DÉFICIENCES MENTALES

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Typologie des déficiences mentales

Les différentes formes cliniques de la déficience mentale – appelée encore arriération mentale, déficience intellectuelle, débilité mentale, et plus anciennement encore idiotie ou imbécillité – ont été peu à peu précisées depuis le début du xixe siècle.

Diagnostic

Le diagnostic de déficience mentale se fonde sur trois critères cliniques essentiels : le retard du développement de l'expression par le langage ou ses précurseurs ; les retards d'apprentissages tonico-moteurs et intellectuels ; enfin les retards d'autonomisation. À ces critères cliniques s'ajoute un critère scolaire : il existe un retard scolaire qui augmente avec l'âge.

Très schématiquement, chez le bébé, le développement sensori-moteur est retardé dans tous ses aspects, et généralement facile à mettre en évidence grâce aux échelles de développement. L'activité motrice, les interactions avec les personnes et les objets sont peu nombreuses, la curiosité semble absente. À l'âge où les enfants parlent, l'enfant déficient mental ne parle pas encore ou parle mal. Il est maladroit, et il acquiert laborieusement les apprentissages banals habituels. Plus tard, il nécessite une surveillance constante car son jugement est précaire, il prend des initiatives fâcheuses et se met souvent en danger. Sa socialisation est médiocre, comme sa compréhension des situations collectives. À l'âge de la scolarisation, celle-ci est gênée par le retard de langage parlé, les difficultés d'acquisition du langage écrit, la médiocrité de la mémoire et de la compréhension. La scolarité elle-même se fait avec un retard de plusieurs années dans l'acquisition des connaissances.

L'examen clinique peut être complété par un examen psychologique spécialisé, avec passation d'épreuves psychométriques (tests de Wechsler, tests de Kaufman), d'épreuves piagétiennes explorant la pensée, et de tests projectifs explorant la personnalité. Il faut souligner que le quotient intellectuel (Q.I.) peut varier d'un examen à l'autre. Sa valeur prédictive est d'autant plus faible que l'enfant est plus jeune. L'examen psychologique doit être pratiqué par des praticiens bien formés, expérimentés, et ne saurait être remplacé par le remplissage de questionnaires fermés.

Tests d'aptitude

Photographie : Tests d'aptitude

Les tests ont pour objet d'évaluer les éventuelles insuffisances intellectuelles. Ici, la petite fille doit placer les différentes formes d'un puzzle dans un minimum de temps ; le psychologue observe la précision des gestes de l'enfant, son orientation dans l'espace et sa vivacité. 

Crédits : Hulton Getty

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Formes cliniques

Suivant la gravité, on distingue différents types de déficiences mentales.

Les arriérations mentales profondes frappent des enfants sans langage, s'exprimant par des grognements ou des cris, capables d'acquérir des apprentissages élémentaires pour s'alimenter, s'habiller, mais impossibles à scolariser. Le Q.I. correspondant à cette catégorie est inférieur à 30. Ces enfants relèvent d'institutions spécialisées.

Dans les cas d’arriérations mentales moyennes, les enfants apprennent à parler avec retard, leur langage demeure rudimentaire, ils n'acquièrent pas le langage écrit. Ils sont capables d'apprentissages sensori-moteurs et sociaux de base. Mais leur pensée demeure intuitive et concrète. Leur Q.I. se trouve entre 30 et 50. Leur scolarisation relève d'enseignants spécialisés, leur insertion professionnelle est fort problématique.

Les débilités mentales légères touchent les enfants qui apprennent à parler avec retard, maîtrisent mal le langage écrit, le calcul, l'espace et le temps. Leur pensée ne dépasse pas le niveau de la logique concrète. Leur Q.I. se situe entre 50 et 70. Ils peuvent suivre les programmes d'enseignement normal, mais avec lenteur, de telle façon qu'ils ont cumulé à l'âge de 15 ans trois à quatre années de retard. Ils sont capables d'apprentissages professionnels simples, et peuvent par là connaître une insertion sociale, avec épisodiquement l'aide de travailleurs sociaux. Assez souvent, ils présentent des bouffées délirantes, durant quelques jours, sans conséquences particulières, mais qui peuvent se répéter.

La catégorie des sujets à intelligence de niveau limite a été retirée des classifications des maladies mentales. On y classait essentiellement deux types d'enfants : ceux qui avaient des capacités intellectuelles et d'apprentissage médiocres, entraînant de faibles résultats scolaires, mais qui pouvaient avoir une bonne insertion professionnelle dans des professions manuelles ; ceux qui souffraient de troubles mentaux méconnus ou négligés, entraînant secondairement des désordres de l'intelligence. Leur Q.I. se situe entre 70 et 80.

Étiologie

Dans de nombreux cas, on ignore l'étiologie des déficiences mentales. Schématiquement, les causes organiques connues peuvent être classées en cinq groupes.

Les causes héréditaires, dont la plus fréquente est le syndrome de l'X fragile, qui touche les deux sexes mais est plus sévère chez le garçon (5 p. 100 des retards mentaux masculins, avec une incidence de 1 p. 4 000 naissances de garçons et 1 p. 7 000 naissances de filles. Il associe un retard mental (Q.I. de 40-60), des troubles du comportement et des anomalies physiques.

Les causes liées à des maladies génétiques non héréditaires, dont la plus connue est la trisomie 21, mais il en existe bien d'autres.

Les causes anténatales sont liées à des infections virales comme la rougeole, la rubéole pendant la grossesse, ou à un grave alcoolisme maternel.

Les causes périnatales sont provoquées par des traumatismes obstétricaux, anoxies, hémorragies cérébrales, etc.

On peut citer encore d'autres causes organiques telles que les déficits thyroïdiens ou enzymatiques (cas de l'idiotie phényl-pyruvique, normalement dépistée à la naissance). Il existe aussi des causes métaboliques ou toxiques, intervenant après la naissance, tels le kwashiorkor (dénutrition avec carence grave en protéines), le saturnisme, par absorption de peintures au plomb.

Enfin, certains déficits intellectuels sont liés à des maladies sans lésions organiques, dont les plus fréquentes sont les épilepsies plus ou moins précoces, les dysharmonies évolutives, les psychoses et les autismes infantiles.

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Écrit par :

  • : docteur en médecine, docteur ès lettres et ès sciences humaines, professeur émérite de psychopathologie

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Pour citer l’article

Bernard GIBELLO, « DÉFICIENCES MENTALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/deficiences-mentales/