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QUATRE ARTICLES DÉCLARATION DES (1682)

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« Déclaration du clergé de France sur la puissance ecclésiastique », texte latin en un préambule et quatre articles (d'où son nom) ; elle fut votée le 19 mars 1682 par une assemblée générale extraordinaire du clergé de France, convoquée par Louis XIV, alors en conflit avec la papauté sur l'étendue de l'autorité royale en matière ecclésiastique : le roi, déterminé par Colbert, voulait à cette occasion « renouveler la doctrine de France sur l'usage de la puissance des papes » et croyait habile d'y arriver « par l'autorité des évêques mêmes, assemblés entre eux ». Ainsi serait couronnée la politique royale : « Humilier Rome et s'affermir contre elle » (Bossuet). L'assemblée générale du clergé, composée de deux évêques et de deux prêtres par province ecclésiastique, n'était pas un concile : elle voulait satisfaire le roi sans s'aliéner le pape ; d'où une présentation modeste, humble même. L'assemblée se défend d'innover ; au contraire, elle veut réagir contre les novateurs, confirmer avec solennité les anciennes traditions de l'Église gallicane. La première d'entre elles, la plus vague, était l'attachement aux canons des premiers siècles de l'Église et à la législation religieuse française émanée à la fois des évêques et du roi : cela sous-entendait le rôle privilégié et essentiel du roi, « fils aîné de l'Église » et protecteur de la foi ; mais le sujet était trop brûlant et l'assemblée ne précisa rien. Au contraire, elle claironna trois affirmations doctrinales, classiques en France :

Aucune autorité ecclésiastique (pape, évêque, concile) n'a de pouvoir direct ou indirect sur le temporel, ne peut déposer un prince, délier ses sujets de la soumission qu'ils lui doivent. C'est l'ancienne doctrine de la monarchie française : le roi de France ne tient son royaume que de Dieu, n'a pas de supérieur au temporel. Ce n'était pas l'opinion des théologiens romains du xviie siècle.

Le concile œcuménique est supérieur au pape selon l'enseignement du concile de Constance dans ses quatrième et cinquième sessions, que le Saint-Siège a ratifiées : vieille position française soutenue depuis le xve siècle et le grand schisme d'Occident auquel ce concile avait mis fin.

Le pape n'est infaillible sur une question de foi que si sa décision est approuvée par les évêques, juges de la foi au même titre que lui.

La papauté n'avait jamais accepté ces principes gallicans : elle condamna la déclaration que Louis XIV fit enregistrer comme loi de l'État et qu'il imposa dans l'enseignement ecclésiastique. D'où un long conflit avec Rome. Innocent XI refusa l'investiture canonique aux évêques nommés par le roi. Louis XIV céda : la Déclaration perdit sa force obligatoire, devint une simple opinion ; Bossuet la défendit tout en l'abandonnant : « Abeat quo libuerit » (« Qu'elle s'en aille où elle voudra »). Mais les Quatre Articles sont restés le symbole du gallicanisme : Napoléon Ier essaya de les imposer à la nouvelle Église de France, et l'ultramontanisme du xixe siècle s'acharna contre eux : la définition de l'infaillibilité pontificale proclamée en 1870 est le contre-pied littéral de la déclaration de 1682.

— Olivier COLLOMB

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Olivier COLLOMB. QUATRE ARTICLES DÉCLARATION DES (1682) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

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