FOLKLORIQUE HONGROISE ÉCOLE

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En 1889, au moment de la fondation de la Société hongroise d'ethnologie (Magyar Néprajzi Társaság), qui commence en 1890 la publication de la revue Ethnographia, l'école folklorique hongroise est installée à Budapest. L'importance et la richesse du folklore hongrois en ethnologie avaient déjà été soulignées par le linguiste Miklós Révai dès 1782, dans un article du Courrier hongrois (Magyar Hirmondó), qui faisait le lien entre poésie populaire, linguistique et histoire de la littérature nationale. De nombreuses études suivirent cet appel : inspirées par l'idée d'un langage poétique universel — ce que manifestent les travaux d'Arnold Ipolyi, Mythologie hongroise (Magyar Mythologia, 1851), et de János Erdélyi, Contes et légendes (Népdalok és mondák, 1846-1848) —, elles ont un caractère fortement nationaliste, comme en témoigne la querelle avec l'école roumaine de folklore (I. Grozescu), querelle qui s'est développée au sujet de poèmes recueillis par le Hongrois János Kriza dans la région du Szeklerland (Transylvanie) et publiés en 1863 sous le titre Roses sauvages (Vadrósák).

Cette première époque coïncide avec l'apparition du cylindre phonographique, qui est utilisé pour la première fois en Hongrie par Béla Vikár (1850-1945) et qui facilitera grandement les recherches (article de Antal Hermann dans le premier volume d'Ethnographia en 1890). À cette époque, deux ordres de préoccupations se font jour : parallèlement aux recherches ethnologiques finlandaises, l'école hongroise insiste sur l'importance de l'arrière-plan géographique et historique de la poésie folklorique étudiée. C'est ce que fait en particulier Béla Vikár, dont les travaux couvrent pratiquement tous les groupes ethniques hongrois. Par ailleurs, pour permettre une utilisation scientifique du matériel recueilli, on cherche à reconstituer le stock folklorique total possédé par un groupe ethnique déterminé. C'est ce que fait Lajos Kalmany (1852-1919) pour le peuple de Szeged (Contes de Szeged, Szeged népe, 1881-1882) en écoutant tous les paysans et tous les gardiens d'oies. Pál Hunfalvy, premier président de la Société hongroise d'ethnologie, et surtout Lajos Katona (1862-1910) approfondissent ces problèmes théoriques et méthodologiques. L'objectif qu'ils se donnent serait l'établissement d'un catalogue typologique général du folklore hongrois. Sur le plan méthodologique, il faut souligner l'importance des travaux de Béla Bartók et de Zoltán Kodály. Plus encore que les contes, le folklore musical était auparavant recueilli de manière anarchique. Les enregistrements qui ne mentionnent ni la date, ni le lieu de la prise, ni surtout ses circonstances sont d'une utilisation difficile et perdent une grande partie de leur valeur scientifique. Profitant des perfectionnements des méthodes d'enregistrement et parallèlement à un énorme travail de collecte — Z. Kodály, Recueil de Mátynsföld, 1905 ; B. Bartók et Z. Kodály, Anthologie de la musique folklorique hongroise (A Magyar Népzene Tára, 1937) ; —, Bartók et Kodály mènent à bien un travail de formation méthodologique de chercheurs sur le terrain (B. Bartók, Pourquoi et comment recueillir la musique folklorique, Miért és hogyan gyüjtsünk népzenét, 1931). Concrètement, Bartók demande aux chercheurs de réaliser des « prises » d'interprétations multiples du même air ou du même musicien, dans des contextes sociaux différents. Il présente ainsi la musique dans son contexte et attire l'attention de l'école hongroise sur le caractère essentiellement évolutif du folklore.

Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

Photographie : Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

Le compositeur hongrois Béla Bartók (1881-1945) au piano, accompagné du violoniste hongrois Joseph Szigeti (1892-1973) et du clarinettiste américain Benny Goodman (1909-1986) lors d'une session d'enregistrement de Contrasts à New-York en 1940. 

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Zoltán Kodály

Photographie : Zoltán Kodály

Le compositeur hongrois Zoltán Kodály (1882-1967) en 1960. 

Crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

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En réaction contre cette idée évolutionniste du folklore, et sous l'influence de la psychanalyse autrichienne, le folkloriste et historien Karoly Marot met l'accent sur l'importance de la relation immédiate du conteur et de son public. Il interprète ainsi d'une manière psychanalytique le contenu du conte en soulignant l'importance de certains thèmes (La Magie, A Mágia, 1936), et rejette la différenciation entre poésie folklorique et poésie littéraire (Qu'est-ce que la poésie folklorique, Mi a népköltészet, 1947). Dans cette même ligne, il faut situer les travaux de Géza Roheim (Contribution à l'étude des croyances populaires hongroises, Adalékok a magyar néphithez, 1913 ; Le Grand-Duc Khazar et la légende des anciens Hongrois, A Kazar negyfejedelem és a tarulmonda, 1918) et de János Honti.

La fin de la Seconde Guerre mondiale marque un tournant important de l'école folklorique hongroise. L'influence de l'école folklorique soviétique (Nikiforov, Sokolov) se fait sentir, et une critique des thèmes très nationalistes de l'étude folklorique de l'entre-deux-guerres est menée à bien. Sous l'influence de Malinowski et des sociologues français, Gyula Ortutay, nouveau chef de file de l'école folklorique hongroise, recherche les lois fonctionnelles qui déterminent l'évolution des contes dans la communauté villageoise (Les Contes de Mihály Fedics, Fedics Mihály mései, 1940). Avec Linda Dégh, il reprend la publication d'une série d'études folkloriques en six volumes (1940). Les folkloristes entreprennent aussi le classement et le dépouillement du matériel déjà recueilli : collections de Bartók et de Kodály, manuscrits sténographiques de Béla Vikár. Des études historiques plus approfondies peuvent ainsi être publiées (I. Katona et L. Dégh, Histoire du folklore, Magyar Kubikosdalok, 1953). L'Institut d'ethnographie est réorganisé au sein de l'université de Budapest, des congrès se tiennent, les recherches se diversifient : recherches sur le folklore « industriel » au sein de la classe ouvrière hongroise, début des études monographiques de longue durée, comme les expéditions menées par Linda Dégh dans le village de Kakasd pendant une période de treize ans.

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Béla Bartók, Benny Goodman, Jospeh Szigeti

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François VIEILLESCAZES, « FOLKLORIQUE HONGROISE ÉCOLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-folklorique-hongroise/