MARCEL ÉTIENNE (1316 env.-1358)

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Étienne Marcel appartient à l'une des plus grandes familles de la bourgeoisie parisienne de la première moitié du xive siècle, période au cours de laquelle cette bourgeoisie fait fortune rapidement et acquiert des offices royaux. Ainsi, le grand-père d'Étienne, Pierre Marcel, s'enrichit en fournissant la cour du roi de Naples et celle du comte d'Artois. Parmi ses ancêtres maternels, Étienne compte un prévôt de Paris. Néanmoins, son père, Simon, cadet de la famille, reste un peu en marge de cette réussite. Lorsqu'il apparaît pour la première fois en 1336, Étienne Marcel, fournisseur de la cour de Philippe VI, semble, à côté de ses oncles et cousins devenus d'habiles hommes d'affaires, un marchand drapier besogneux. Pour leur ressembler, une seule solution : le mariage. Il épouse d'abord, à une date inconnue, Jeanne de Dammartin, fille d'un échevin parisien. Elle apporte 852 livres de dot, mais meurt en 1344. Par son second mariage (1345 ?), avec Marguerite Des Essarts, Étienne choisit d'entrer dans le monde de la richesse — la dot est de 3 000 écus d'or — et de la très haute bourgeoisie d'affaires, qui confond souvent ses intérêts avec ceux de l'État. Le père de Marguerite, Pierre, venu de Rouen à Paris sous Philippe le Bel, anobli dès 1320, est à la fois un audacieux brasseur d'affaires, le maître des comptes et le banquier du roi. Ce mariage offre sans doute à Étienne Marcel la tentation de mener une carrière comparable, tentation vite réprimée par une convergence de faits et d'influences. Une affaire d'héritage le détache d'abord de ce milieu. Pierre Des Essarts, déchu après Crécy (1346), doit une lourde amende. À sa mort (1349), Étienne refuse l'héritage de crainte d'être obligé de payer celle-ci. Au contraire, ses beaux-frères, le chanoine Jean Des Essarts et Robert de Lorris, acceptent, en jouant la carte de la réhabilitation, et avec le nouveau roi Jean II, ils gagnent. Étienne Marcel est ulcéré, mais il a désormais les mains libres pour critiquer les abus de la grande bourgeoisie. Comme, à partir de 1353, il est, avec d'autres Parisiens, privé de la clientèle de la cour du roi au profit de marchands étrangers, il prend aussi ses distances vis-à-vis de la royauté. Enfin, il est probable que, dans les confréries auxquelles il appartient, on formule des critiques. La bourgeoisie qui, dans la première moitié du xive siècle a laissé la noblesse et le clergé mener la vague réformatrice, participe désormais au courant démocratique. L'exemple flamand, bien connu d'Étienne Marcel par les nécessités de son métier, a peut-être joué un rôle dans cette prise de conscience. En tout cas, c'est dans ces conditions politiques nouvelles qu'Étienne Marcel devient prévôt des marchands, magistrature suprême de la bourgeoisie parisienne. Dès mars 1355, la réunion des états pour consentir au souverain une aide financière lui permet de s'exprimer. Aux côtés de la noblesse et du clergé, il réclame le renvoi des concussionnaires revenus au pouvoir. Le discrédit porte sur les conseillers, non sur le roi, et on ne peut pas douter de la fidélité d'Étienne Marcel à la dynastie, même si après la bataille de Poitiers, en septembre 1356, ses sympathies vont à Charles le Mauvais aux dépens du dauphin, le futur Charles V. Peu à peu, aux côtés de l'ambitieux évêque de Laon, Robert le Coq, Étienne Marcel fait figure de meneur. Meneur des villes aux assemblées qui se succèdent et par la correspondance qu'il échange dans le royaume. Meneur de foule aussi, quand, à la tête de la bourgeoisie et des gens de métier descendus dans la rue, il oblige le dauphin à céder (janv. 1357). Cet acte révolutionnaire en fait-il le dictateur qu'on a parfois décrit ? En fait, un même idéal réformateur anime alors la bourgeoisie, la noblesse et le clergé. L'ordonnance de réformes du 3 mars 1357 en témoigne. L'habileté du dauphin consiste justement à saper cette unité. Étienne Marcel, réduit au cours de l'année 1358 à faire cavalier seul, sort de la légalité. Dans une capitale surchauffée par la menace des routiers, les joutes oratoires entretiennent l'excitation. Coiffé du chaperon bleu et rouge, le peuple suit le parti du prévôt. L'assassinat des maréchaux de Champagne et de Normandie, le 22 février 1358, par les gens de métier en armes, est l'épisode décisif. Le dauphin, qu'Étienne Marcel a sauvé de justesse en le coiffant de son propre chaperon, quitte Paris où désormais le peuple fait la loi. Les réformateurs abandonnent alors Étienne Marcel et la révolution parisienne pour rejoindre Charles, devenu régent du royaume. Ils y retrouvent les anciens conseillers de Jean II, Des Essarts et Lorris. Les excès de la jacquerie, auxquels pourtant les Parisiens n'ont pas dû être mêlés (300 hommes d'armes seulement sont envoyés pour soutenir les jacques), contribuent à cette défection. Le régent passe désormais pour être celui qui mènera à bien les réformes entreprises en 1355-1357. Enfin, lorsque, en juillet 1358, les armées du dauphin, faute de finances, quittent les abords de Paris qu'elles menaçaient d'affamer, Étienne Marcel devient inutile aux yeux de la bourgeoisie parisienne qui prend peur devant l'engrenage de la violence. « Mieux valoit a occire que estre occis » (Chroniques, J. Froissart). La crainte d'un pacte entre le prévôt, Charles le Mauvais, et les Anglais sert de prétexte. Le 31 juillet 1358, Jean Maillart, de la famille Des Essarts, tue Étienne Marcel ainsi que deux de ses compagnons, Giffart et Simon le Paonnier. La foule dénude les corps. Est-ce complot ou exaspération collective ? Étienne Marcel a sans doute payé de sa vie sa trahison à l'égard de la haute bourgeoisie. Était-il devenu pour autant le champion de la démocratie ? Son échec est plutôt le fait de son ambiguïté.

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Claude GAUVARD, « MARCEL ÉTIENNE (1316 env.-1358) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/etienne-marcel/