EXTINCTION DE MARSUPIAUX EN AUSTRALIE AU QUATERNAIRE

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Depuis le début du xxie siècle, une controverse agite les spécialistes du Quaternaire d'Australie : l'homme est-il le premier et seul responsable de la disparition des grands mammifères de cette île-continent ? N'est-ce pas plutôt les variations climatiques qui ont entraîné la disparition de nombreux végétaux et, par là, celle des herbivores qui s'en nourrissaient ?

Sthenurus, genre de kangourou fossile

Photographie : Sthenurus, genre de kangourou fossile

Un des représentants du genre Sthenurus (signifiant « queue forte »), kangourou pesant environ 150 kg et pouvant mesurer jusqu’à 2 mètres de hauteur. Il a disparu voici 40 000 ans environ, comme cinquante-quatre autres espèces de marsupiaux de plus de 10 kg qui vivaient en Australie... 

Crédits : P. F. Murray/ Science, 2012

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Bien que largement occupée aujourd'hui par de vastes déserts, l'Australie a longtemps abrité une faune très variée de marsupiaux herbivores quand ces espaces étaient couverts d'une forêt parsemée de grandes clairières herbeuses. La vague d'extinction qui a touché cette île à la fin du Quaternaire se situe entre — 50 000 et — 40 000 ans. 55 espèces de marsupiaux de plus de dix kilogrammes, la plupart herbivores, ont alors disparu, ainsi que de nombreux reptiles et oiseaux. C'est à cette même époque que, venus d'Asie, les premiers hommes franchissent les mers à l'occasion d'un réchauffement climatique (qui a abaissé le niveau marin) et, se déplaçant d'île en île, parviennent à coloniser cet immense territoire.

Beaucoup de spécialistes accusent ces nouveaux arrivants d'être, par la chasse et surtout les incendies qu'ils provoquaient pour dérouter leurs proies, la première cause de cette disparition massive d'animaux qui jusqu'ici avaient résisté aux fluctuations climatiques précédentes. Il n'empêche que, dans le même temps, s'est produit un réchauffement climatique. Le changement de la composition de la flore et l'extension des déserts que l'on constate aujourd'hui pourraient en être la conséquence. Comme il y a peu de sites de mammifères fossiles susceptibles de fournir des informations sur cette période charnière, c'est d'une manière indirecte que des palynologistes (spécialistes des pollens) ont pu aborder ce sujet difficile (S. Rule et al., « The Aftermath of Megafaunal Extinction : ecosystem transformation in Pleistocene Australia », in Science, no 335, pp. 1483-1486, 2012).

Des carottages réalisés dans les sédiments d'un lac du nord-est de l'Australie ont permis de retracer l'histoire de la sédimentation de ces derniers 130 000 ans. Outre les spectres des pollens, qui sont représentatifs de l'évolution de la végétation, deux autres marqueurs ont été étudiés : les restes de charbons de bois, traces des incendies qui ont pu ravager les forêts dans le passé ; le champignon Sporormiella, qui ne se développe que sur les excréments d'herbivores. La fréquence relative dans les carottages de ce champignon donne une indication de la densité de population de ces animaux. Vers — 41 000 ans, une chute brutale de la quantité de Sporormiella est observée, indiquant la disparition des herbivores. Les traces de brûlis augmentent aussi significativement. Durant cette même période, la végétation se modifie. On observe tout d'abord une forte augmentation des herbacées et une progression plus graduelle de la proportion de plantes adaptées à la sécheresse (plantes dites sclérophylles). Puis l'augmentation des pollens de sclérophylles dans les sédiments laisse penser qu'une forêt uniformément sclérophylle s'installe avec un sous-bois herbeux au lieu d'une forêt ménageant de vastes clairières herbeuses. Ainsi, la forêt sclérophylle semble se généraliser après qu'a été observée la diminution des Sporormiella : les grands herbivores n'ont donc pas disparu à cause de ce changement de végétation. Ce sont vraisemblablement les premières tribus de chasseurs qui ont éliminé la grande faune d'herbivores et peut-être, pour ce faire, provoqué des incendies. Il n'est pas impossible aussi que le déclin de cette grande faune ait augmenté l'intensité et la fréquence des incendies. C'est ce que l'on observe en Afrique où la disparition des grands herbivores favorise l'extension des grandes plaines herbeuses où se propagent à grande vitesse des incendies ravageurs.

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Jean-Louis HARTENBERGER, « EXTINCTION DE MARSUPIAUX EN AUSTRALIE AU QUATERNAIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/extinction-de-marsupiaux-en-australie-au-quaternaire/