DENARD BOB (1929-2007)

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Robert Denard, dit colonel Bob Denard ou encore Saïd Mustapha Mahdjoub, fut, avec le Belge Jean Schramme, l'un des « affreux » les plus connus de l'histoire de l'Afrique postcoloniale. Tour à tour militaire, mercenaire et entrepreneur, Bob Denard fait figure de légende auprès du grand public comme des anciens de la « Françafrique ». La question de son appartenance ou non aux services secrets français et les poursuites judiciaires pour assassinat dont il fut l'objet de son vivant ont suscité de vives polémiques sur l'identité et le rôle réels du « colonel ».

Né à Bordeaux le 7 avril 1929, Bob Denard est le fils d'un sous-officier de l'armée coloniale française. Il s'engage à l'âge de quinze ans en tant que matelot de seconde classe dans la marine française. Il y suit d'abord les cours de l'École des mécaniciens, puis part pour l'Indochine et l'Algérie, en qualité de quartier maître dans les commandos. Il quitte l'armée en 1952, probablement après une bagarre dans un bar. Il accepte ensuite une place de conducteur d'engins et de mécanicien au Maroc, alors sous protectorat français, avant d'entrer dans la police chérifienne. En 1954, il participe à un complot visant à assassiner le Premier ministre Pierre Mendès France. Reconnu coupable, il est condamné à quatorze mois de prison. À partir de 1960, anticommuniste convaincu, il s'improvise « soldat de fortune ». Commence alors l'aventure africaine.

De 1960 à 1963, Bob Denard est l'un des chefs des « affreux » du Katanga, une province du Congo belge (actuelle République démocratique du Congo), en soutenant Moïse Tshombé qui vient d'en déclarer l'indépendance. L'opération est financée en partie par les grandes compagnies minières actives dans la région. Après la chute de Kolwezi en 1963, les mercenaires se réfugient en Angola avec l'accord du régime portugais. Puis, dès août 1963, Denard part pour le Yémen combattre dans la Ire armée de l'imam El Badr, que finance l'Arabie Saoudite, pour lutter contre les républicains soutenus par l'Égypte de Nasser. Il y est chargé d'encadrer les Touaregs. À la fin de 1964, il revient au Congo et offre ses services à l'armée nationale congolaise (A.N.C.) qui lutte contre les rebelles communistes. Il intervient ensuite en Angola, en 1975, au côté de l'U.N.I.TA. de Jonas Savimbi. On le reverra au Gabon, en Rhodésie et au Bénin où se déroule l'opération Crevette en 1977. Cette dernière opération, ratée, lui vaut une condamnation à mort au Bénin et cinq ans de prison avec sursis par la justice française.

Ce sont les aventures comoriennes qui vont rendre le nom de Bob Denard familier au public français. Pour sa première intervention, en 1975, dans le nouvel État des Comores qui vient de proclamer son indépendance, il renverse le président Ahmed Abdallah et le remplace par Ali Soilih. En 1978, il revient aux Comores et organise un coup d'État qui met fin au régime de Soilih, remplacé par l'ancien dirigeant, Ahmed Abdallah. Bob Denard s'occupe alors d'organiser et de diriger une garde présidentielle forte de plus de six cents Comoriens encadrés par une poignée d'officiers européens. C'est durant cette période qu'il se serait converti à l'islam sous le nom de Saïd Mustapha Mahdjoub. Bénéficiant d'une base arrière solide, Denard se lance dans divers projets (construction de routes, ferme expérimentale, hôtels, etc.). Sous l'impulsion du Français, les Comores deviennent le centre d'un trafic qui permet à l'Afrique du Sud de l'apartheid, sous embargo international, de se fournir en armes notamment. L'île sert également de base logistique à l'Afrique du Sud pour les opérations militaires contre le Mozambique et l'Angola, pays qui lui sont alors hostiles. Le 26 novembre 1989, lors d'un entretien mouvementé avec Bob Denard, le président comorien Ahmed Abdallah est tué. Mohamed Taki Abdulkarim, favorable à la France, devient président. Bob Denard est évacué quelques jours plus tard par des parachutistes de l'armée française vers l'Afrique du Sud (opération Azalée). Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1995, le « Vieux » débarque une ultime fois sur les côtes comoriennes avec une trentaine d'hommes et renverse Saïd Mohamed Djohar. En vertu d'accords bilatéraux avec les Comores, Denard et son équipe sont arrêtés quelques jours plus tard par des forces spéciales françaises et rapatriés.

De retour en France, Bob Denard vit dans son Médoc natal en attendant son procès pour l'assassinat d'Ahmed Abdallah. Le procès aboutit à un non-lieu en 1999, faute de preuves suffisantes. En juin 2006, poursuivi pour « association de malfaiteurs » devant le tribunal correctionnel de Paris pour son rôle dans le coup d'État de 1995, l'ancien mercenaire est condamné à cinq ans de prison avec sursis. Le « colonel », qui souffre de la maladie d'Alzheimer, n'est présent que durant l'instruction de l'affaire. Un an plus tard, en juillet 2007, il est condamné à quatre ans d'emprisonnement, dont trois avec sursis.

Bob Denard meurt d'une crise cardiaque, le 13 octobre 2007. Au cours de son existence, il se sera marié six fois et est le père d'au moins huit enfants.

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Pour citer l’article

Olivier HUBAC, « DENARD BOB - (1929-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bob-denard/