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GARFINKEL HAROLD (1917-2011)

Harold Garfinkel est le principal instigateur de l'« ethnométhodologie », courant sociologique qui s'est développé aux États-Unis dans les années 1960-1970. Né en 1917 dans le New Jersey, élevé dans la communauté juive de Newark, il fait une partie de ses études supérieures à l'université de Caroline du Nord. Il y découvre la sociologie de William I. Thomas et Florian Znaniecki, ainsi que la phénoménologie et la psychologie de la forme. Il s'initie aussi aux œuvres de Charles Wright Mills et de Kenneth Burke, dont la problématique des accounts retient son attention. Garfinkel s'intéressera en effet, par la suite, aux méthodes mises en œuvre par les agents sociaux pour produire leurs descriptions, explications ou justifications de leurs actions (accounting practices), ainsi qu'au fait qu'ils attendent normativement des uns et des autres qu'ils se considèrent comme comptables de ce qu'ils font et de la manière dont ils le font (accountability). C'est aussi l'époque où paraît le grand livre de Parsons, The Structure of Social Action (1938), dans la lecture duquel Garfinkel dit s'être plongé avec avidité dès sa parution.

Situations

L'entrée des États-Unis dans la guerre interrompt ses études. Après la guerre, il s'inscrit en thèse avec Talcott Parsons à Harvard. Il se confronte alors sérieusement à l'œuvre de Parsons, qui l'intéresse pour la manière dont elle articule l'étude de l'action sociale et celle de l'ordre social. Mais il a l'intuition qu'il faut concevoir autrement cette articulation, et notamment reformuler les idées d'action et d'ordre, et adopter, pour rendre compte de l'expérience, une autre démarche que l'abstraction conceptuelle. Pour cela, il prend appui sur la phénoménologie avec l'aide d'Aaron Gurwitsch et sur le programme sociologique qu'Alfred Schütz en a tiré.

Les premiers travaux de Garfinkel se placent très directement dans la filiation de la pensée de Schütz. Ainsi s'intéresse-t-il, comme celui-ci, au problème de la constitution d'un monde intersubjectif, qu'il éclaire en mettant en évidence les caractères normatif et moral de l'arrière-plan de routines et d'attentes qui assure la stabilité des interactions sociales. Il montre aussi comment le maintien d'un ordre social et la coordination des actions passent par une confiance réciproque, et par un engagement motivé des agents sociaux en faveur des attentes constitutives de l'« attitude de la vie quotidienne », attentes dotées d'une légitimité et d'une valeur morale qui leur confèrent un caractère d'obligation. De ce point de vue, Garfinkel adhère à la conviction d'Émile Durkheim que la réalité sociale est d'abord et avant tout une réalité morale, avec ses deux dimensions d'obligation et de désirabilité, mais il reformule complètement cette conviction à partir de la phénoménologie sociale de Schütz.

Mais la manière de procéder de Garfinkel diffère en profondeur de celle de son mentor. Ce qui frappe dans sa relation aux auteurs dont il s'inspire, c'est le fait qu'il cherche à rompre avec leur façon même d'opérer, à savoir par conceptualisation, idéalisation, typification, modélisation, qui ne peut pas rendre justice au phénomène de l'accomplissement situé des actions sociales. Cela vaut en particulier pour la phénoménologie de Schütz. Il ne reprend pas ses concepts tels quels pour voir abstraitement comment s'ordonne le réel une fois analysé sous leurs auspices. Sa démarche consiste bien plus à les « empiriciser », c'est-à-dire à les traiter comme indiquant des phénomènes à retrouver dans leurs détails, à observer et à décrire en tant que tels. Garfinkel recherche ces phénomènes dans des situations et des occurrences « naturelles », au[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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