COMORES

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Nom officielUnion des Comores (KM)
Chef de l'État et du gouvernementMoustadroine Abdou (par intérim depuis le 13 février 2019)
CapitaleMoroni
Langues officiellesarabe, comorien, français
Unité monétairefranc des Comores (KMF)
Population812 100 (estim. 2021) 3
Note : Exclut les Comoriens vivant en France ou à Mayotte (environ 150 000 personnes)
Superficie (km2)1 862

Histoire

Les Comoriens : Africains et Orientaux

Il est difficile de dater avec précision l'arrivée des premiers habitants, mais il est vraisemblable que le peuplement d'origine africaine précéda la venue des Arabo-Shirazi et des Malgaches. Il semble probable que la vague de population africaine originaire de la côte orientale d'Afrique a atteint les Comores à l'âge du fer, entre le ve et le xe siècle. Malheureusement, on ne sait que peu de chose sur cette période. Ont-ils été les premiers ? Ont-ils été précédés par des Protomalgaches en route vers Madagascar ? ou par ces navigateurs commerçants d'origine indéterminée désignés ultérieurement comme Antalotes ? Toujours est-il que la chronique de Saïd Bakari qui relate l'origine des sultanats de Grande Comore suggère que les premiers arrivants venaient d'Afrique. La chronique de Kilwa, quant à elle, fait remonter la venue des premiers Arabo-Shirazi au xie siècle à Anjouan (Kilwa fut érigé en sultanat par un prince persan originaire de Shiraz, en 975). Les courants marins et les régimes des moussons rendent également plausibles des passages, à une époque reculée, de gens venant d'Asie du Sud-Est. Certains éléments très anciens de la civilisation comorienne proviennent probablement, directement ou non, de cette région (pirogue à balancier, bétel, cocotier et peut-être riz). De toute façon, ce n'est sans doute qu'à partir du xvie siècle que l'arrivée aux Comores d'une nouvelle vague d'Arabo-Shirazi (venant soit directement de « Shiraz », terme désignant, en fait, le golfe Arabo-Persique, soit de la côte est du continent appelée Zanj ou Mrima) transforma en profondeur la société existante, les nouveaux venus dominant les chefs traditionnels et/ou s'alliant à eux par des mariages. C'est de cette époque que datent des sources écrites, manuscrits en arabe, en swahili ou en comorien en graphie arabe, qui permettent de reconstituer des généalogies. On dispose parallèlement de récits de navigateurs européens : les Portugais s'installèrent même en Grande Comore de 1500 à 1505, déclenchant un mouvement de fuite des Grands-Comoriens vers les autres îles, et notamment à Mchambara (qui deviendra M'zamboro) au nord-ouest de Mayotte. L'archipel est désormais organisé en sultanats et la société divisée en classes plus ou moins rigides (wakabaila : les « nobles » ; une classe d'hommes libres : agriculteurs, bouviers, pêcheurs ; les esclaves). L'islamisation s'impose de façon plus générale : construction de la première mosquée en pierre de Mayotte, à Chingoni en 1566, et de celle d'Anjouan, à Sima, à peu près à la même époque. C'est au xvie siècle également qu'une troupe de Malgaches Sakalava s'établit dans le sud de Mayotte. Dès cette période coexistent dans l'île un peuplement arabo-shirazi au nord et un peuplement sakalava au sud, le tout sur fond d'origine africaine.

