CHARLES-ROUX EDMONDE (1922-2016)

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Née le 17 avril 1920 à Neuilly-sur-Seine, Edmonde Charles-Roux a commencé sa vie dans « le monde d’hier » cher à Stefan Zweig, celui des grandes capitales cosmopolites d’avant-guerre : Londres, Prague, Saint-Pétersbourg, Istanbul, Le Caire. En 1932, son père, François Charles-Roux (1879-1961), homme d’affaires, historien et diplomate, est nommé ambassadeur auprès du Saint-Siège à Rome. Adolescente, Edmonde Charles-Roux découvre les beautés de l’Italie et sa littérature, notamment par le biais des œuvres d’Elio Vittorini.

Edmonde Charles-Roux

Photographie : Edmonde Charles-Roux

Romancière et journaliste, Edmonde Charles-Roux a traversé le XXe siècle avec élégance et brio. 

Crédits : S. Bassouls/ Sygma/ Corbis

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À la déclaration de guerre, son père est rappelé à Paris au secrétariat général des Affaires étrangères. Il succède à Alexis Leger, Saint-John Perse pour la littérature. Jeune élève infirmière, Edmonde Charles-Roux est affectée dans un corps d’ambulancières de la Légion étrangère. Blessée en 1940 lors d’un bombardement, elle continue de porter secours. Son dévouement lui vaut la croix de guerre, le grade de caporal d’honneur et une citation. Lorsque Pierre Laval devient secrétaire d’État aux Affaires étrangères, François Charles-Roux démissionne du Quai d’Orsay. La famille se replie à Marseille, sur ses terres méridionales. Très vite, Edmonde Charles-Roux entre dans la Résistance et intègre le réseau Brutus de Félix Gouin. Après le débarquement en Provence, elle rejoint le cabinet du général Jean de Lattre de Tassigny. Par la suite, elle devient assistante sociale au sein de la 5e division blindée, commandée par le général Henri de Vernejoul. Une blessure lors de l’entrée des troupes françaises en Autriche lui vaut une nouvelle citation.

Née libre, elle s’est efforcée de le rester. Mais sa fréquentation des soldats et surtout des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main-d’œuvre immigrée), proches des communistes, lui ferme la porte de sa famille bourgeoise et très catholique. C’est donc dans le journalisme qu’elle va exercer son indépendance d’esprit et sa curiosité, d’abord, en 1947, au magazine Elle, après avoir rencontré Hélène Lazareff, puis à partir de 1950 à l’édition française de Vogue, dont elle devient rédactrice en chef. Sous son impulsion, la culture en vient à occuper près de la moitié des pages jusqu’alors exclusivement consacrées à la mode. Edmonde Charles-Roux se passionne notamment pour le renouveau de la musique en France et pour le tout jeune festival d’Aix-en-Provence qui vient de naître à l’initiative de Lily Pastré et Gabriel Dussurget. Mais sa détermination à vouloir mettre une femme noire en couverture de Vogue lui vaut d’être licenciée en 1966. C’est alors qu’elle entre en littérature de manière tout aussi flamboyante. Son premier roman, Oublier Palerme (1966), soutenu par Louis Aragon et Elsa Triolet, obtient le prix Goncourt. Dans une Sicile fière de son passé mais tentée par la modernité américaine, Edmonde Charles-Roux évoque sa nostalgie des fastes de l’Italie du Sud, qui rappelle celle du Guépard, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Le livre sera porté au cinéma par Francesco Rosi en 1990.

La notoriété littéraire va favoriser la rencontre d’Edmonde Charles-Roux et de Gaston Defferre, lors de la remise de la médaille de la ville de Marseille. Le coup de foudre de 1966 se concrétise par un mariage en 1973.

Les livres et le journalisme vont désormais constituer ses deux approches du monde, celui dans lequel elle vit et celui qu’elle a connu. Dans Elle, Adrienne (1971), elle brosse, à travers le regard d’un aristocrate originaire de Bohême et devenu officier dans le Paris de l’Occupation, le portrait d’une couturière qui ressemble à Coco Chanel. Edmonde connaît bien ce milieu et elle consacrera quelques années plus tard une biographie à la créatrice de la rue Cambon (L’Irrégulière, 1974).

Le genre, définitivement, l’inspire. Elle poursuit son exploration de personnalités aux destinées romanesques : Stèle pour un bâtard. La vie de Don Juan d’Autriche (1980), Un désir d’Orient. La jeunesse d’Isabelle Eberhardt 1877-1899 (1989), Nomade, j’étais. Les années africaines d’Isabelle Eberhardt (1995) et L’Homme de Marseille (2001), consacré à Gaston Defferre.

Élue à l’académie Goncourt en 1983, Edmonde Charles-Roux en devient la présidente en 2002. Elle exercera cette fonction jusqu’en 2014 avec la même énergie qu’elle a mise dans ses livres. Anticonformiste, indocile et passionnément libre – « Vivre, c’est dire non », assurait-elle –, cette féministe qui a accompagné les grandes mutations culturelles de l’après-guerre meurt à Marseille le 20 janvier 2016.

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Pour citer l’article

Laurent LEMIRE, « CHARLES-ROUX EDMONDE - (1922-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edmonde-charles-roux/