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BERNSTEIN EDUARD (1850-1932)

Le révisionnisme est né de la situation paradoxale de la social-démocratie allemande au début du xxe siècle. Un parti puissant, dans un pays prospère, continue de professer une idéologie révolutionnaire, alors qu'il tire sa force du jeu démocratique. La permanence de ce paradoxe dans le mouvement ouvrier occidental explique la pérennité du révisionnisme. Ceux qui, au xxe siècle, ont essayé de rajeunir l'idéologie socialiste ont utilisé les mêmes arguments que Bernstein et ont suscité les mêmes réactions de la part des courants orthodoxes. Même les tentatives de rajustement doctrinal dans les grands partis communistes occidentaux retrouvent les thèmes de la pensée révisionniste.

Le secrétaire d'Engels

Eduard Bernstein est né à Berlin dans une famille juive libérale. Son père, artisan, pratique une religion assouplie. Son oncle, le rabbin Aron Bernstein, est le fondateur du journal libéral La Gazette populaire de Berlin (Berliner Volkzeitung). Après des études secondaires sans éclat, il entre à seize ans comme apprenti chez un banquier. De 1871 à 1878, il est employé à la banque Rothschild. Il adhère en 1872 à l'Internationale ouvrière par le canal du parti « eisenachien » (Parti social-démocrate des travailleurs), qui s'oppose à l'Association générale allemande des travailleurs, fondée par Ferdinand Lassalle. Il suit le courant général qui, à l'époque, pousse les jeunes libéraux vers le socialisme, seule force, à leurs yeux, capable de réaliser l'idéal démocratique. Ses qualités de propagandiste et de journaliste en font rapidement un responsable en vue. Au congrès d'unification de Gotha (1875), il est élu au comité directeur du parti unifié.

Votées le 19 octobre 1878, les lois anti-socialistes contraignent Bernstein à l'exil. À partir de 1881, il dirige en Suisse, avec son futur adversaire K. Kautsky, le Sozial Democrat, organe du parti. Dans ce climat de répression, il adopte une attitude plus radicale et adhère au marxisme. Expulsé de Suisse en 1888, il se réfugie à Londres, où il devient l'intime, puis le secrétaire d'Engels, avant d'être désigné comme exécuteur testamentaire par le patriarche du socialisme.

Dans les dernières années du xixe siècle, le capitalisme européen entre dans une nouvelle phase d'expansion. La social-démocratie, qui n'est plus en butte à une politique de répression, recueille les fruits de son adhésion au système démocratique (2,1 millions de voix aux élections de 1898, 27 p. 100 des suffrages exprimés, 56 députés). Non sans déchirement, Bernstein est conduit à remettre en cause la doctrine de ses maîtres. Il fait paraître en 1899 Socialisme théorique et social-démocratie pratique.

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Écrit par

  • : assistant de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • COLONIALISME & ANTICOLONIALISME

    • Écrit par Jean BRUHAT
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    • 2 médias
    ...brochure que Paul Louis publie en 1905 et qui s'intitule précisément Le Colonialisme. Mais, dans la pratique politique, il y a beaucoup de fluctuations. Un socialiste allemand comme Edouard Bernstein justifie l'expansion coloniale. La position de Jaurès a très sensiblement évolué. Il considère d'abord...
  • COMMUNISME - Histoire

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  • KAUTSKY KARL (1854-1938)

    • Écrit par Paul CLAUDEL
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    Né à Prague, Kautsky milite tout d'abord au sein de la social-démocratie autrichienne ; exilé à Zurich, il devient marxiste sous l'influence de Bernstein avec lequel il anime Der Sozial-Demokrat (1880-1881). Pendant deux ans, il est à Londres le secrétaire d'Engels, puis il adhère...

  • MARXISME - Les révisions du marxisme

    • Écrit par Pierre BOURETZ, Evelyne PISIER
    • 3 663 mots
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    Après la mort de Marx, Eduard Bernstein, exécuteur testamentaire d'Engels, procède à la première révision. En 1899, dans Les Présupposés du socialisme, Bernstein propose d'abord une révision des dogmes. Au nom du réalisme, mais aussi au nom de l'idéal : « La social-démocratie aurait besoin...

Voir aussi