Aux xvie et xviie siècles, des navigateurs européens, en route vers les Indes, font escale aux Comores. À partir du milieu du xviiie siècle, les quatre îles sont victimes de razzias organisées par des pirates malgaches. Ces incursions affaiblissent les îles et poussent les sultans à rechercher la protection des grandes puissances. En 1841, Mayotte est aux mains d'un sultan né à Madagascar, Andrian Souli, qui, sentant le contrôle de l'île lui échapper, préféra la vendre au commandant Passot de la marine française contre une rente viagère de 1 000 piastres. Louis-Philippe entérina cette acquisition en 1843. L'installation de la France à Mayotte fut suivie de cinquante ans de rivalités franco-britanniques dans l'océan Indien, particulièrement dans les autres îles qui, de ce fait, demeurèrent formellement indépendantes. Mais le rôle prédominant joué par quelques aventuriers poussa les autorités françaises à intervenir bien avant l'annexion. En 1865, la reine de Mohéli concède à Lambert l'exploitation de toutes les terres de son choix. En Grande Comore, le sultan Saïd Ali procède de même avec Léon Humblot qui finira par l'évincer et deviendra le véritable maître de l'île jusqu'à sa mort en 1904. La monopolisation des meilleures terres, l'imposition du travail forcé déclenchent des insurrections (1856, Mayotte ; 1889, Anjouan ; 1896 et 1902, Mohéli ; 1890, Grande Comore) qui entraînent des interventions de la marine et l'installation de l'administration françaises. En 1890, un accord intervient entre la France et la Grande-Bretagne, laissant les mains libres aux Anglais à Zanzibar et aux Français aux Comores et à Madagascar. Le rattachement juridique des trois autres îles à Mayotte s'effectua en 1904 ; il fut suivi, le 9 avril 1908, d'un second décret rattachant Mayotte et ses dépendances à Madagascar. La loi d'annexion du 25 juillet 1912 ne fit que confirmer ces décrets.

Il n'y a pas un type physique comorien mais tout un spectre de métissages allant du plus clair, à dominante arabe, au plus foncé, à dominante africaine. Ce cocktail génétique – sur un fond africain des apports arabes, indonésiens-malgaches et même indiens et européens – n'empêche pas qu'une unité culturelle profonde rattache l'archipel à l'aire de culture swahili, laquelle s'étend le long de la côte de la Somalie au Mozambique en incluant les îles (Pate, Lamu, Pemba, Zanzibar, Mafia et Comores). Il ne s'agit pas de nier les particularismes de chaque île, ni les variantes régionales à l'intérieur d'une même île, mais de dégager les éléments communs à l'ensemble comorien. Une langue, le comorien, divisée en deux groupes dialectaux : d'une part, anjouanais-mahorais ; d'autre part, grand-comorien-mohélien. L'intercompréhension entre locuteurs des quatre parlers est possible même si elle demande un effort ; par contre, il n'y a pas intercompréhension avec le swahili standard, fondé sur le parler urbain de Zanzibar, qui ne servait que de langue diplomatique et commerciale dans les rapports de l'archipel avec le reste de la région.

Le ciment véritable de toute cette culture est l'islam (sunnite, rite shaféite). Sa pratique rigoureuse influence la vie de chaque individu par le respect des cinq obligations de l'islam, mais n'en laisse pas moins subsister un complexe de coutumes d'origine africaine préislamique, très proches de celles des peuples du continent : dévolution matrilinéaire des droits fonciers et responsabilité de l'oncle maternel sur les enfants de sa sœur, par exemple, ou encore rôle des devins-thaumaturges, les walimu (de l'arabe 'ulama, « savants »), identique à celui des « féticheurs » traditionnels. Le « grand mariage », source de dépenses ostentatoires aux conséquences économiques néfastes, est également un exemple d'institution africaine islamisée, dont le rituel (danses, notamment) n'a rien de coranique ou d'arabe.

C'est précisément ce mélange fonctionnel de traits culturels africains et orientaux qui caractérise la culture swahili dans son ensemble. [...]

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Comores : carte physique

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Comores : drapeau

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Végétation équatoriale aux Comores

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Réunion de l'O.U.A. au sujet des Comores

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au C.N.R.S., sous-directeur du Laboratoire de langues et civilisations à tradition orales, U.P.R. 3121 du C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Marie-Françoise ROMBI, « COMORES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/comores/