ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) Théorie néo-classique

Faiblesses et retour en force du cadre néoclassique

Malgré un succès réel au début du xx e siècle, la théorie néoclassique souffre de deux faiblesses. Premièrement, si elle démontre de façon très rigoureuse sur le plan mathématique l'existence d'un équilibre, elle est incapable de décrire le mécanisme dynamique qui permet de l'atteindre. Walras imagine un « commissaire-priseur » , personnage hypothétique, qui sur chaque marché centralise les offres et les demandes et dissuade le consommateur d'acheter avant que le prix ne soit celui d'équilibre. Deuxièmement, en considérant que le marché est le moyen de résoudre les problèmes économiques d'un pays, elle recommande le désengagement de l'État. En particulier, sur le marché du travail, le chômage provient d'un coût excessif du travail et ne peut se résoudre que par la baisse des salaires. Toute action de l'État venant perturber ce mécanisme de retour à l'équilibre, celui-ci doit le moins possible intervenir, alors même que les chômeurs se tournent en général vers lui pour obtenir une amélioration de leur situation. Cette inertie théorisée provoque, au moment de la crise des années 1930, une certaine désaffection vis-à-vis de la théorie néoclassique au profit du keynésianisme ou du dirigisme planificateur inspiré du marxisme.

La théorie néoclassique ne s'efface pas pour autant totalement. Sa rigueur intellectuelle attire toujours les théoriciens. John Hicks, qui est un grand admirateur de Walras, réalise à la fin des années 1930 une synthèse du keynésianisme en y incorporant des éléments de la réflexion néoclassique (modèle IS/LM) : en particulier, il analyse l'égalité entre l'épargne et l'investissement comme l'équilibre d'un marché, le marché des capitaux, par le biais d'un prix, le taux d'intérêt. Même parmi les économistes marxistes, le raisonnement néoclassique continue de vivre. Oskar Lange (1904-1965), un autre disciple de Walras, propose en 1956 aux dirigeants communistes polonais, après les échecs dramatiques de la gestion hypercentralisée de la période stalinienne, une réforme selon laquelle les prix seraient déterminés par un mécanisme d'itération associant consommateurs et entreprises, l'organisme planificateur jouant le rôle du « commissaire-priseur walrasien » .

Ce maintien de l'approche néoclassique lui donne toute sa force lors de l'abandon des politiques fondées sur l'interventionnisme de l'État, que ce soient celles qui s'expriment dans un cadre démocratique comme le keynésianisme ou celles qui se font dans le cadre dictatorial du communisme.

L'économie néoclassique redevient dominante dans les années 1980. L'économiste George Stigler (1911-1991) obtient un prix Nobel d'économie en 1982, notamment pour des travaux d'histoire de la pensée économique tendant à démontrer que, l'économie étant une science, tout problème appelle deux types de réponses : l'une, scientifique, qui est en fait celle que fournit le raisonnement néoclassique, et l'autre, erronée, qui n'est formulée que parce qu'elle permet aux décideurs de cultiver des mensonges utiles au maintien de leur pouvoir, Stigler rangeant le keynésianisme dans le second type.

Cette assimilation du raisonnement néoclassique à l'économie en tant que discipline conduit certains théoriciens à en faire le mode d'explication des actes de la vie y compris ceux ne relevant pas a priori de l'économie. Le raisonnement néoclassique devient l'application de trois idées-forces à toute activité humaine. La première est que l'homme est rationnel. La deuxième est qu'il agit selon son intérêt personnel, avec comme seul souci de maximiser l'utilité de ses actes. La troisième est qu'il est capable de hiérarchiser de façon transitive l'utilité de[...]

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Jean-Marc DANIEL, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Théorie néo-classique  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

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