GRENIER FERNAND (1901-1992)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né à Tourcoing le 9 juillet 1901, Fernand Grenier est le fils d'un ouvrier métallurgiste mort pour la France en 1917. Ouvrier boulanger, il témoigne de son antimilitarisme lors de l'occupation de la Ruhr. Dès 1924, il suit les cours de l'école centrale du parti, aux côtés de Jacques Duclos. À la mairie d'Halluin avant guerre, comme député de Saint-Denis de 1937 à 1939 et de 1945 à 1968, il ne s'écarte pas de l'orthodoxie communiste. Ce militant connaît Moscou au temps des grandes purges staliniennes, au titre officiel de président de l'Association des amis de l'U.R.S.S., mais aussi en qualité de messager du Komintern entre Moscou et Paris. Militaire pendant la drôle de guerre et la campagne de France, Fernand Grenier est interné comme communiste à partir du 5 octobre 1940 dans les centrales de Fontevrault et de Clairvaux. Transféré au camp de Châteaubriant le 15 mai 1941, il s'en évade le 18 juin, et échappe ainsi au sort de Guy Mocquet, fusillé le 22 octobre 1941 à dix-sept ans, avec vingt-six autres communistes désignés aux nazis par Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur de Vichy. Pendant la guerre, il est l'ardent défenseur de leurs mémoires, spécialement comme témoin à charge au procès Pucheu à Alger. Président de l'amicale des anciens internés de Châteaubriant de 1945 à sa mort, il publiera, de 1961 à 1971, quatre éditions de Ceux de Châteaubriant, exaltant l'ingéniosité, l'esprit d'organisation, la cohésion, l'absence de vantardise et la solidarité communiste.

Représentant du comité central du P.C.F. à Londres, il parle pour la première fois à la B.B.C. le 15 janvier 1943. Il indique que l'immense masse des Français souhaite avec passion « qu'une seule administration dirige et organise l'effort français dans la guerre ». Même si le P.C. se fait simultanément représenter auprès du général Giraud par Henri Pourtalet, les dirigeants de la France combattante affirment leur foi dans un seul bloc français, des communistes aux royalistes groupés autour de la croix de Lorraine. Moins d'un an après que Maurice Schumann eut vu dans la dissolution du Komintern du 15 mai 1943 une victoire éclatante de l'idée de nation sur les mythes du xxe siècle, le Comité français de la libération nationale s'ouvre le 4 avril 1944 à deux communistes : François Billoux, commissaire d'État, et Fernand Grenier, commissaire à l'Air. Dès le 2, ces derniers avaient expliqué dans une lettre au comité central pourquoi ils avaient laissé le choix des noms au général de Gaulle dès lors que l'un au moins était un des communistes poursuivis en 1939. Pour Fernand Grenier et François Billoux, ce « léger compromis [a pour but de] tout sacrifier au rassemblement des forces nationales ». De Londres, Waldeck Rochet indique que cette participation « engage le parti tout entier » non pour un programme communiste, mais pour « un programme de guerre et de libération nationale que les patriotes de toutes les origines et de toutes les tendances font leur ».

Le général de Gaulle devait parler dans ses Mémoires du brusque Fernand Grenier et de son manquement à la solidarité ministérielle à propos de sa critique des parachutages tardifs dans le Vercors, pendant l'été de 1944. La désignation de Charles Tillon, commandant en chef des F.T.P., comme ministre de l'Air élimina Fernand Grenier du gouvernement, le 9 septembre 1944. Membre du comité central de son parti de 1945 à 1964, il resta dans la ligne et ne varia pas non plus quand, en 1985, au nom des vétérans, il rappela à Pierre Juquin qu'il « ne faut rien faire qui puisse nuire au parti ou donner des armes à ses adversaires ».

Fernand Grenier est mort le 12 août 1992, à Saint-Denis, dans la fidélité à cette conviction absolue qui lui avait inspiré C'était ainsi, Au pays de Staline, La Marche radieuse, L'U.R.S.S. au rythme de notre temps, Ce bonheur-là, ouvrages parus pour la plupart aux Éditions sociales et le plus souvent traduits en russe.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

Classification

Autres références

«  GRENIER FERNAND (1901-1992)  » est également traité dans :

VOTE DES FEMMES (France)

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 242 mots
  •  • 1 média

En France, les femmes ont obtenu le droit de vote par une ordonnance du 21 avril 1944. La décision fut prise à l'issue d'un débat à l'Assemblée d'Alger où Fernand Grenier, représentant du Parti communiste, introduisit ce droit dans la discussion qui se bornait à envisager l'éligibilité. L'article premier de l'ordonnance prévoit la convocation d'une Assemblée constituante « élue au scrutin secret p […] Lire la suite

Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « GRENIER FERNAND - (1901-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fernand-grenier/