TRÉBIZONDE EMPIRE DE

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À la veille de la quatrième Croisade, deux petits-fils d'Andronic Ier Comnène, Alexis et David, qui avaient été sauvés de la destruction générale de la maison des Comnènes (1185), s'enfuirent à Trébizonde. Là, aidés par leur tante maternelle, la légendaire reine d'Ibérie Thamar ou Tamara, ils instaurèrent leur pouvoir sur toute la région s'étendant entre le fleuve Alis et la chaîne du Caucase. Cette région, qui comprenait les terres de l'antique royaume du Pont et de la Paphlagonie, était coupée de l'Empire byzantin par les possessions du sultan d'Iconion (Konia) ; ses gouverneurs avaient pris souvent leurs distances par rapport au pouvoir central. De plus, elle était le pays d'origine du clan des Comnènes et ses notables accueillirent avec enthousiasme les deux descendants impériaux. Alexis occupa Trébizonde en 1204 et en fit sa capitale. Il fut proclamé par ses soldats « empereur des Romains » à l'âge de vingt-deux ans. Il entreprit aussitôt avec son frère des campagnes pour étendre son territoire. David, le plus jeune, poussa ses campagnes loin vers l'ouest jusqu'en Bithynie et les terres de l'Empire de Nicée. C'est alors que l'empereur de Nicée fit alliance avec le sultan seldjoukide d'Iconion pour lui barrer la route. David fut vaincu par les Seldjoukides, sa capitale Sinope fut prise et, en 1214, lui-même trouva la mort. Alexis réussit à contenir les Seldjoukides et à conserver ses anciennes possessions avec le fleuve Alis pour frontière occidentale. Il se tourna vers des conquêtes du côté de la mer. Avec l'aide des fameux marins, Lazes et Pontiens, il réussit à construire une flotte considérable et à occuper les côtes septentrionales de Crimée et une bonne partie de la région qui composait auparavant le thème byzantin de Kherson.

L'Empire de Trébizonde dura deux siècles et demi (1204-1461). Il entretint des guerres incessantes contre les princes d'Ibérie, les émirs d'Arménie et les chefs turcomans. Trébizonde devint une des plus grandes villes d'Orient et même du monde. Important débouché des caravanes venant du Caucase, de Mésopotamie, d'Iran, des Indes et d'Extrême-Orient, Trébizonde profita du fait que les routes caravanières, qui aboutissaient autrefois aux villes côtières de la Méditerranée orientale, étaient devenues trop dangereuses à cause des conflits entre les nombreux États et principautés orientales et occidentales qui s'y étaient installés. Au xiiie siècle les Vénitiens et les Génois installèrent à Trébizonde des comptoirs commerciaux, grâce à des accords spéciaux, et servirent d'intermédiaires.

L'antagonisme entre les empereurs de Trébizonde et les sultans d'Iconion cessa à la veille de l'invasion mongole. Mais ils furent vaincus et forcés de payer tribut à Tamerlan. Les rapports avec l'Empire de Nicée redevinrent normaux, après la reconquête de Constantinople. L'empereur de Trébizonde, Jean II, abandonna son titre d'empereur des Romains, reconnaissant le droit de le porter au seul empereur de Constantinople, et prit le titre d'empereur de l'Anatolie, de l'Ibérie et des pays d'outre-mer. Après la prise de Constantinople par Mahomet II, l'empereur de Trébizonde fut forcé de payer tribut à ce dernier, qui ne tarda pas à investir Trébizonde militairement. Suivant les conseils de son chancelier, le poète pro-ottoman Amiroudzis, David, le dernier de la lignée des grands Comnènes, livra sa ville et son empire. Il fut exilé dans les Balkans et, par la suite, tué avec toute sa progéniture. Une partie de l'aristocratie de Trébizonde fut transférée à Constantinople où on retrouve les noms de ses clans parmi les Phanariotes (Ypsilantes). L'intégration de l'Empire pontien dans l'Empire ottoman n'arrêta pas le développement de Trébizonde et des autres villes côtières du Pont. Au contraire, l'expansion ottomane leur permit d'ouvrir une voie commerciale vers l'Europe occidentale, la voie danubienne.

Les historiens de la Grèce moderne ont voulu annexer par tous les moyens l'Empire de Trébizonde à l'hellénisme. Ils le considèrent comme « le phare de la culture hellénique dans l'Orient profond » et déclarent que ses habitants n'étaient autres que des Grecs. Pourtant, la mince couche des citadins hellénophones et l'administration, qui se servaient de la langue grecque ecclésiastique, ne suffisent pas pour qu'on puisse parler d'un « empire hellénique ». Les tribus montagnardes, sur [...]

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Pour citer l’article

Emmanuel ZAKHOS-PAPAZAKHARIOU, « TRÉBIZONDE EMPIRE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-de-trebizonde/