GROUPE SOCIAL

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Groupes en ethnologie

Le groupe, unité réelle et intégrée

Quand il est question de définir le groupe, les sociologues s'accordent plus facilement sur les négations que sur les affirmations. Tout regroupement de personnes ne constitue pas nécessairement un groupe. Il peut se réduire à un agrégat physique, c'est-à-dire à un ensemble d'individus unis par la simple proximité physique – comme c'est le cas dans une file d'attente ou dans un grand magasin. L'unité de lieu et de temps ne crée pas automatiquement l'unité sociale. Par ailleurs, le regroupement logique de personnes présentant certaines caractéristiques communes (ou une caractéristique commune) ne forme pas un groupe, mais un agrégat statistique ou une catégorie, comme on le voit avec les catégories socio-professionnelles déterminées par les services de la statistique économique et sociale. La présence dans un ensemble dont tous les individus ont quelque (s) propriété (s) en commun n'indique pas nécessairement la participation à un groupe. En ce sens, les définitions minimales – celles qui retiennent le terme « groupe » comme parfaitement « neutre » et applicable à toute pluralité de personnes, à toute combinaison de personnes – ne sont plus acceptées. C'est au contraire la dichotomie groupe/non-groupe (agrégat) qui apparaît au départ de toutes les recherches récentes.

Si le groupe se différencie d'une simple collection de personnes, ce ne peut être que par une ou plusieurs relations (s) établie (s) entre celles-ci. La liaison se constitue par l'adhésion à des normes et à des valeurs (groupe confessionnel, par exemple), la participation conjointe à un même système d'activités (groupe de travail), l'établissement d'un mode de « communication » donnant aux membres du groupe la capacité d'exercer une influence réciproque (association de savants ou de techniciens). Dans le plus grand nombre des cas, ces liaisons différenciées par l'analyse se trouvent conjointes. C'est par elles que le groupe constitue une unité sociale intégrée, et la manière dont elles sont liées les unes aux autres par l'intermédiaire des membres du groupe détermine sa structure. Cette constatation a conduit N. Smelser à considérer que les concepts de groupe et de structure sociale représentent des niveaux d'abstraction différents, le second étant le plus abstrait.

Si le critère d'intégration est le plus fréquemment retenu, il ne suffit pas à éliminer les débats. Pour les uns (dont Smelser), le groupe est une quasi-abstraction, pour les autres (dont Gurvitch), une unité sociale réelle, « observable directement, perceptible du dehors ». Et Gurvitch lui confère une qualité concrète tellement accentuée qu'il mentionne le fait que les groupes « ont souvent à leur disposition une quantité d'objets matériels dont la signification peut être tantôt économique et technique, tantôt simplement symbolique ». Il voit également en ceux-ci le cadre de relations sociales où « les forces centripètes l'emportent sur les forces centrifuges » ; ce qui revient à dire que l'intégration et la solidarité l'emportent sur l'autonomie des membres et que l'« unité doit prévaloir sur la pluralité ».

Dans la mesure même où les groupes sociaux sont considérés comme réels – et non pas sous l'aspect de secteurs de la société délimités pour les besoins de l'analyse sociologique –, les critères qui permettent d'élaborer leur typologie ont eux-mêmes un caractère réel. C'est ainsi que les groupes sont classés selon leur extension, leur mode de formation, leur (s) fonction (s), leur durée, etc. L'un de ces critères est particulièrement controversé : celui de l'extension ou de l'échelle. Pour les maximalistes, la « société globale » elle-même peut être conçue comme le groupe social le plus étendu, avec lequel les autres se situent en rapport d'inclusion. Pour les minimalistes, le groupe n'existe qu'en raison des rapports directs établis entre ses membres ; G. C. Homans (The Human Group) le définit comme « un ensemble de personnes qui communiquent les unes avec les autres, non pas de seconde main par le truchement d'autres personnes, mais en face à face ». Sur ce point du débat, l'anthropologie apporte une contribution importante, sinon décisive.

La réduction de cette opposition a été recherchée en différenciant les groupes dits primaires des autres formes de groupements. Ils sont généralement déterminés par le petit nombre de leurs membres, les relations pe [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur de sociologie à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Georges BALANDIER, François CHAZEL, « GROUPE SOCIAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/groupe-social/