CRISES ÉCONOMIQUES (1980-2012)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Depuis ses origines, l'histoire du capitalisme est ponctuée par des crises financières : envolée puis effondrement du cours des bulbes de tulipes en Hollande, en 1634-1637 ; en 1720, crises sur les cours des titres de la Compagnie des Indes en France, et de la South Sea Company en Angleterre. Le xixe siècle a connu de graves crises liées aux investissements dans les chemins de fer. Quant aux quatorze crises boursières qui ont marqué les États-Unis au xxe siècle (neuf en France), certaines d'entre elles ont laissé des traces profondes dans les mémoires : le krach d'octobre 1929 qui a vu le Dow Jones perdre 23 p. 100 en deux jours ; celui d'octobre 1987 où l'indice a perdu 22,6 p. 100 en une journée ; et enfin, celui qui fut provoqué par l'éclatement de la « bulle Internet » en 2000 (en France, baisse de 52,3 p. 100 de l'indice SBF 250 en deux ans), et qui toucha les grandes entreprises de télécommunications et des nouvelles technologies de l'information.

Mais la particularité des trois décennies 1980-2012, qui correspondent à l'avènement de la mondialisation contemporaine, est d'avoir été marquées par une accélération des crises financières et par leur généralisation à la plupart des régions de la planète. Ainsi, pas moins de dix crises ont secoué l'économie mondiale depuis le début des années 1980 (tableau). Ces crises financières ont frappé alternativement les États-Unis, l'Europe et le Japon, les pays les plus avancés de la Triade (nom donné aux trois régions les plus avancées du globe : Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon), mais également les pays en développement, et plus particulièrement les pays dits émergents, nouvellement ouverts à la finance internationale.

Crises financières et économiques (1980-2012)

Tableau : Crises financières et économiques (1980-2012)

Multiplication des crises à l’ère de la mondialisation financière. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

À l'origine des crises : un petit nombre de mécanismes

Les crises financières récentes ont pris des formes variées : crises boursières, crises immobilières, crises bancaires, crises de change, crises des dettes souveraines. L'analyse économique a cependant permis de montrer que, au-delà de leur diversité, ces crises ont obéi à un petit nombre de mécanismes fondamentaux.

Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Photographie : Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Au milieu des années 1980, confronté à un important déficit fiscal, le gouvernement péruvien décide la nationalisation du système bancaire, ce qui renforce son isolement face aux marchés financiers internationaux. Les taux d'inflation deviennent astronomiques (1 772 p. 100 en 1988 ; 7 649... 

Crédits : Greg Smith/ Corbis/ Getty Images

Afficher

Tout d'abord, les crises financières contemporaines ont une cause commune :la mise en œuvre des politiques néolibérales depuis les années 1970. L'existence d'une relation directe entre les politiques de libéralisation financière et l'accélération des crises est reconnue par la plupart des économistes. Ainsi, Graciela Kaminsky et Carmen Reinhart, deux économistes du F.M.I., ont montré dans un article de 1999 que la plupart des crises bancaires des pays dits « émergents » ont été précédées par des politiques de libéralisation financière. Joseph Stiglitz, ancien vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, a montré dans La Grande Désillusion (2002) que les politiques de libéralisation radicale imposées par le F.M.I. sont une des grandes causes des crises financières des pays asiatiques et de Russie en 1997-1998.

Les politiques de libéralisation financière se caractérisent par quatre dispositions principales :

– libéralisation des opérations bancaires (par exemple, fin du contrôle du crédit) ;

– ouverture du marché boursier (liberté totale donnée aux investisseurs étrangers) ;

– ouverture du compte de capital (absence de contrôle des mouvements de capitaux avec l'étranger) ;

– libéralisation du marché des changes (absence de contrôle des achats et des ventes des devises étrangères).

Plusieurs mécanismes sont à l'origine de ces effets déstabilisants de la finance libéralisée. En premier lieu, les politiques de libéralisation autorisent les prises de risque excessives des acteurs bancaires et financiers, qui ont tendance à prendre d'autant plus de risques que la conjoncture est bonne. À l'inverse, lorsque les perspectives sont défavorables, on constate chez eux une forte aversion au risque, en particulier pour les banques, qui parfois rationnent le crédit. Ainsi, les acteurs financiers, par leurs comportements procycliques, par leur tendance à amplifier les cycles économiques, exercent un effet déstabilisateur.

Un second mécanisme a joué un rôle central dans les crises récentes : la libéralisation des opérations bancaires entraîne une facilité accrue d'accès au crédit, ce qui stimule le financement des opérations spéculatives sur les marchés (financiers, immobiliers...), et favorise la contagion d'un marché à l'a [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Crises financières et économiques (1980-2012)

Crises financières et économiques (1980-2012)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980
Crédits : Greg Smith/ Corbis/ Getty Images

photographie

Crise économique en Argentine en 2001

Crise économique en Argentine en 2001
Crédits : Paulo Fridman/ Corbis/ Getty Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'économie à l'université de Paris-XIII-Villetaneuse

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Dominique PLIHON, « CRISES ÉCONOMIQUES (1980-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/crises-economiques-1980-2012/