CORPORATIONS

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L'âge d'or des corporations (XVe-XVIe s.)

Les crises du xive siècle : émeutes urbaines, crise de main-d'œuvre consécutive à la Grande Peste, semblèrent d'abord favoriser une démocratisation des corporations (entrée des petits métiers dans les conseils urbains, accès de valets à la maîtrise décimée). En Allemagne par exemple, les corps de métiers forcent l'entrée des conseils municipaux à Mayence en 1332, à Spire en 1330 et 1349, à Strasbourg en 1331 et 1349, à Magdebourg en 1330, à Constance en 1342 et 1370, à Cologne en 1371 et 1396. Dans les villes de la Hanse, et notamment à Lübeck, il y a, entre 1408 et 1416, domination des corps de métiers. En réalité, les maîtres des corporations qui se taillèrent une place à côté du patriciat étaient des marchands, non des artisans, et ce fut toujours une couche dominante restreinte de la bourgeoisie qui s'imposa dans les villes et les conseils municipaux. En Angleterre, en France, en Italie, où le pouvoir royal ou princier s'appesantit sur les corporations, la domination des maîtres s'en trouva renforcée. L'échec d'Étienne Marcel en 1358, ceux des maillotins en 1382, des Cabochiens en 1413 à Paris, des Ciompi à Florence en 1382, et la même année des tisserands gantois à Roosebeck, sont des défaites d'artisans et soulignent la faillite de la démocratisation corporative et urbaine.

Les corporations se ferment et se figent. À Bruxelles, dans les métiers du métal, maîtres et compagnons, qui au xiiie siècle étaient très proches les uns des autres dans la lutte commune contre le patriciat, sont séparés aux xive et xve siècles par un clivage de plus en plus profond. Un nombre restreint de maîtres (29) réussissent à sortir ou à se mettre en marge du monde corporatif en monopolisant le marché bruxellois, en se glissant dans la gilde supérieure des drapiers, et certains d'entre eux accèdent même, grâce à la faveur de la cour ducale, aux lignages. Un peu partout, la pratique de plus en plus fréquente du chef-d'œuvre contribue à interdire aux compagnons l'accès à la maîtrise. En 1560, les états généraux d'Orléans réclament l'obligation du chef-d'œuvre pour tous les maîtres.

Il y a des soubresauts : révolte des compagnons d'une série de villes allemandes en 1512-1513 (Cologne, Ulm, Spire, etc.), « abus, conspirations et monopoles » et grèves en France (grèves des imprimeurs à Lyon et Paris de 1539 à 1542, troubles sociaux à Paris entre 1560 et 1570, mesures contre les compagnons à Dijon en 1528, 1552, 1560, 1578, 1581, etc.), révolte des gens de métier gantois en 1540 matée par Charles Quint...

Mais, dans l'ensemble, le xvie et le début du xviie siècle marquent l'âge d'or des corporations. Elles se multiplient et retrouvent dans le cadre national monarchique, ou « républicain » comme aux Provinces-Unies, une importance que le déclin politique des villes semblait leur enlever. En Angleterre en 1547, Édouard VI exempte les corporations des expropriations prononcées au nom de la Réforme. En France, Henri III en 1581 et Henri IV en 1597 réorganisent et étendent le système.

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Pour citer l’article

Jacques LE GOFF, « CORPORATIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/corporations/