ALCOOLISME FŒTAL

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Depuis 2007, toutes les bouteilles d'alcool en France comportent un pictogramme pour mettre en garde les femmes enceintes sur les risques de la consommation d'alcool pour le fœtus. Bien qu'à peine visible, ce dessin a constitué une petite révolution dans notre pays viticole, en symbolisant le message que toute consommation d'alcool peut être dangereuse pendant la grossesse. Repoussée pendant plusieurs années, cette mesure, imposée par l'arrêté ministériel du 2 octobre 2006, a été adoptée après la plainte pour défaut d'information déposée contre l'État par une petite association de Roubaix (Esper, pour Écoute, Santé, Parents, Enfants, Respect), représentant quatre femmes qui avaient donné naissance à des enfants atteints d'un syndrome d'alcoolisation fœtale.

Chaque année, on estime qu'entre sept cents et trois mille enfants naissent en France atteints de ce syndrome, qui associe une petite taille, des traits physiques caractéristiques touchant en particulier la face, parfois des malformations, notamment cardiaques, et un retard mental. Cette fourchette très large souligne à quel point les conséquences fœtales de l'alcool restent méconnues et mal diagnostiquées, même dans leurs expressions les plus spectaculaires. La consommation d'alcool au cours de la grossesse serait la première cause de retard mental acquis de l'enfant. Les formes moins sévères du syndrome d'alcoolisation fœtale toucheraient jusqu'à 1 nouveau-né sur 200. Les risques de malformation sont présents au premier trimestre de la grossesse, quand les organes sont en formation. Mais les effets de l'alcool sur la croissance et le développement du cerveau se poursuivent tout au long de la grossesse et même après l'accouchement, en cas d'allaitement maternel.

Le syndrome d'alcoolisation fœtale est lié à des consommations importantes d'alcool, évaluées à plus de six verres par jour. Cependant pour une même consommation, les effets sont très variables d'une femme à une autre, soulignant l'importance des facteurs de vulnérabilité individuelle, et les prises ponctuelles massives d'alcool apparaissent particulièrement dangereuses.

Dernièrement, des travaux ont mis l'accent sur les effets tardifs de l'alcool, y compris pour des expositions bien inférieures à celles entraînant un syndrome d'alcoolisation fœtale, ce qui justifie l'inquiétude des autorités sanitaires. Des consommations occasionnelles de l'ordre de trois ou quatre verres semblent associées à un risque accru de troubles du comportement et de difficultés d'apprentissage lorsque l'enfant grandit, même lorsque aucun signe n'est visible à la naissance. Hyperactivité, impulsivité, difficultés de concentration, troubles moteurs, retard scolaire seraient ainsi plus fréquents chez les enfants exposés in utero. Mais le lien avec l'alcool est rarement identifié avec certitude, de sorte qu'il est difficile d'évaluer la fréquence de ces troubles.

La consommation d'un ou deux verres de vin, qui serait jugée raisonnable en dehors de la grossesse, peut-elle réellement avoir des conséquences pour le fœtus ? Les études cliniques sont contradictoires, et il est probable qu'elles n'apporteront jamais de réponses claires étant donné la multitude de facteurs qui influencent le développement cérébral de l'enfant. Cependant, on sait que l'alcool bu par la mère traverse le placenta et passe dans le sang du fœtus, où il se retrouve en concentration identique à celle présente dans le sang maternel. Ce fait ne peut qu'alerter sur les effets d'une consommation même minime à un moment où les connexions entre les neurones s'établissent. Les expériences menées chez l'animal renforcent les arguments en faveur d'une abstinence totale, en montrant que l'équivalent d'un verre par jour entraîne des difficultés d'apprentissage, et qu'une prise ponctuelle suffit à provoquer la destruction de neurones. La loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique recommande la mise en place de campagnes pour inciter les femmes enceintes à ne pas boire, et l'Institut national d'éducation pour la santé a repris le message « zéro alcool pendant la grossesse ». Aussi justifié soit ce slogan, la promotion de l'abstinence doit, toutefois, rester prudente, pour ne pas faire naître de craintes excessives chez les femmes qui auraient consommé des quantités modérées d'alcool. S'il est impossible d'affirmer qu'il existe un seuil en deçà duquel l'alcool serait sans danger pour le fœtus, il n'existe pas non plus d'éléments très clairs sur les conséquences d [...]

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Chantal GUÉNIOT, « ALCOOLISME FŒTAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alcoolisme-foetal/