ENSEIGNEMENT DE L'ART

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Les écoles d'art en France

Depuis les années 1970, les écoles d'art ont fait l'objet de réformes administratives et pédagogiques ; elles ont été également soumises aux fluctuations des courants esthétiques les plus divers. Jusqu'en 1968, elles se contentaient de transmettre des savoirs hérités, directement liés aux origines des établissements. Certaines écoles ont été fondées sous l'Ancien Régime (Nancy, Tours, Dijon, Marseille, etc.). D'autres ont été créées ou transformées dans la deuxième moitié du xixe siècle ; elles ont obtenu le statut d'écoles nationales (Bourges, Limoges, Nice en 1881, Aubusson en 1884). Le rôle de certains Grands Prix de Rome devenus directeurs ou professeurs a certainement joué dans le maintien de pratiques reposant toujours sur les catégories fondamentales des beaux-arts – dessin, peinture, sculpture et gravure. Ces cours servaient, la plupart du temps, aux apprentis (couturières, coiffeurs ou autres), venus dans ces lieux compléter une formation indispensable à leur profession, et à une partie de la jeunesse bourgeoise, soucieuse d'acquérir les rudiments d'une occupation inutile et noble, d'un art de salon.

Les raisons qui ont conduit les administrateurs à transformer les écoles d'art sont multiples. En premier lieu, la réforme du système éducatif, à partir de 1959, prolongeant la scolarité obligatoire jusqu'à seize ans, a privé les écoles d'art de la tranche d'âge directement concernée par l'apprentissage (orientée après le certificat d'études), mais a ouvert les portes à une clientèle d'un niveau scolaire plus élevé (B.E.P.C. puis brevet des collèges et au-delà). En second lieu, la contestation et les débats déclenchés par les événements de mai 1968 ont brutalement rendu caducs les schémas traditionnels de l'enseignement de l'art. L'introduction de catégories méthodologiques empruntées à d'autres disciplines intellectuelles comme la sémiologie, la psychanalyse, la sociologie, etc., dans le domaine des arts plastiques, en a modifié les principes. En 1966, la grande exposition du Musée national d'art moderne consacrée au Bauhaus accordait une reconnaissance tardive mais légitime aux théories et aux pratiques de cette institution. La traduction des textes des grands théoriciens et pédagogues du Bauhaus, Itten, Kandinsky, Klee et Albers, devait en faciliter la diffusion dans les centres de formation artistique. Cependant, la volonté d'offrir de nouveaux cadres à la pédagogie – en définissant l'art comme un langage (malgré les réserves exprimées par les linguistes) et l'enseignement comme un exercice syntaxique – s'est heurtée à d'autres écoles qui niaient l'apprentissage pour faire de l'art un événement (Fluxus), ou qui dénonçaient l'idéalisme pour lui substituer l'analyse des moyens de production (Peinture, Cahiers théoriques, groupe Support-Surface), sans oublier l'héritage de Marcel Duchamp.

C'est donc dans un contexte de confrontations idéologiques et esthétiques que la réforme des écoles d'art a été inaugurée (décret du 9 novembre 1973 portant organisation de l'enseignement des arts plastiques dans les écoles d'art nationales, régionales et municipales). Elle a été menée parallèlement au transfert dans les universités de la formation des professeurs d'arts plastiques jusque-là recrutés sur concours et qui allaient bénéficier désormais de la loi d'orientation. Mais elle ne devait pas concerner les écoles nationales supérieures de Paris.

Les réformes de l'enseignement dans les écoles d'art

Sans reprendre dans le détail l'évolution des structures pédagogiques qui ont fait l'objet de nombreux réajustements entre 1973 et 1998, on peut cependant rappeler l'axe principal de la réforme. En 1973, le législateur commence par abroger les diplômes qui sanctionnaient jusque-là les études : le certificat d'aptitude à une formation artistique supérieure (C.A.F.A.S.) ainsi que l'éphémère attestation d'études plastiques créée deux ans auparavant. L'enseignement est désormais réparti en deux cycles (initiation et spécialisation). En même temps, un conseil pédagogique est institué dans les écoles nationales d'art ; il est chargé de veiller à l'organisation, aux méthodes et au contenu des études. En 1975 (décret du 25 novembre), le texte précise plusieurs points importants : le cycle d'initiation comprend deux périodes (probatoire et post-probatoire – deux ans au total), le cursus est sanctionné par l'attribution d'unités de valeur. Un certificat de fin d'études du cycle d'initiation, ou certificat d'initiation plastique (C.I.P.) est créé. Pour le cycle de spécialisation, trois départements sont ouverts : Art, Communication visuelle et audiovisuelle, Environnement. Le département Art a notamment pour vocation de « former des plasticiens aptes à explorer et appréhender les moyens d'expression les plus divers et à choisir parmi eux celui ou ceux qui correspondent le mieux à leur personnalité de créateur ». La durée des études est de trois ans. C'est en 1975 que sont créés le diplôme national supérieur d'expression plastique (D.N.S.E.P.) et la Commission nationale d'équivalence, qui admet le principe d'insérer dans le cursus des écoles d'art des candidats ayant déjà des diplômes (Éducation nationale, Université, écoles étrangères, etc.). La réforme de 1981 (décret du 26 janvier) est également importante parce qu'elle distingue deux cycles d'études : le cycle court, d'une durée de trois ans, « qui a pour objet de former sur le plan artistique et sur le plan technique des plasticiens aptes à intervenir dans des secteurs professionnels déterminés ». Il comprend deux sections : Arts graphiques et Cadre bâti ; les études sont sanctionnées par le diplôme national d'arts et techniques (D.N.A.T.). La première année est commune à la période probatoire du cycle d'initiation ; les deux années suivantes sont spécifiques à la section choisie. Le cycle long ne change pas (un cycle d'initiation de deux ans et un cycle de spécialisation de trois ans, le D.N.S.E.P. comme diplôme final).

Le décret du 10 novembre 1988 porte sur l'organisation générale des études. Plusieurs modifications fondamentales ont été apportées à cette occasion : les candidats doivent désormais justifier du baccalauréat pour se présenter au concours d'entrée des écoles d'art. L'étude d'une langue vivante devient obligatoire. Les étudiants peuvent proposer un projet de séjour dans une école étrangère. On constate que le niveau de recrutement exigé a été une fois de plus relevé et que l'aspiration des écoles d'art à s'ouvrir vers l'extérieur a été entendue. Toutes sortes d'initiatives sont d'ailleurs prises (bourses d'études offertes dans le cadre du programme Socrates). En même temps, le principe de certification a été poussé à l'extrême puisque chaque année d'études se voit sanctionnée par un diplôme : certificat d'études d'arts plastiques (C.E.A.P.) à la [...]

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Pour citer l’article

Annie VERGER, « ENSEIGNEMENT DE L'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enseignement-de-l-art/