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ÉGLISE ET SECTE, notion d'

Église et secte, dans l'acception classique de ces termes, constituent deux modes opposés d'organisation des groupements religieux qui renvoient eux-mêmes à deux attitudes tranchées face à la manière d'envisager et de viser la quête du salut : une première attitude, constitutive des groupements religieux de type sectaire, privilégie la dimension d'intensité de la vie religieuse et exige du croyant qu'il affirme sa foi en rupture avec sa vie passée (conversion intérieure) ; la seconde attitude, qui est à la racine de groupes religieux organisés en Églises, met en avant la dimension de l'universalité par rapport à celle de l'intensité et accepte la coexistence, au sein d'un même corps religieux, de croyants tièdes à côté d'autres fortement convaincus et militants.

Des organisations différenciées

Ce modèle dual d'organisation des groupements chrétiens, développé au début du xxe siècle par deux sociologues allemands, Ernst Troeltsch et Max Weber, met l'accent sur le caractère exclusif (secte) ou au contraire inclusif (Église) des groupes religieux. Dans une telle perspective, la secte est une association volontaire de croyants unis par l'intensité de leurs aspirations et résolus à maintenir un haut degré de vie religieuse au sein d'une communauté en rupture avec le monde, c'est-à-dire avec les institutions, les normes et les valeurs qui caractérisent la société environnante. Cette logique de protestation contre le monde peut s'exprimer par une tension radicale et globale ou bien au contraire modulée ; elle emprunte des voies variées allant du retranchement au sein de communautés séparées au refus intériorisé où l'on continue à assumer ses obligations sociales, ou encore à la rébellion active (par exemple pour certaines sectes millénaristes désireuses de hâter l'apparition d'un ordre nouveau). Parfois, le non-conformisme de la secte se manifeste seulement sur un mode plus symbolique par le rejet d'une pratique, d'un rite ou d'un usage donné. Par contraste avec cette posture de refus du monde, l'Église se montre par principe ouverte à la multitude et offre la promesse de sauver tous ceux qui reconnaissent sa légitimité, fût-ce au prix de compromis passés avec les différents cercles qui constituent le monde profane (la famille, l'économie, l'État, principalement).

Il ressort de cette opposition fondatrice un certain nombre de conséquences : si la secte exige de ses membres un haut degré d'affirmation dans les croyances (ce qui conduit souvent à l'exigence du prosélytisme), d'implication dans la vie religieuse (militantisme) et d'intériorisation des normes morales, elle apparaît comme une simple structure d'entraide permettant à chaque croyant de cheminer vers le salut en communion de foi et d'action avec ses frères. Elle ne prétend nullement constituer une institution sainte en elle-même et détentrice des clés du salut ; sa sainteté repose uniquement sur celle de ses membres. Il en va tout autrement de l'Église : celle-ci se définit comme une institution sacrée, capable de dispenser les biens de salut à ceux qui respectent ses règles et participent à ses rites. En ce qui concerne le régime d'autorité, la secte est à la fois égalitaire, puisque tous les croyants sont frères dès lors qu'ils ont fait le choix de la conversion (idée du « sacerdoce universel »), et charismatique, puisque l'autorité est détenue par ceux qui ont fait preuve de qualités exceptionnelles dans l'intériorisation de la doctrine ou dans la prédication. L'Église, quant à elle, fonctionne selon un principe hiérarchique où l'autorité vient d'en haut et oppose des clercs « fonctionnaires du culte » et médiateurs du salut, par le biais des sacrements dont ils[...]

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Écrit par

  • : enseignant à l'université de Paris XII-Créteil-Val-de-Marne, membre du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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