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KARAJAN HERBERT VON (1908-1989)

Le chef charismatique

Mais Karajan est aussi l'une des figures marquantes de la direction d'orchestre. Il possédait un charisme qui envoûtait les musiciens et lui permettait de mener avec eux cette recherche constante de la perfection. Contrairement à ce que laisse entendre une certaine légende, il n'a pas bâti l'Orchestre philharmonique de Berlin : Furtwängler lui avait laissé un outil de très haut niveau. Il en a fait un orchestre moderne, probablement plus subtil dans le domaine du raffinement sonore et capable de s'adapter à tous les répertoires. Mais, surtout, il est parvenu à créer entre ses musiciens et lui une complicité proche de l'osmose et qui se traduit par une exceptionnelle homogénéité.

Karajan aimait à découvrir de jeunes solistes dont il aidait les débuts en les accompagnant (Christoph Eschenbach, Gundula Janowitz, Hildegard Behrens, Agnes Baltsa, Anne-Sophie Mutter, François-René Duchâble, Evgeni Kissin...). À l'inverse, la musique contemporaine ne semblait pas l'attirer beaucoup. Parmi les quelques créations qu'il a dirigées figurent des œuvres de Rudolf Wagner-Régeny (Die Bürger von Calais, « Les Bourgeois de Calais », 1939), de Gottfried von Einem (Concerto pour orchestre, 1944), de Carlf Orff (Trionfo di Afrodite, « Le Triomphe d'Aphrodite », 1953 ; De Temporum finae comoedia, 1973), de Heinrich Sutermeister (Missa da Requiem, 1953), de Fritz Leitermeyer (Rhapsodische Skizzen, 1963) et de Hans Werner Henze (Antifone, 1962). Mais il était surtout un homme de répertoire, qu'il n'a cessé de remettre sur le métier (il a enregistré l'intégrale des symphonies de Beethoven à cinq reprises) : après la profondeur des années 1950, son approche gagne en brillant et en spectaculaire, avec une certaine dureté, puis il semble s'enfermer dans un univers de vitesse mal adapté à cette alchimie du son qui s'impose sans cesse davantage chez lui. C'est ce dernier visage qui triomphera ; il saura même le pousser jusqu'à la transparence, sans jamais perdre cette vision dramatique ni cette sensualité qui permettent d'identifier ses interprétations à toute les époques de sa vie. « Il a créé un son d'orchestre qui est tout à fait représentatif de sa personnalité », a écrit Claudio Abbado, son successeur à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin.

— Alain PÂRIS

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Écrit par

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Herbert von Karajan

Herbert von Karajan

Autres références

  • BERLIN ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE

    • Écrit par Alain PÂRIS
    • 1 289 mots
    • 4 médias

    Fondé en 1882, l'Orchestre philharmonique de Berlin (Berliner Philharmonisches Orchester) a toujours été considéré comme l'une des meilleures et des plus prestigieuses formations symphoniques du monde. Son homogénéité, l'élan collectif qui s'en dégage reflètent dans ce qu'elle a de plus fort...

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  • FESTIVALS

    • Écrit par Jean-Michel BRÈQUE, Matthieu CHÉREAU, Jean CHOLLET, Philippe DULAC, Universalis, Christian MERLIN, Nicole QUENTIN-MAURER
    • 17 192 mots
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  • FRENI MIRELLA (1935-2020)

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    ...plus tard, et foule pour la première fois les planches de la Scala de Milan en 1963, dans une production qui est restée dans les annales du théâtre : Herbert von Karajan dirige La Bohème de Giacomo Puccini dans une mise en scène de Franco Zeffirelli. Mirella Freni y est la plus exquise des Mimì, un...
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Voir aussi