ÉDUCATIONLes systèmes scolaires des pays développés

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Les systèmes éducatifs complexes des pays développés sont le fruit de traditions culturelles, politiques, économiques et administratives très contrastées. Ils sont à la fois déterminés par ces héritages et porteurs de changements, les politiques éducatives des gouvernements arbitrant sans cesse entre conservation et adaptation. Il en résulte une très grande diversité de structures et de pratiques pédagogiques qui reflètent, chacune à sa manière, le rôle assigné à l'école dans la société. Ces structures et pratiques peuvent être appréhendées à trois niveaux essentiels : la scolarité obligatoire, l'enseignement secondaire supérieur et la formation technique et professionnelle.

La scolarité obligatoire

En Europe, dans la seconde moitié du xixe siècle, la mise en œuvre de la scolarité obligatoire a souvent été le résultat d'une décision politique majeure, considérée en son temps comme une avancée fondamentale sur la voie du progrès social. Au cours du siècle qui a suivi, sa durée a été progressivement allongée sans perdre ce caractère symbolique de conquête.

Durée de la scolarité

La scolarisation est actuellement d'une durée variable, mais le cycle de neuf ans est le plus fréquent, du moins dans les pays développés. Elle correspond, dans de nombreux pays, à l'enseignement primaire et au premier cycle de l'enseignement secondaire. Dans la pratique, cet enseignement de base tend à s'allonger sous l'effet des progrès en matière de préscolarisation et de poursuite d'études en fin de scolarité obligatoire.

La préscolarisation des moins de six ans – âge « normal » d'entrée dans le milieu scolaire – demeure très inégale. Très avancée pour les enfants de cinq ans dans la plupart des pays européens où 90 p. 100 des enfants de cet âge sont scolarisés, elle diminue rapidement avec l'âge. Seuls la France, la Belgique, les pays scandinaves et les pays de l'Europe orientale scolarisent massivement les enfants de quatre et trois ans dans des structures publiques, la situation de ces pays correspondant à une volonté politique très forte de socialisation précoce des enfants. Hors d'Europe, aux États-Unis et au Japon notamment, la préscolarisation est peu développée. Lorsqu'elle existe, elle repose largement sur des structures privées.

Les rythmes scolaires sont très variables. L'année scolaire dure entre 180 et 220 jours dans les pays européens, la France se trouvant près du minimum et l'Allemagne près du maximum. En termes d'heures d'enseignement, la durée de l'année scolaire est à peu près identique dans ces deux pays, car l'écolier français est soumis à des journées beaucoup plus lourdes que l'écolier allemand, seulement astreint au 8 heures-13 heures. Dans les pays en développement, l'absentéisme des enseignants est tel que la durée réelle de l'année scolaire est souvent très inférieure à la durée légale.

L'allongement des études en fin de scolarité obligatoire est un phénomène général qui tend à ôter à celle-ci son caractère de « minimum social » en matière d'éducation. L'âge réglementaire de quinze ou seize ans pour le terme de cette scolarité perd de son importance en raison de la généralisation de la poursuite des études. Rares sont les pays qui, comme la Belgique et l'Allemagne, ont instauré des obligations légales d'enseignement à temps partiel après la scolarité obligatoire. Dans la plupart des cas, la poursuite des études au-delà du minimum obligatoire ne fait que refléter la forte demande des familles pour les études longues.

Programmes et évaluations

Les programmes scolaires de la scolarité obligatoire s'efforcent de faire une synthèse entre trois types de considérations :

– les savoirs nécessaires à l'individu pour vivre et « fonctionner » dans une société donnée ;

– la structure et l'évolution des connaissances dans chaque discipline ;

– les valeurs ou les idéologies en vigueur dans la société au stade actuel de son développement.

Face à la complexité croissante des sociétés contemporaines et à l'augmentation des connaissances – y compris l'ouverture de champs tout à fait nouveaux comme l'environnement ou l'informatique –, les programmes scolaires de l'enseignement obligatoire se sont, au cours des années 1980, efforcés de « suivre » cette évolution en multipliant les sessions de sensibilisation aux nouveaux savoirs. Il en est résulté une certaine fragmentation et une surcharge des programmes. La tendance actuelle est davantage au recentrage sur des notions de base à maîtriser, en mettant l'accent sur les différents « langages » de la connaissance, comme modes d'appréhension de la réalité. Cette évolution ne fait pas toujours bon ménage avec le découpage traditionnel des cursus scolaires en matières séparées les unes des autres. Si la notion française de « programme national » – consistant en des objectifs d'apprentissage clairement définis accompagnés d'instructions très précises pour les mettre en œuvre – est loin d'être la règle partout, on assiste cependant à une évolution très nette, notamment dans les pays anglo-saxons, vers une définition plus précise des programmes de la scolarité obligatoire.

L'évaluation des connaissances par la notation constitue la règle générale en fin de scolarité obligatoire pour préparer l'admission dans le secondaire supérieur. Mais plusieurs pays (Danemark, Suède) l'ont supprimée dans le primaire et dans les premières années du secondaire ou ont adopté des procédures d'appréciation adoucies (États-Unis), dans un souci louable d'éviter les classements trop stigmatisants pour les jeunes enfants. La sanction du redoublement pour améliorer les performances scolaires est utilisée de manière très variable et plusieurs pays pratiquent le passage automatique d'une classe à l'autre (Royaume-Uni et pays scandinaves).

Organisation

En matière de structures de la scolarité obligatoire, il existe deux modèles : le modèle unifié, dit aussi « tronc commun » ou « collège unique », et le modèle différencié, qui prévoit des filières séparées après l'enseignement primaire proprement dit. Le choix entre ces deux modèles a fait l'objet de grands débats politiques dans les années 1960 où le principe du « collège unique » (comprehensive school, Gesamstchule...) domine les esprits des décideurs nationaux. Dans les organisations internationales, on croit alors à la convergence des systèmes vers un tronc commun d'enseignement de base de huit à dix ans. Dans la pratique, les choses se sont passées de manière beaucoup plus contrastée.

Les pays scandinaves (la Suède surtout, où le tronc commun de neuf ans est décrété dès 1962) sont allés en flèche. Au Royaume-Uni, le mouvement vers la comprehensive school bénéficie d'un parrainage politique puissant (élection d'un gouvernement travailliste en 1965), et des progrès considérables sont accomplis aux cours des années 1970 en direction d'un tronc commun de onze ans, la scolarité commençant à l'âge de cinq ans. Mais il s'est heurté à des résistances farouches de la part des collectivités locales [...]

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Jean-Pierre JALLADE, « ÉDUCATION - Les systèmes scolaires des pays développés », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/education-les-systemes-scolaires-des-pays-developpes/