BRANDES GEORG (1842-1927)

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Un esprit universel

On reste confondu devant l'universalité de cet esprit : positivisme français, évolutionnisme anglais, romantisme européen, il connaît tout, et c'est le premier à donner aux problèmes et théories littéraires une dimension continentale, à dégager d'un mouvement les lignes de force ressortissant à l'humain et non à telle ou telle chapelle nationale. L'esprit qui anime cette œuvre est plus contestable : il s'agit de ruiner l'édifice du romantisme bourgeois et d'exiger le retour aux idées du xviiie siècle. Le génie humain progresse par la libre pensée, elle-même exprimée par la littérature réaliste. Dans ce développement, introduit magistralement par la Révolution française, elle-même couronnement de l'œuvre des « philosophes », le romantisme a constitué un piétinement réactionnaire qu'il faut abandonner. Dès 1848, d'ailleurs, la Révolution a repris sa marche : la première moitié du xixe siècle est le théâtre d'un duel épique en six actes que se sont livré passé et avenir successivement en France, en Allemagne et en Angleterre. Partout, le romantisme, intermède complaisamment joué pour raisons politiques, a cédé devant l'esprit nouveau. Il s'agit de se tenir à cette longue marche victorieuse. En conséquence, que l'on « soumette les problèmes à la discussion » pour laisser libre cours à la libre pensée, à l'individu libre ; que l'on établisse scrupuleusement les rapports entre littérature et « progrès scientifique et économique » en prenant pour exemple les démarches des sciences naturelles ; que l'on fuie l'art pour l'art : l'œuvre d'art n'a pas de valeur si elle ne s'applique à reprendre et à résoudre les problèmes vitaux du siècle. L'avenir, c'est le triomphe du positivisme et du naturalisme, servis par des personnalités de génie : ainsi se trouvent conciliés Taine, Stuart Mill et Sainte-Beuve.

On suit les étapes de cette pensée dans les six volumes des Grands courants. Le premier, Littérature d'émigrants (1872), retrace la vie intellectuelle de l'Europe, des débuts du préromantisme à Madame de Staël. Le second, L'École romantique allemande (1873), s'en prend énergiquement aux théories « réactionnaires » de Schlegel, Tieck, Novalis et Hoffmann, et, derrière elles, à leurs zélateurs scandinaves : « J'ai attaqué les romantiques allemands du passé pour atteindre, à travers eux, les romantiques danois vivants. » Ces idées sont développées dans le troisième volume, La Réaction en France (1874). Avec le tome suivant, Le Naturalisme en Angleterre (1875), perce toutefois un thème plus personnel, l'admiration passionnée de Brandes pour les personnalités de haute volée, celle de Byron en l'occurrence. Ce thème va prendre de l'ampleur dans le cinquième volume, L'École romantique en France (1882) et culminer dans le dernier, La Jeune Allemagne (1890) où l'on retient encore aujourd'hui un portrait frémissant de tendresse de son frère de race, Heine. Il serait difficile de mesurer le retentissement de cette œuvre dans son ensemble. Ibsen disait très bien que « c'est un de ces livres qui ouvrent un abîme entre hier et aujourd'hui ». Il suffira de noter qu'il n'existe pas un écrivain scandinave qui n'en ait été marqué, définitivement dans la plupart des cas, et qui n'ait senti passer, avec le grand souffle vivifiant qui émanait d'elle, l'esprit des temps nouveaux.

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Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Régis BOYER, « BRANDES GEORG - (1842-1927) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georg-brandes/