ÉCONOMIE (Définition et nature)Enseignement de l'économie

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L'influence de Jean-Baptiste Say

Issu d'une famille de commerçants lyonnais, Jean-Baptiste Say (1767-1832) s'enthousiasme très tôt pour l'économie et pour la révolution industrielle qui est en train de se produire outre-Manche. Sa vie est à multiples facettes. Il s'engage pour la Révolution et sera toute sa vie un républicain modéré, attaché au respect de la liberté. Il est l'équivalent d'un directeur de cabinet du ministre girondin des Finances Clavières ; il est aussi un membre turbulent du Tribunat consulaire dont il se fait expulser. Il fonde, par ailleurs, une entreprise de textile dans le Pas-de-Calais, mais ce défenseur de l'esprit entrepreneurial se révèle trop irrésolu pour mener à bien une affaire industrielle et fait faillite. Il est, enfin, un théoricien et un enseignant de l'économie réputé.

La nécessité d'enseigner l'économie est une conséquence de ses théories. Il est, en effet, connu pour avoir énoncé la loi des débouchés (Traité d'économie politique, 1803). Selon cette loi, chaque fois qu'une entreprise produit quelque chose, elle distribue sous forme de salaires et de dividendes à ses actionnaires l'équivalent en pouvoir d'achat de la valeur du produit qu'elle vient de fabriquer. Chaque produit vendu trouve donc, en face de lui, le pouvoir d'achat nécessaire à son acquisition, si bien qu'il n'y a jamais surproduction. Les détracteurs de Say en ont conclu qu'il considérait qu'il ne pouvait pas y avoir de chômage puisque chaque oisif embauché fabrique un produit qui trouve automatiquement son débouché. Mais Say conteste cette caricature de son propos. Si l'embauche des chômeurs paraît effectivement logique, elle ne va pas pour autant de soi, car ce geste de volonté suppose que quelqu'un ait la détermination réelle de le réaliser. Ce quelqu'un est pour Say assez rare et c'est sur lui que tout repose ; c'est l'entrepreneur que la littérature économique contemporaine qualifie désormais systématiquement de schumpétérien. Cet entrepreneur, il faut le susciter et c'est là le rôle de l'enseignement.

Il crée donc, en 1817, une école qui aura vocation à former les futurs chefs d'entreprise, l'École spéciale de commerce. Cette école, devenue aujourd'hui l'École supérieure de commerce de Paris (E.S.C.P. Europe), est le premier lieu où est dispensé un enseignement structuré de l'économie pour des étudiants. Say veut qu'y soient enseignés aux jeunes les idées et les principes qu'il a déjà eu l'occasion d'enseigner aux adultes dans des rencontres informelles qui sont alors connues à Paris sous le nom de rencontres de l'Athénée. D'abord plus ou moins affiché, l'enseignement de l'économie politique devient effectif en 1825. Adolphe Blanqui, complice et ami de Say, est celui qui l'assure à l'E.S.C.P. Frère du célèbre révolutionnaire, fils d'un sous-préfet de Napoléon, il partage les idées politiques et économiques de Say. Il s'associe à Say dans une autre entreprise d'enseignement : le cours du Conservatoire national des arts et métiers. Pour éviter la censure, la chaire créée en 1820 est intitulée « législation industrielle », puis « législation et économie industrielle ».

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Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « ÉCONOMIE (Définition et nature) - Enseignement de l'économie  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-definition-et-nature-enseignement-de-l-economie/