PIERRE-GIANADDA FONDATION

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Un « passeur d’art »

C’est en tant que lieu culturel hybride, accueillant tout à la fois des expositions temporaires d’art et des concerts de musique classique que la fondation s’est imposée au fil des années comme un acteur majeur de la culture et de l’art en Suisse romande.

Rien ne prédestinait Léonard Gianadda, ingénieur reconverti en entrepreneur de travaux publics, à ce projet ambitieux. En février 1977, un an après le décès accidentel de Pierre, son frère cadet, il décide de mettre sur pied une fondation en hommage à celui-ci. À la tête d’un vaste empire immobilier patiemment construit, ce petit-fils d’immigré italien met alors sa fortune au service de ce mémorial créé autour d’un embryon de musée archéologique. Dans le même temps, il imagine un lieu de culture au sens large : « Je souhaitais que ce soit animé, qu’il s’y passe quelque chose, que ce soit un musée vivant » (2002). Alors qu’il n’est pas encore lui-même collectionneur – sa collection de sculptures verra le jour deux décennies plus tard –, il fait le pari d’être un « passeur d’art » en organisant des expositions temporaires qui, selon ses mots, « créent l’événement, attirent, renouvellent et élargissent le public ». Personne ne croit au début en son rêve d’accueillir à Martigny des chefs-d’œuvre de l’art moderne venus du monde entier. Mais sa pugnacité paie. La première exposition, Cinq siècles de peinture, est inaugurée en 1978.

Aujourd’hui, la fondation Gianadda jouit d’une réputation internationale. Elle accueille deux à trois expositions temporaires par an, conçues par des historiens de l’art ou des curateurs reconnus, et bénéficie de prêts prestigieux de la part des musées et des collections privées. Les expositions font surtout la part belle aux maîtres de l’art des xixe et xxe siècles. Parmi les plus remarquées, celles consacrées à Van Gogh (2000), Balthus (2008), Renoir (2014), Cézanne (2017), Soulages (2018-2019) ou encore Caillebotte (2021). Le second pilier de l’activité culturelle de la fondation valaisanne consiste en l’organisation de saisons musicales, servies par l’acoustique favorable du hall principal, qui accueille orchestres, ensembles renommés, ainsi que des cantatrices reconnues telle Cecilia Bartoli.

Forte d’un succès public (10 millions de visiteurs comptabilisés en quarante ans d’existence), l’établissement est devenu un lieu clé du tourisme culturel de la région et son fondateur l’un des principaux mécènes de la Suisse romande. À côté de la fondation Pierre-Gianadda, une fondation Annette et Léonard Gianadda a vu le jour en 2009 dans un but social. En 2019, Léonard Gianadda créait une troisième fondation destinée à poursuivre ses actions de mécénat après sa mort. Fortement liée et identifiée à son créateur, la fondation Pierre-Gianadda connaît cependant des perspectives d’avenir incertaines. Alors qu’elle est financée à 2 % par des subventions cantonales et communales, son budget de fonctionnement, qui s’élève annuellement à 8 millions de francs suisses, est à 98 % tributaire de ses fonds privés. Faisant le constat d’une baisse de la fréquentation – qu’il explique par un désintérêt croissant du public jeune – et d’une augmentation des coûts des expositions, Léonard Gianadda se disait dans un entretien en 2020 « condamné au succès des expositions » et laisse planer le doute sur la pérennité du lieu dans sa forme actuelle après son décès.

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Ingrid DUBACH-LEMAINQUE, « PIERRE-GIANADDA FONDATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fondation-pierre-gianadda/