale (1816-1890) revendiquèrent même ouvertement l’usage d’autres traitements dans certains cas.

Pourtant, tout au long des xixe et xxe siècles, les leaders et les responsables de l’homéopathie ne furent pas seulement des[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Samuel Hahnemann

Samuel Hahnemann

Trousse de voyage de Samuel Hahnemann

Trousse de voyage de Samuel Hahnemann

<it>Application d’un principe homéopathique</it>, H. Daumier

Application d’un principe homéopathique, H. Daumier

Autres références

  • HAHNEMANN CHRISTIAN FRIEDRICH SAMUEL (1755-1843)

    • Écrit par Gabriel GACHELIN
    • 822 mots
    • 1 média

    Médecin allemand, fondateur de l’homéopathie, Christian Friedrich Samuel Hahnemann est né le 10 avril 1755 à Meissen, en Saxe, ville où son père était peintre sur porcelaine. Samuel étudie d’abord à l'école municipale, où il montre de grandes dispositions pour les langues anciennes (grec et latin)...

  • MÉDECINES ALTERNATIVES

    • Écrit par Bernard CHEMOUNY, Bernard POITEVIN
    • 1 653 mots
    • 3 médias
    L'homéopathie a évolué depuis son élaboration par Hahnemann il y a deux siècles. Actuellement, de nombreux médecins homéopathes intègrent dans leur pratique les progrès des différentes sciences biomédicales et l'utilisent dans de nombreuses affections courantes. Les principaux domaines d'activité sont...
  • MÉSOTHÉRAPIE

    • Écrit par M. PISTOR
    • 734 mots

    Dès 1952, le docteur Michel Pistor, généraliste exerçant dans un petit village du Vexin, avait obtenu, en traitant des malades par injections intradermiques localisées de procaïne iodée et soufrée, des résultats insolites et inespérés. Ces malades étaient atteints de migraines, de bourdonnements...

Voir aussi