CONFORMISME (psychologie)

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Le conformisme désigne le processus d'influence sociale par lequel une personne est amenée à aligner ses propres perceptions, croyances ou conduites sur celles d'un ensemble d'autres personnes. Commander la même boisson que ses amis lors d'une sortie, adopter les codes vestimentaires en usage dans son entourage professionnel, ou encore adhérer aux préjugés en vigueur dans son nouveau club sportif à propos des membres d'un club concurrent constituent des manifestations ordinaires de cette forme d'influence. Elle est un facteur puissant de cohésion groupale et le vecteur privilégié de la reproduction des usages sociaux.

Les motivations à se conformer

La tendance à imiter autrui a d'abord été mise sur le compte d'une suggestibilité propre à certains humains voire d'un instinct fondamental partagé par tous. Toutefois, les psychologues sociaux ont très tôt abandonné l'idée d'un individu soumis passivement à l'influence de ses congénères au profit de la conception d'un individu actif développant sa vision du monde tout en intégrant le contexte social particulier du moment.

Ainsi, dans une situation nouvelle ou complexe, une personne doutant du bien-fondé de ses opinions ou comportements peut choisir de considérer les autres comme une source pertinente de connaissances et être alors tentée de se conformer, par exemple, au point de vue du plus grand nombre. S'en remettre à la majorité offre l'avantage d'une stratégie simple permettant d'affronter une situation de forte incertitude avec une plus grande confiance.

Mais l'adoption du point de vue dominant peut également répondre à une stratégie de strict ajustement social. En effet, si le non-conformisme est parfois célébré, s'écarter des normes ambiantes expose aux interrogations et aux moqueries, voire au rejet et à la marginalisation. Ainsi, le psychologue Solomon Asch a montré que les sujets d'une expérience préféraient suivre publiquement une réponse erronée mais unanime de leurs partenaires plutôt que risquer une éventuelle désapprobation sociale. Plus généralement, les manifestations d'adhésion d'une personne aux vues collectives et aux normes de comportement propres à un groupe s'avèrent une condition essentielle de son acceptation puis de son maintien au sein de ce groupe. Qu'elle soit directe ou plus subtile, la pression au conformisme exercée sur chacun des membres est néanmoins permanente.

Trois degrés de conformité

La crainte du rejet et la volonté de complaire à d'autres personnes occupant une position dominante, du fait de leur nombre ou de leur statut social, tendent le plus souvent à favoriser une simple conformité de façade. Celle-ci se caractérise par une franche dissociation entre les convictions intimes que l'individu conserve intactes et son attitude publiquement affichée. Une telle conformité disparaît d'ailleurs dans les situations où l'anonymat est garanti.

Le conformisme peut toutefois parfaitement affecter la sphère privée et coïncider ainsi avec son expression publique. C'est le cas lorsqu'une personne calque ses manières sur celles d'autres individus qu'elle juge particulièrement attrayants : par exemple, porter la tenue sportive de son équipe favorite, adopter la coiffure de ses grands frères, ou se rallier à l'idéologie d'un groupuscule dont on admire les actions. Ce conformisme repose sur une volonté d'identification à des personnes auxquelles on accorde beaucoup d'intérêt. Plus sincère, il demeure néanmoins précaire dès lors que cet intérêt se trouve remis en cause.

Enfin, l'influence s'exerce pleinement quand les gens composant l'entourage social d'une personne lui apparaissent comme des sources légitimes de connaissances, de valeurs et de normes comportementales. Aussi longtemps que ces sources sont jugées crédibles, famille, école, collègues ou médias contribuent à façonner les manières d'être et de penser de tout individu singulier. L'intériorisation des connaissances, des valeurs et des normes ainsi inculquées conduit alors à un état de conformité beaucoup plus stable et durable.

Une emprise variable

Deux facteurs principaux sont susceptibles de moduler la tendance à l'alignement conformiste. Tout d'abord, la sensibilité à la pression majoritaire diffère grandement selon les personnalités. Le spectre est large, allant d'individus foncièrement respectueux des conventions sociales à ceux qui ont la volonté de préserver le sentiment d'être uniques et indépendants. Ces derniers seront ainsi plus enclins à refuser les pratiques qu'ils jugent trop moutonnières.

Ensuite, la conformité s'avère diversement encouragée selon les cultures. Si elle est fortement recommandée dans de nombreuses cultures où traditionnellement la collectivité prime sur les aspirations et les intérêts individuels, elle apparaît bien moins désirable dans la société occidentale contemporaine. Elle y contrevient en effet à l'individualisme ambiant et à la promotion d'un idéal d'indépendance et d'autonomie. Composer avec un tel contexte culturel pousse parfois les individus au déni de leur conformité même la plus flagrante. Cela les contraint surtout, en fonction des situations, à devoir évaluer coûts et bénéfices de leur conduite et à arbitrer en faveur du conformisme ou de l'originalité.

Enfin, si le ralliement à la tendance générale peut résulter d'une stratégie volontaire et réfléchie, la recherche actuelle s'attache désormais à montrer combien de simples signaux présents dans notre environnement, tout comme nos croyances préalables sur ce que sont censés faire ou penser nos congénères, sont à même de favoriser subtilement notre alignement conformiste sans que nous en ayons véritablement conscience.

—  Michel CHAMBON, Michaël DAMBRUN

Bibliographie

M. Dambrun & M. Chambon, « Conformité et obéissance », in L. Bègue & O. Desrichard dir., Traité de psychologie sociale, De Boeck, Bruxelles, 2013.

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Pour citer l’article

Michel CHAMBON, Michaël DAMBRUN, « CONFORMISME (psychologie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/conformisme-psychologie/