GRAPHOLOGIE

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Histoire de la graphologie

Dès l'Antiquité (et également dans la Chine ancienne), des auteurs ont établi une relation entre certains aspects de l'écriture et certains aspects de la personnalité. Leurs remarques, peu nombreuses, sont demeurées éparses. Une première tentative de systématisation est due à un médecin-philosophe de Bologne, Camillo Baldi (1550-1636), au début du xviie siècle. Mais l'œuvre de Baldi ne sera pas connue par les premiers graphologues, qui se situeront dans le prolongement de Johann-Caspar Lavater (1741-1801). Lavater est un pasteur de Zurich qui publie de 1775 à 1778 un gros traité de physiognomonie, traduit en français à partir de 1781. Lavater ne consacre que quelques pages à l'écriture, mais ses longs développements sur l'expressivité des gestes et des mouvements inspireront les premiers graphologues.

Le fondateur de la graphologie – c'est d'ailleurs lui qui en forge le terme – est l'abbé Jean-Hippolyte Michon (1806-1881). Son ouvrage principal, Système de graphologie, est publié en 1875. Michon procède à un inventaire des divers composants de l'écriture (le point, la ligne, les barres...) qui le conduit à établir une liste de cent vingt-neuf signes. À chaque signe est associée une signification psychologique. Notons que Michon, pour établir ces correspondances, commence par construire un tableau qui se veut exhaustif des caractéristiques personnelles et met en regard de chacune les signes graphiques qui lui correspondent. Il pense donc, comme tous ses successeurs, que la totalité de la personnalité (et non quelques aspects seulement), peut être appréhendée par l'examen de l'écriture. Michon était convaincu de faire œuvre scientifique et d'avoir fait une découverte fondamentale, plus importante que celle de la photographie car la graphologie, disait-il, révèle la photographie de l'âme. Aussi déploya-t-il une intense activité militante pour la promouvoir. Il crée en 1871 Le Journal des autographes – qui deviendra quelques années plus tard La Graphologie – et, en 1878, la première société de graphologie.

En France, de la fin du xixe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le principal animateur du mouvement graphologique est Jules Crépieux-Jamin (1859-1940). Crépieux-Jamin, à l'origine horloger, puis dentiste, nuance la correspondance stricte entre signes et traits de personnalité, définit de grandes classes d'écritures correspondant à des portraits psychologiques (177 espèces) et formalise la procédure de l'examen graphologique. En Allemagne, avec Ludwig Klages (1872-1956), le développement de la graphologie prend une allure sensiblement différente. Philosophe vitaliste influencé par Nietzsche, Klages considère que l'opposition entre ces deux grandes forces que sont la Vie (la libération) et l'Esprit (la contrainte), avec ses conséquences en matière de personnalité, se manifeste dans l'écriture, et plus particulièrement dans le rythme du mouvement graphique. Tant Crépieux-Jamin que Klages affirment la scientificité de la graphologie. Mais certains ont souligné une différence d’approche : classicisme et logique en France, romantisme et intuition en Allemagne. D'autres, au contraire, ont mis l'accent sur leur convergence en montrant que, finalement, les interprétations de l'écriture proposées étaient voisines.

Au tournant des xixe et xxe siècles, les fondateurs de la psychologie moderne, qu'ils soient expérimentalistes ou cliniciens (Alfred Binet, Édouard Toulouse, Pierre Janet) étaient très favorables à la graphologie, dans laquelle ils voyaient une méthode d'étude de la personnalité riche d'avenir. Mais ils mettaient en garde les graphologues contre la tentation d'interprétations trop rapides et leur rappelaient la nécessité de se méfier des idées communes et le fait qu'une discipline scientifique ne peut se construire que pas à pas, et laborieusement.

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Pour citer l’article

Michel HUTEAU, « GRAPHOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/graphologie/