BARLACH ERNST (1870-1938)

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Sculpteur, graveur et dramaturge allemand, Ernst Barlach est un des plus célèbres représentants de ce que l'on a appelé l'expressionnisme allemand. Originaire du Holstein, il étudia à l'École des arts décoratifs de Hambourg et à l'Académie de Dresde. À Paris, où il séjourne à deux reprises entre 1895 et 1897 et où il fréquente l'académie Julian, il apprend à connaître l'art de Van Gogh. Jusqu'en 1910, il travaillera surtout à Berlin. En 1906, il fait avec son frère un voyage en Russie ; les impressions qu'il en retire vont exercer sur son art une action déterminante ; comme pour Rilke, qui a fait la même expérience, la vieille Russie, avec l'infini de ses steppes et la profonde religiosité de son peuple, va devenir pour lui une véritable patrie spirituelle. Un voyage à Florence, en 1909, le marque au contraire fort peu. À partir de 1910, il est installé à Güstrow dans le Mecklembourg. En 1919, il devient membre de l'Académie des beaux-arts de Prusse ; deux de ses pièces, Le Jour mort (Der tote Tag, 1912) et Le Pauvre Cousin (Der arme Vetter, 1918), sont pour la première fois portées à la scène. L'influence de Dostoïevski est prépondérante dans ces drames. Le Jour mort est un drame mystique, où les personnages naïfs et symboliques ressemblent à des figurines sculptées dans le bois, gauches et naïves. Le père apparaît sous l'aspect d'un mendiant devenu aveugle. Le monde est vide et le regard inutile. Le fils reçoit du père un cheval magique, Herzhorn, qui lui fera traverser l'univers. Mais la mère inquiète et jalouse tuera le cheval pour garder son fils. Tous deux resteront seuls privés de lumière et se suicideront. Drames du conflit entre l'homme et la femme, la mère et le père, la nuit et la lumière, les œuvres d'Ernst Barlach annoncent les grands thèmes du théâtre contemporain. Citons encore L'Enfant trouvé (Der Findling, 1922), où le burlesque domine. Ruinés et pervertis par la guerre et la terreur, les humains s'adonnent à l'anthropophagie, mais un jour la fille de mère Souci et le fils du marionnettiste recueillent et sauvent un enfant abandonné. Celui-ci perd sa laideur, se met à rayonner de la lumière de la charité, et les hommes sont sauvés. Dans Le Déluge (Die Sündflut, 1924), c'est la lutte de Noé (le Bien) contre Calan (le Mal). Dieu cependant reste au-delà de la lutte et triomphe. Signalons enfin l'édition posthume, en 1948, d'un roman de Barlach, La Lune volée (Der gestohlene Mond).

Mais avec l'instauration du IIIe Reich, la persécution s'abat sur lui ; il se voit interdire d'exposer, il est menacé de perdre le droit d'exercer sa profession ; trois cent quatre-vingt-une de ses œuvres sont retirées des collections publiques et plusieurs de ses œuvres monumentales sont brisées ou fondues.

Comme ses pièces de théâtre, dont les protagonistes et les situations possèdent un caractère plus symbolique que dramatique, ses gravures et ses statues donnent une forme sensible à la conscience angoissée de « la situation humaine dans sa nudité entre ciel et terre » et à la quête du divin dans l'existence. « Ainsi sommes-nous, nous autres hommes, au fond tous des mendiants et des existences problématiques », écrivait-il en 1920, évoquant son séjour en Russie, et la figure du mendiant ou de la mendiante, symbole de la condition humaine empruntée au monde russe, revient fréquemment dans son œuvre. Comme sculpteur, il a eu une prédilection pour le bois, matériau simple, dont le travail le rapprochait des tailleurs d'images médiévaux. Ses figures, massives, engoncées dans les lourds plis d'amples vêtements, semblent souvent courbées sous le poids de la conscience tragique de leur misère. Comme graveur, et en particulier comme illustrateur de ses propres œuvres ou de La Nuit de Walpurgis de Goethe et de l'Hymne à la joie de Schiller, Barlach a préféré le bois, taillé avec cette franchise et cette rudesse dont les artistes de la Brücke avaient déjà donné l'exemple. Remise à l'honneur après la chute du IIIe Reich, profondément admirée en raison du contenu spirituel dont elle est porteuse, l'œuvre de Barlach, en dépit de ses indiscutables qualités, ne mérite cependant peut-être pas la place de premier plan qui lui a été faite. Elle souffre d'une certaine monotonie, et les procédés de l'artiste, en particulier l'imitation voulue de l'imagerie médiévale, paraissent parfois faciles et superficiels.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Genève

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Pour citer l’article

Pierre VAISSE, « BARLACH ERNST - (1870-1938) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ernst-barlach/