DULAC GERMAINE (1882-1942)

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La Française Germaine Dulac prend une part active, au début du xxe siècle, en tant que cinéaste, journaliste et théoricienne, à de multiples courants intellectuels. Pionnière dans l'effort pour légitimer le cinéma en tant qu'art, elle est l'auteur d'une trentaine de courts- et longs-métrages, de fiction, documentaires ou d'avant-garde. Comme ses confrères des années 1920 – Marcel L'Herbier, Jean Epstein –, elle a connu une longue occultation. Les mouvements féministes des années 1970, la résurgence du cinéma expérimental et les recherches menées sur la période du muet à l'approche de la commémoration du centenaire du cinéma (1995) ont ensuite contribué à rendre justice à son œuvre. La totalité des films retrouvés furent présentés, en 2005, au musée d'Orsay, tandis qu'un colloque international se tenait à la faculté de Nanterre.

Un cinéma impressionniste

Fille d'officier, Charlotte Élisabeth-Germaine Saisset-Schneider naît à Amiens dans une famille aisée. Confiée à sa grand-mère, l'adolescente s'établit à Paris où elle se forme à la photographie, à la musique et à la danse. Elle épouse, en 1905, le romancier Albert Dulac dont elle divorce en 1920. De 1909 à 1913, Germaine Dulac collabore au journal féministe La Française. Là, gagnée par les idées socialistes, elle défend le droit de vote des femmes et écrit des critiques de théâtre. L'actrice Stasia Napierkowska lui fait découvrir le cinéma en 1914. La jeune femme a l'intuition que c'est à travers cet « art » en devenir qu'elle va pouvoir développer ses idées artistiques et humaines.

En 1915, elle crée sa maison de production – D.E.L.I.A., puis D.H. Films – en collaboration avec la romancière Irène Hillel-Erlanger, sa future scénariste. De 1915 à 1920, elle réalise divers films, dont les premiers, nonobstant une certaine théâtralité, témoignent d'une utilisation recherchée de la composition du cadre.

De sa rencontre avec le critique Louis Delluc naît La Fête espagnole (1919), film fondateur du courant avant-gardiste français dénommé, a posteriori par Henri Langlois et Georges Sadoul, impressionnisme. Il regroupera des cinéastes « formalistes » (Marcel L'Herbier, Germaine Dulac, Abel Gance, Louis Delluc, Jean Epstein) qui s'appuient sur l'image seule pour créer sens et harmonie. À travers un montage sophistiqué, ce film exprime, dans un environnement réaliste, aux décors naturels, la vie intérieure des personnages.

Dix ans vont passer entre la publication de l'article « Mise-en-scène » (1917) – le premier d'une série développant sa théorie du mouvement et du rythme comme qualités intrinsèques au cinéma – et la réalisation de ses authentiques films non narratifs : La Coquille et le clergyman et L'Invitation au voyage (1927). Elle rejoint, avec ses textes, un courant de pensée dont le porte-parole est le théoricien Ricciotto Canudo qui vise à faire reconnaître le cinéma comme le septième art. Delluc et Epstein abondent dans ce sens : il faut isoler le langage propre du cinéma, sa photogénie, pratiquer la « cinégraphie », s'éloigner du théâtre et du roman, que le cinéma narratif ne sert qu'à illustrer. Le problème qui se pose pour ces cinéastes œuvrant à l'intérieur du système cinématographique est de satisfaire à la fois le public et leurs propres idéaux. Ce n'est pas évident. Les films de ce courant impressionniste (Cœur fidèle de Jean Epstein, 1923 ; L'Inhumaine de Marcel L'Herbier, 1924) proposent, dans leur construction, deux niveaux de lecture : celle, « narrative », du scénario mis en images, et celle, « formaliste », qui s'appuie sur des séquences abstraites qui s'intègrent avec plus ou moins de bonheur à l'ensemble. Cela débouche, à la fin de la décennie, sur les courts-métrages de cinéma pur et abstrait d'Henri Chomette et de Germaine Dulac, et sur les grandes œuvres de la modernité française : Napoléon d'Abel Gance (1927) ou L'Argent de Marcel L'Herbier (1928).

Dulac aborde dans ses films des thèmes liés à la liberté (La Belle Dame sans merci, 1920 ; La Folie des vaillants, 1925 ; Antoinette Sabrier, 1926), au libre choix entre travail et vie privée (La Mort du soleil, 1921), au mythe de l'élévation sociale (Gossette, 1923), à l'obscurantisme (Le Diable dans la ville, 1923). Un agrégat de motifs récurrents domine son œuvre : l'illusion de la grande passion, les mariages malheureux et l'indépendance féminine. On les retrouve dans La Cigarette (1919), La Souriante Madame Beudet, Âme d'artiste (1924), L'Invitation au voyage.

Dulac réalise en 1923 son premier chef-d'œuvre, La Souriante Madame Beudet, qui prend, déjà, en compte certaines de ses théories. Dans une ville de province, une femme cultivée est mariée à un rustre qui dénigre sa sensibilité et lui fait régulièrement un chantage au suicide avec un revolver non chargé. Un jour, la femme charge l'arme. La pièce dont s'inspire le film est une histoire d'adultère, qui adopte la vision du mari. Germaine Dulac, elle, construit son film du point de vue de la femme.

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Pour citer l’article

Raphaël BASSAN, « DULAC GERMAINE - (1882-1942) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/germaine-dulac/