LAVAUDANT GEORGES (1947- )

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L'activité théâtrale de Georges Lavaudant commence à Grenoble, sa ville natale. Au cours de stages organisés par le secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports, il fait la connaissance des comédiens Philippe Morier-Genoud, Ariel Garcia-Valdes, Annie Perret, ses futurs compagnons de route. Sans autre formation théâtrale, il rejoint la jeune compagnie du Théâtre partisan durant la période de Mai-68, et en deviendra le principal animateur.

Les premiers spectacles du Théâtre partisan sont des créations collectives. Les Tueurs (1970) mêlent à une intrigue policière empruntée à Hemingway des textes originaux, des coupures de presse, des écrits sociologiques. Éléonore ou l'Étrange Rêve de six heures du matin (1972) est un montage à partir de textes de J.-M.-G. Le Clézio, de Lucien Goldmann et de l'antipsychiatre Ronald Laing. Les œuvres classiques ne sont pas à l'ordre du jour. Déjà se dessinent certaines des orientations esthétiques du metteur en scène Lavaudant : la technique du collage, l'évocation des préoccupations du temps dans leur désordre et leur éclatement, une théâtralité affirmée, un goût pour le faux-semblant et les intrigues policières présentes-absentes auxquelles recourront certains de ses spectacles futurs.

L'année 1973 est celle de la première subvention. Les pièces du répertoire ont désormais droit de cité. Lavaudant confie la scénographie de Lorenzaccio, de Musset, à Jean-Pierre Vergier, inaugurant une collaboration jusqu'à aujourd'hui ininterrompue. Suivra en 1975 Le Roi Lear de Shakespeare, « quelques lambeaux de l'histoire de Lear » représenté devant des toiles peintes et au milieu d'un désordre fantasmatique savamment disposé ; puis le collage-montage, de nouveau, avec La Mémoire de l'iceberg (1974), d'après Borges, Marx et Goldmann.

Le discours théorique forgé au sein de la troupe par la pratique de la sociologie, du structuralisme et de la sémiologie ne fait pas l'économie d'un travail corporel et concret. C'est du choc de la matière intellectuelle et de la réalité du plateau, d'une démarche critique relevant directement du comédien, que naît la forme des spectacles.

En 1976, Georges Lavaudant occupe pour la première fois la direction d'un centre dramatique national, celui des Alpes, responsabilité qu'il partage d'abord avec le comédien et pionnier de la décentralisation Gabriel Monnet. Commence alors un parcours au sein de l'institution qui le conduira en 1986 à la codirection du T.N.P. de Villeurbanne (en compagnie de Roger Planchon), puis à la tête de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, de 1996 à 2007. Cette pratique de l'administration ne modifie pas sensiblement sa manière artistique.

Le spectacle phare des années grenobloises demeure Palazzo mentale (1976). Il s'agit d'une évocation de Proust, Kafka, Sade, Borges à partir d'un collage de textes réalisé par l'écrivain Pierre Bourgeade. S'y affirment une beauté formelle, presque froide, un jeu de contrastes, l'utilisation symbolique des couleurs, un goût pour l'outrance des maquillages et l'aspect dérisoire de l'histrion coexistant avec une tendance à la pose, à la photographie. Quant au montage, il reviendra fréquemment : Cannibales (1979), d'après Chandler, Pasolini et Cioran ; Ulysse-Matériaux (1997), avec les élèves du Conservatoire national.

Lavaudant se livre lui-même à l'écriture (Véra Cruz, 1988 ; Terra incognita, 1992) ou sollicite des auteurs comme Michel Deutsch (Féroé la nuit, 1989), Jean-Christophe Bailly (Les Céphéides, 1983 ; Le Régent, 1987), les réunissant parfois, comme pour Lumières (1995).

Créateur d'images, Lavaudant recourt pour ses mises en scène d'œuvres du répertoire à un éventail restreint, sur lequel il aime à revenir avec le temps (Lorenzaccio en 1973 et 1989 ; Le Roi Lear en 1974 et 1996). L'histoire du théâtre, les traditions scéniques le préoccupent peu. Son musée personnel lui sert de référence : le cinéma de Godard ou de Fellini, les rengaines de Nino Rota (pour la pantomime Hamlet, 1990), l'esprit des chorégraphies de Pina Bausch, le jazz ou le rock. Son Richard III (1984) doit plus à Chaplin, à Pasolini et à Carmelo Bene qu'au décorum élisabethain, et on y chante du rap. Il monte Platonov de Tchekhov, en 1990, sans concession à la mélancolie de l'âme slave. De même pour Brecht (Maître Puntila et son valet Matti, 1978), dont il di [...]

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  • : écrivain, metteur en scène, maître de conférences à l'université de Paris-X-Nanterre

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David LESCOT, « LAVAUDANT GEORGES (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-lavaudant/