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LASSALLE FERDINAND (1825-1864)

Né dans une famille de riches négociants juifs de Breslau, Ferdinand Lassalle suit les cours de l'université de sa ville natale, puis de celle de Berlin. Influencé par Fichte et par Hegel ainsi que par l'économiste List, il est favorable à une sorte de socialisme d'État : c'est à l'État qu'il appartient de faire régner la justice sociale. Agitateur et homme d'action plus que théoricien, il devient célèbre en assurant la défense de la comtesse Hatzfeld dans ses longs démêlés avec son mari.

Arrêté en novembre 1848 à Düsseldorf et condamné à la prison à la suite de manifestations qu'il a organisées contre la dissolution du parlement de Francfort, il fait la connaissance de Marx, incarcéré comme lui. Leur amitié durera jusqu'en 1862, et Lassalle aidera matériellement Marx lorsque celui-ci sera dans la misère à Londres. Pourtant, dès 1859, des désaccords naissent entre eux à propos de la politique extérieure de la Prusse. Pendant la guerre des Duchés et la guerre austro-italienne, Lassalle soutient la politique bismarckienne au nom des « intérêts nationaux prussiens ». De plus, son patriotisme s'alimente à une conception de l'État comme représentant de la nation tout entière, un État au-dessus des classes sociales. Il entretient d'ailleurs une correspondance avec Bismarck, dont il partage la sympathie pour un certain « césarisme social ».

En 1862, Lassalle développe à Berlin, au cours d'un meeting, son « programme ouvrier » : il y propose la conquête pacifique du pouvoir d'État par le suffrage universel. Il y définit aussi sa célèbre « loi d'airain », combattue par Marx comme une aberration économique : le salaire perçu par l'ouvrier se borne dans le système capitaliste à ce qui lui est indispensable pour assurer sa subsistance et il décline inexorablement avec le progrès technique.

Le 23 mai 1863, Lassalle fonde l'Allgemeiner deutscher Arbeiterverein (Association générale allemande des travailleurs) dont il assume la présidence. Premier parti socialiste d'Europe, son programme affirme l'autonomie du prolétariat face à la bourgeoisie, la nécessité du suffrage universel, la création avec l'aide de l'État de coopératives de production. Lorsque Lassalle disparaît à la suite d'un duel provoqué par une rivalité sentimentale, le développement de son parti est encore limité. Mais l'empreinte de ses idées sera profonde sur le mouvement socialiste allemand. Mgr Ketteler, évêque de Mayence et inspirateur du catholicisme social allemand, reprendra certaines propositions de Lassalle. D'autre part, l'organisation centralisée et autoritaire du parti exerce une incontestable influence sur Marx lorsque celui-ci aborde la question de l'organisation du prolétariat. Cependant, les disciples allemands de Marx dénonceront violemment les aspects antidémocratiques et prussophiles du lassallianisme.

— Paul CLAUDEL

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine

    • Écrit par Michel EUDE, Alfred GROSSER
    • 26 883 mots
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    ...ouvriers), coopératisme de Schulze-Delitzsch, socialisme chrétien de l'évêque de Mayence, Mgr  Ketteler. Le plus grand nom de cette période est celui de Ferdinand Lassalle, dont le socialisme national cherche dans l'État une protection contre la bourgeoisie libérale. En 1863, il fonde et préside, à Leipzig,...
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    Formule qui rendit célèbre Ferdinand Lassalle (1825-1864) et selon laquelle le salaire moyen ne dépasse pas le minimum vital nécessaire, compte tenu des habitudes et du degré de civilisation d'un pays, à la subsistance et à la reproduction de l'ouvrier.

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