BOURDIN GUY (1928-1991)

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Unanimement reconnu comme l'un des plus grands photographes du demi-siècle et comme le plus brillant inventeur d'images de mode et de publicité, Guy Bourdin reste une personnalité à la biographie mystérieuse. De même qu'il a toujours refusé les rétrospectives, les expositions, les monographies ou les honneurs, il a dissimulé sa vie derrière son œuvre aujourd'hui dispersée dans les collections de quelques magazines prestigieux et dans des catalogues publicitaires.

De ses origines familiales, nous ne savons rien — si ce n'est que sa mère était peut-être espagnole, et rousse. Son enfance a pour cadre une brasserie parisienne sur les grands boulevards où, vers l'âge de quinze ans, il croque les consommateurs tout en faisant ses devoirs. La passion du dessin — comme celle de la bicyclette — ne le quittera jamais. Devenu photographe, Guy Bourdin dessinera des idées de photographies avant de les réaliser... lorsqu'il sera possible toutefois de résoudre certaines difficultés techniques : son projet de noyer sous des hectolitres d'eau la galerie des glaces du château de Versailles ne fut bien sûr jamais réalisé.

Vendeur à La Samaritaine, il est chargé du rayon photographie. Il croise à cette époque des personnalités importantes du Paris des années cinquante et rencontre, à force de ténacité, Man Ray, à qui il voue un culte absolu. Le célèbre Américain écrira le texte de présentation de la première exposition du jeune Bourdin.

Puis il fait la connaissance de Marie-Laure de Noailles et, grâce à elle, du couturier Jacques Fath qui lui commande des dessins. Celui-ci l'envoie se présenter à Edmonde Charles-Roux, alors rédactrice en chef de Vogue France. Touchée par le talent du jeune homme — il a vingt et un ans —, elle l'embauche et il deviendra très vite le photographe attitré de la maison. Avec humour, et avec un sens très sûr des formes et des couleurs, il invente des mises en scène dans lesquelles il introduit souvent un élément qui vient perturber les habituelles conventions de la photographie de mode. Ses récits en images, qui ne prennent jamais au sérieux le luxe et la beauté, sont le résultat de prises de vues perfectionnistes et s'éloignent toujours du décoratif et de la futilité. Il fut le premier à réaliser des photographies de mode avec un mannequin de couleur, ce qui fit scandale. Il n'hésita jamais à aller jusqu'au bout de ses idées, ce qui lui valut une réputation de photographe intransigeant. Misanthrope, il n'accepta de travailler qu'avec quelques personnes qui étaient ses amis : ainsi l'agence de publicité Mafia pour laquelle il réalisa d'importantes commandes.

Sa grande aventure d'images fut sans nul doute les campagnes publicitaires des chaussures Charles Jourdan pour lesquelles il créa, durant des années et avec une absolue liberté, des compositions étonnantes parfois presque surréalistes, constituant peu à peu l'image de marque de la griffe. Il travailla presque exclusivement pour Vogue et, à la fin de sa vie, pour le magazine Égoïste. Il assura la campagne de lancement de la montre Chanel, avec des photographies en noir et blanc d'une grande pureté.

Refusant les expositions et les publications — et les ponts d'or qui y étaient attachés —, Bourdin n'a jamais pris soin de son œuvre qu'il sera extrêmement difficile de rassembler : beaucoup d'originaux, entre autres ceux qui ont été réalisés pour la publicité, sont perdus, certainement parce qu'il mettait la peinture au-dessus de tout — il citait fréquemment le Journal de Delacroix — et considérait la photographie comme un gagne-pain.

En 1986, un changement à la direction de Vogue entraîne son licenciement. Profondément blessé, Bourdin doit abandonner le studio dans lequel il passait l'essentiel de son temps. Il refuse le grand prix national de la photographie en 1988 et, malade, ne réalisera plus que quelques images de commande. Il meurt des suites d'un cancer, le 29 mars 1991.

Bourdin a marqué, avec Jeanloup Sieff et Helmut Newton, une période importante de la photographie de mode et de publicité. Son obstination à refuser le gratuit et le futile, son regard implicitement critique sur les milieux « chics » lui ont permis de constituer une œuvre qui témoigne de l'évolution non seulement du goût, mais aussi des notions de luxe, de désir et qui reflète les fantasmes collectifs de la France, des années 1950 aux années 1990. C' [...]

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PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
  • Jean-Claude LEMAGNY
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Pour citer l’article

Christian CAUJOLLE, « BOURDIN GUY - (1928-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guy-bourdin/