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FON

Localisés dans le sud du Bénin et au Nigeria, les Fon parlent un dialecte ewe, du sous-groupe kwa de la famille Niger-Congo des langues africaines. Leur langue est proche de celles des Adja et des Ouatchi. Dans les années 2000, on estime leur nombre à 3,5 millions.

L'économie traditionnelle des Fon repose sur l'agriculture (maïs, manioc, ignames) ; les plantations de palmiers à huile fournissent l'essentiel des produits. Les hommes assurent défrichage et sarclage, les femmes entretiennent les champs et font la récolte. Chaque village possède un groupe de chasseurs professionnels qui a son propre chef. La forge et le tissage sont assurés par des hommes qui exercent ces activités de façon spécifique ; la poterie constitue une activité féminine. Une monnaie de cauris est à la base d'un système complexe de marché.

La famille polygynique constitue l'unité sociale de base des Fon. Chaque femme occupe avec ses enfants une case au sein d'un enclos qui comprend également des constructions destinées au mari ; à ceux de ses frères et de ses enfants adultes qui vivent avec lui ; aux adolescents de sexe masculin ; au culte des ancêtres ainsi que celui des greniers. Un lignage, composé de familles apparentées en ligne masculine, occupe en général une série d'enclos contigus ; l'homme le plus âgé joue le rôle de chef de lignage. Les clans patrilinéaires, dispersés à travers le Dahomey et le Nigeria, jouaient autrefois un rôle important, mais, dans la période récente, l'organisation clanique s'est effondrée. Le culte des ancêtres demeure cependant un trait essentiel de la religion fon qui comprend également tout un panthéon de divinités naturelles, de dieux et de forces personnalisées, de croyances magiques ainsi qu'un système complexe de pratiques divinatoires.

Dirigé par un chef héréditaire, le village est la première unité politique ; le chef de village a davantage un rôle d'arbitrage que de commandement. Dans le royaume du Dahomey, qui a fleuri aux xviiie et xixe siècles, les chefs étaient les représentants d'un monarque puissant. La conduite de la guerre constituait une des principales fonctions de la royauté ; la guerre était une activité régulière, suivie par la « Coutume annuelle », cérémonie pendant laquelle des prisonniers étaient sacrifiés afin de se concilier la bienveillance des ancêtres. Le roi exerçait également des pouvoirs de justice ; il percevait les tributs et distribuait les charges politiques. En général, les membres du clan royal étaient tenus à l'écart de ces charges, car on craignait qu'ils puissent être tentés d'intriguer contre le roi ; il arrivait que des hommes du commun reçoivent des charges importantes : devant leur nomination au roi, ils étaient ainsi censés rester loyaux à sa personne. La royauté comportait également des aspects religieux que souligne l'existence du culte des ancêtres royaux.

L'art des Fon est exceptionnel. La sculpture sur bois est réservée principalement à des fins religieuses : statuettes protectrices (bochio), trônes et sièges pour le roi et les ministres. Le travail du fer est très ancien ainsi que la fonte à la cire perdue de motifs en cuivre ou en argent sur temples et palais ; des bas-reliefs de terre colorée décrivent les événements des différents royaumes et confirment les données de l'histoire telle qu'elle est parvenue à travers la tradition orale.

— Roger MEUNIER

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Écrit par

  • : chargé de cours à l'université de Paris-VIII, assistant de recherche à l'École pratique des hautes études

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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