ENSEIGNEMENT DE L'ART

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L'enseignement de l'art à l'université

L'entrée de l'enseignement de l'art à l'université, après 1968, n'est que la conclusion d'un long processus amorcé au xixe siècle. Elle résulte de la réflexion menée après la Révolution sur la fonction sociale de l'art : mis à la portée de tous, et notamment des classes qui n'y avaient pas accès jusque-là, l'art peut être le véritable ferment de l'éducation morale et civique. À travers l'apprentissage du dessin – devenu depuis peu l'« écriture de l'industrie » – il s'offre comme l'instrument du progrès scientifique et technologique. L'enseignement artistique s'impose donc progressivement aux responsables politiques comme une nécessité. Il faut attendre l'arrêté du 2 juillet 1878 pour que l'enseignement du dessin soit obligatoire dans les cycles primaire et secondaire. La formation des maîtres devient alors un enjeu. Dispensée dans une École normale d'instituteurs, elle apparaîtra à certains, efficace parce que pragmatique, « positive », et à d'autres, méprisable parce que didactique. Introduite à l'École des beaux-arts, elle sera jugée noble parce que désintéressée ou, au contraire, dangereuse parce que trop individualiste, trop « artiste ». Ces interprétations antinomiques se traduisent dans les textes et dans les diplômes. Le certificat d'aptitude à l'enseignement du dessin dans les écoles primaires supérieures et les écoles normales (1879) sanctionne plutôt des qualités normatives (dessin scientifique : croquis coté, perspective, ombres ; dessin d'après l'ornement ; rudiments d'anatomie, proportions du corps humain) alors que le certificat d'aptitude – degré supérieur – à l'enseignement du dessin dans les lycées et collèges (arrêté de 1909) fait appel à des qualités plastiques (figure et tête d'après nature, dessinées, peintes ou modelées ; étude d'après la plante, croquis, composition décorative ; à l'oral, histoire de l'art), sans que soient néanmoins oubliées la perspective et l'anatomie. Ces deux formations s'adressent à des publics différents : les élèves sortant de l'école après le certificat d'études doivent avoir assimilé les rudiments du dessin pour satisfaire aux exigences de l'industrie, mais ils ont en même temps été instruits par l'art ; les collégiens et les lycéens ont fait l'apprentissage du dessin, de la peinture ou de la sculpture, et ils ont formé leur jugement esthétique.

L'intégration des professeurs de dessin dans le corps central de l'éducation, dominé par les disciplines intellectuelles, a été longtemps freinée par l'absence de diplôme de l'enseignement général. En effet, les postulants se recrutaient en grande partie à l'École des beaux-arts et n'avaient pas le baccalauréat. En 1908, on pensait déjà à la création de chaires spéciales dans les universités. Mais, dédaignés par le camp de l'art et ignorés par celui des lettres, les défenseurs de l'enseignement artistique obligatoire pour tous devaient trouver refuge auprès de l'Éducation nationale, qui autorisait en octobre 1947 l'ouverture d'une section préparatoire au professorat de dessin au lycée Claude-Bernard à Paris. La création du diplôme de dessin et d'arts plastiques, en 1952, réservé aux élèves titulaires du baccalauréat a préfiguré le rapprochement avec l'Université. Les épreuves se présentaient sous la forme de quatre certificats (dessin, composition décorative, histoire de l'art, sciences annexes). Après leur diplôme, les lauréats pouvaient se présenter au C.A.P.E.S. pratique après un stage dans un centre pédagogique régional.

Ce sont les événements de mai 1968 qui ont mis un terme définitif à ce type de formation des professeurs de dessin et d'arts plastiques, en provoquant la fermeture de la section préparatoire. La création de l'U.E.R. Arts plastiques et Sciences de l'art, à Paris, date de 1969. Faire entrer ces disciplines à l'Université supposait plus qu'une adhésion de principe, dans la mesure où les nouveaux venus risquaient de perturber un système de relations, établi depuis longtemps, entre les champs artistique et littéraire. Cette greffe allait donc faire l'objet de négociations avec les autorités de tutelle. La nature de l'enseignement, le contenu des disciplines, les modalités de recrutement des agents appelés à assurer la formation devaient correspondre au cadre institutionnel de l'université. En échange, les responsables du projet demandaient que l'on reconnaisse l'existence d'une recherche dans les arts – au même titre que dans les sciences humaines – distincte de l'histoire et de la philosophie. Pour la première fois, on pouvait articuler pratique et théorie dans les séminaires-ateliers et mettre en œuvre une véritable interdisciplinarité pour engager une réflexion sur la pédagogie.

L'indépendance de l'enseignement de l'art – souhaitée depuis le début – n'a été acquise qu'avec la création de la 18e section Arts plastiques, Spectacle, Musique, Esthétique, Sciences de l'art dans le Conseil supérieur des universités. Elle est la garantie d'une recherche « dans les arts et sur les arts » et met en évidence les rapports spécifiques et originaux qui peuvent être établis entre des disciplines intellectuelles aussi différentes que la psychanalyse, l'anthropologie culturelle, la sociologie, la sémiotique, l'informatique, etc.

Les arts plastiques sont enseignés dans quatorze universités (Aix-Marseille-I, Amiens, Bordeaux-III, Corte, Lille-III, Metz, Montpellier-III, Paris-I et Paris-VIII, Rennes-II, Saint-Étienne, Strasbourg-II, Toulouse-II, Valenciennes) et les arts appliqués dans cinq académies (Bordeaux, Corse, Paris, Strasbourg, Toulouse). Il y a actuellement 10 000 étudiants (1 000 sont inscrits au Centre national d'éducation à distance, C.N.E.D.) dont 50 p. 100 sont inscrits dans les U.F.R. de Paris-I et Paris-VIII pour 522 enseignants toutes catégories confondues (rapport Danièle Pistonne, 1996).

La formation s'adresse à tous les étudiants, en principe sans sélection préalable. Elle offre un large éventail de possibilités (mais pas dans toutes les U.F.R.) : D.E.U.G. Arts (mentions : Arts plastiques, Arts du spectacle, Histoire des arts et archéologie, Médiation culturelle et communication, Musique), licences et maîtrises du secteur artistique et culturel (archéologie, arts appliqués, arts plastiques, arts du spectacle, conception et mise en œuvre de projets culturels, histoire de l'art, musique), D.E.A. (arts plastiques, esthétique et sciences de l'art), doctorat (arts plastiques, cinéma, télévision, audiovisuel, esthétique, musique), C.A.P.E.S., C.A.P.E.T., agrégation d'arts plastiques et d'arts appliqués (arrêté du 30 avril 1997).

L'introduction de l'art à l'université, après 1968, n'avait pas pour seul objectif de produire des professeurs de l'enseignement secondaire. Elle privilégiait l'apport des sciences humaines, l'art contemporain et favorisait la formation de producteurs d'art d'un type particulier parce que placés au centre d'un ensemble d'informatio [...]

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Pour citer l’article

Annie VERGER, « ENSEIGNEMENT DE L'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enseignement-de-l-art/