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COMMUNS

Communs numériques  et communs de la connaissance

Le mouvement du logiciel libre (free software) et des licences libres s’apparente également à la perspective des communs. Dans le cas du logiciel, il s’agit de préserver les pratiques de programmation libre et ouverte, qui s’étaient développées au début de l’histoire de l’informatique, lorsque les logiciels n’étaient pas encore commercialisés et que les usagers comme les programmeurs avaient accès aux codes sources. Deux événements, survenus au début des années 1980, remettent en question les pratiques des acteurs qui échangeaient librement les codes informatiques entre les laboratoires universitaires. En 1980, le vote du Software Copyright Act ajoute les programmes informatiques à la liste des éléments soumis au copyright. À partir de 1982, à la suite d’un procès antitrust contre IBM, les logiciels (softwares) peuvent être vendus séparément du matériel (hardware), ce qui donne un nouvel essor à leur commercialisation. Plus généralement, la diffusion de l’informatique favorise elle aussi le développement de l’industrie du logiciel. C’est pour empêcher la privatisation du codeque Richard Stallman, programmeur au AI Lab, un laboratoire du Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Harvard, lance le mouvement du logiciel libre. Dans son « manifeste GNU » (1985), il déclare que la privation de la liberté d’utiliser, de copier, de modifier et de distribuer les logiciels va limiter l'avancée de la science, corrompre l'ethos de la recherche, et restreindre la libre circulation de l’information qui conditionne le progrès social.

En 2001 est fondée l’association Creative Commons, qui crée l’année suivante un nouveau type de licence inspiré par les licences libres et les mouvements OpenSource et OpenAccess. Il s’agit d’un outil juridique qui protège les droits de l'auteur d'une œuvre artistique ou intellectuelle, tout en permettant la libre circulation du contenu de l’œuvre. Ces communs de la connaissance, en format numérique ou en format papier, sont d’accès universel, mais imposent plusieurs conditions d’usage : citer l’auteur, reprendre l’intégralité du texte, en faire un usage non commercial. Ils sont orientés vers l’enrichissement, et pas seulement la conservation comme pour les communs fonciers. Ces communs de la connaissance doivent aussi être conservés et protégés des attaques pour pouvoir être utilisés durablement. C’est le cas d’une encyclopédie en ligne comme Wikipédia, ouverte et d’accès universel, qui enregistre environ 600 millions de visites quotidiennes et 300 000 rédacteurs réguliers bénévoles. Les principes de gouvernance de Wikipédia tels que les délibérations directes entre les contributeurs ou l’accès aux différents statuts d’administrateur selon des règles démocratiques sont bien cohérents avec les principes de gouvernance d’un commun.

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Écrit par

  • : docteure en philosophie, diplômée de l'École supérieure de commerce de Paris, chercheuse associée à l'ESCP Business School (chaire économie circulaire)

Pour citer cet article

Cécile EZVAN. COMMUNS [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Le rio Chama, affluent du rio Grande (Nouveau-Mexique, États-Unis) - crédits : Mona Makela Photography/ Moment/ Getty Images

Le rio Chama, affluent du rio Grande (Nouveau-Mexique, États-Unis)

Jardins partagés Jean-Jaurès, à Montrouge (Hauts-de-Seine) - crédits : Magali Cohen/ Hans Lucas/ AFP

Jardins partagés Jean-Jaurès, à Montrouge (Hauts-de-Seine)

Elinor Ostrom - crédits : Pascal Le Segretain/ Getty Images Europe/ AFP

Elinor Ostrom

Autres références

  • ALTERMONDIALISME

    • Écrit par Christophe AGUITON, Universalis, Isabelle SOMMIER
    • 6 805 mots
    • 1 média
    ...continent nord-américain, les multinationales) et des griefs au nom et au service des « pauvres lointains » que sont les habitants des pays du Sud, ou des « biens communs » de l'humanité comme la sauvegarde des ressources naturelles. L'enjeu des inégalités Nord-Sud et celui de la défense de l'environnement...
  • AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne)

    • Écrit par Jean-Paul CHARVET
    • 3 014 mots
    • 2 médias
    ...déclinée dans ses composantes économique (viabilité), sociale (équité) et environnementale (durabilité sur le plan écologique). S’y ajoute une dimension éthique qui renvoie au respect de la biodiversité et du bien-être animal, et même à la notion de« biens communs » concernant le foncier agricole.
  • FAUNE SAUVAGE

    • Écrit par Romain JULLIARD, Pierre PFEFFER, Jean-Marc PONS, Dominique RICHARD, Alain ZECCHINI
    • 14 185 mots
    • 7 médias
    ...la rente en épuisant la ressource. Une telle problématique a été exposée dès 1968 par le biologiste Garrett Hardin dans un article devenu référence, The Tragedy of the Commons (La Tragédie des biens communs). Cet auteur prend l'exemple d'un éleveur qui fait paître ses animaux dans un champ communautaire....
  • HARDIN GARRETT (1915-2003)

    • Écrit par Fabien LOCHER
    • 855 mots

    Le biologiste Garrett James Hardin est l’une des figures marquantes du mouvement écologiste américain des années 1960. Il est devenu célèbre grâce à la parution, en 1968, dans la revue Science, de son article « The Tragedy of the Commons » (« La tragédie des communs »), dans lequel il...

Voir aussi