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ENFANCE (Situation contemporaine) Évolution de la relation adultes-enfants

Les sociétés contemporaines font l'expérience multiforme d'une fragilisation de l'autorité. Cette fragilisation concerne toutes les formes de pouvoir s'exerçant sur les individus, mais elle se révèle particulièrement insistante partout où il y va d'une relation entre adultes et enfants. Les éducateurs et les parents ressentent aujourd'hui des difficultés inédites aussi bien pour transmettre les savoirs que pour faire acquérir des normes séparant le licite et l'illicite, le possible et l'impossible. Ce qui est souvent identifié à une perte de points de repère suscite chez les éducateurs des interrogations de plus en plus inquiètes, en même temps que des comportements fréquemment violents chez ceux qu'ils essayent d'éduquer. Face à ce qu'on peut ainsi désigner comme un nouveau problème de l'autorité, il importe cependant, plutôt que de céder à l'affolement, d'analyser les phénomènes concernés sur un temps beaucoup plus long que celui de l'actualité, en s'efforçant de les relier à la modernisation progressive de nos sociétés.

Dynamique des sociétés modernes

De fait, la relation entre adultes et enfants a été l'objet, au fur et à mesure que se déployait la modernité, d'un véritable travail de laïcisation qui a progressivement dépouillé de son caractère sacro-saint l'autorité du monde des adultes. Ce travail a concerné au premier chef la désacralisation de l'autorité paternelle, virtuellement parallèle à la désacralisation de l'autorité du mari dans le couple. Ce parallélisme admet toutefois une limite, dont l'indication fait apparaître d'emblée ce par quoi la relation à l'enfance porte à leur comble les problèmes induits par le travail de l'égalité démocratique. Dans l'espace de l'éducation (familiale ou scolaire), le processus d'égalisation qui a été au centre de la modernisation des rapports entre les êtres humains ne pouvait en effet s'accomplir sur le même mode que dans le domaine de la relation entre les genres, que ce soit au sein du couple ou dans le cadre plus vaste de la société. Expliquons en quelques mots ce qui a distingué les deux registres et permet d'apercevoir déjà pourquoi le rapport à l'enfance pose désormais tant de problèmes qui lui sont spécifiques.

Pour ce qui est du rapport entre hommes et femmes, la relation de dissymétrie caractéristique des sociétés traditionnelles a décisivement et définitivement explosé sous l'effet de l'accès des femmes au droit de suffrage : même si toutes les formes d'oppression que subissaient les femmes n'ont pas disparu comme par enchantement dans la seconde moitié du xxe siècle, il n'est pas douteux que l'obtention de la citoyenneté active a joué le rôle d'un fantastique accélérateur dans le processus démocratique d'égalisation des conditions. Rien de comparable n'était et n'est en revanche envisageable dans le domaine du rapport des adultes à l'enfance. Un certain nombre de gestes peuvent certes, de ce côté, être rapprochés de celui qui est intervenu pour les femmes avec la conquête du droit de vote – à commencer, bien sûr, par l'abaissement de l'âge de la majorité civique, dont on peut penser qu'il ne manquera pas de se poursuivre. Mais nous sentons bien aussi qu'il y a ici des limites pour ainsi dire naturelles à ce processus, et que la citoyenneté de l'enfant, souvent évoquée dans les débats récents, restera en grande partie théorique. Rien ne saurait donc, concernant l'enfance, être aussi clair et frappant pour les mentalités que l'accès des femmes à l'égalité par le droit de suffrage : si l'on réserve provisoirement le cas de la fameuse et controversée Convention internationale des droits de l'enfant de 1989, rien[...]

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Écrit par

  • : professeur de philosophie morale et politique à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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