CLASSES SOCIALESLa théorie de la lutte de classes

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Classes et conflits

La société de l'individualisme démocratique se donne un modèle ni réalisé ni réalisable qui fonctionne, au mieux, comme une « idée régulatrice » (au sens que donne Kant à cette notion) : l'individu, originairement libre, d'un côté réalise son universalité dans la politique où il se fait sujet législateur, de l'autre réalise sa particularité dans la société civile, lieu des égoïsmes et des intérêts que limite le droit. Ainsi est-il toujours à la fois citoyen et propriétaire (et tous sont propriétaires puisqu'ils sont, au minimum, propriétaires de leur force de travail).

Un tel modèle implique que l'individu doit ne dépendre que de lui. Dans la société politique, tout groupement particulier, toute entente partielle contredisent à la sainteté du législateur. Dans la société civile, toute coalition, toute association d'intérêts contredisent à la spontanéité et à la liberté du marché. Si seul l'individu est juge de ce qui est bon pour lui, seul l'individu employé et l'individu employeur savent ce qui est bon pour eux et le contrat qu'ils passent ensemble n'a besoin d'aucun tiers. Au nom de l'individualisme est déduit le libéralisme économique. Mais la réalité empirique des sociétés démocratiques et industrielles est toute autre. Il y a des classes, il y a des conflits entre les classes. Et, tout libéral que veuille être un État, il ne pourra éviter de prendre en compte ce fait que lui impose la société civile réelle. À ne trop voir que le caractère mythologique de la notion marxiste de « lutte des classes » on risquerait, jetant le bébé avec l'eau du bain, de ne pas voir que nous n'avons jamais affaire à une société où les individus solitaires et maîtres d'eux-mêmes investissent leur vertu et leurs intérêts dans deux domaines bien balisés. La société de l'individualisme déchaîne les désirs, ouvre une dynamique de l'insatiable. Et, dans la course où chacun se lance pour « avoir plus », des groupes se forment, dont certains sont [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite, université de Paris-V-Sorbonne

Classification

Autres références

«  CLASSES SOCIALES  » est également traité dans :

CLASSES SOCIALES - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Gérard MAUGER
  •  • 1 012 mots
  •  • 1 média

Depuis près de deux siècles, il n'est pas une réflexion développée autour de la question des classes sociales qui n'ait repris ou réinterprété la distinction canonique héritée du marxisme selon laquelle les classes sociales existent sous deux formes : la « classe théorique » ou « classe sur le papier », d'une part, et la « classe réelle », classe mobilisée, d'autre part. Karl Marx avait le premier […] Lire la suite

CLASSES SOCIALES - Penser les classes sociales

  • Écrit par 
  • Gérard MAUGER
  •  • 4 744 mots
  •  • 2 médias

L'existence des « classes sociales », dont les uns annoncent le retour et d'autres la disparition, reste au centre des polémiques qui divisent non seulement le monde des sciences sociales, mais aussi les univers politique et médiatique, c'est-à-dire tous ceux qui font profession de produire des représentations du monde social. S'il en est ainsi, c'est sans doute parce que les classes et les luttes […] Lire la suite

CLASSES SOCIALES - Classe ouvrière

  • Écrit par 
  • Julian MISCHI, 
  • Nicolas RENAHY
  •  • 4 407 mots
  •  • 1 média

Classe ouvrière ? La notion paraît datée, associée à un type de mobilisation propre au xxe siècle. Le marxisme, sous ses différentes formes, lui a donné une forte visibilité sur les scènes idéologique, politique, artistique mais aussi scientifique. Depuis les années 1970, dans un pays comme la France, les débats intellectuels à propos de la classe ouv […] Lire la suite

CLASSES SOCIALES - Classes moyennes

  • Écrit par 
  • Louis CHAUVEL
  •  • 3 626 mots
  •  • 1 média

L'expression « classes moyennes » désigne des réalités diffuses, multiples, caractérisées selon les traditions nationales par une grande diversité morphologique, marquées aussi par une profonde instabilité historique. Toutes les tentatives de définition statistique rigides, destinées à enfermer cette réalité complexe dans des limites précises et immuables, ont débouché sur des impasses. En réalité […] Lire la suite

CLASSES SOCIALES - Classe dominante

  • Écrit par 
  • Gérard MAUGER
  •  • 2 471 mots

Dans le lexique des sciences sociales contemporaines, le concept de « classe dominante » se démarque à la fois de celui de « bourgeoisie », associé à la théorie marxiste, et de celui d'« élite(s) », affilié aux théories de la stratification sociale sous leurs diverses formes. Solidaire d'une représentation multidimensionnelle de l'espace socia […] Lire la suite

ALTHUSSER LOUIS (1918-1990)

  • Écrit par 
  • Saül KARSZ, 
  • François MATHERON
  •  • 4 564 mots

Dans le chapitre « « Je ne suis pas marxiste » »  : […] Cette phrase de Marx, Althusser l'applique tout d'abord à son auteur : ce n'est pas parce qu'une œuvre est signée de Karl Marx qu'elle relève nécessairement du marxisme. Pour en décider, un travail d'analyse et d'argumentation se révèle indispensable, afin d'identifier le dispositif théorique et les visées politiques qu'on nomme le marxisme. Les écrits de Marx étant écrits, ils constituent justem […] Lire la suite

ANTHROPOLOGIE POLITIQUE

  • Écrit par 
  • Georges BALANDIER
  •  • 5 804 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Stratification sociale et pouvoir »  : […] Une des tâches de l'anthropologie politique est de montrer les formes particulières que prennent le pouvoir et les inégalités sur lesquelles il s'appuie dans le cadre des sociétés traditionnelles. On peut évoquer, d'abord, les inégalités primaires fondées sur des critères naturels (sexe et âge) et « traitées » par le milieu culturel au sein duquel elles s'expriment ; elles instaurent une hiérar […] Lire la suite

ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE

  • Écrit par 
  • Maurice GODELIER
  •  • 5 144 mots

Dans le chapitre « Développement de l'inégalité »  : […] En définitive, le grand problème reste celui du développement de l'inégalité dans les sociétés primitives et des conditions et voies d'apparition de formes primitives d'État et de classes sociales. Il est utile de rappeler que, dès ses formes les plus primitives, la société archaïque comporte déjà, sur la base de la division sexuelle du travail, des statuts inégaux pour les hommes et les femmes e […] Lire la suite

ANTHROPOLOGIE DES CULTURES URBAINES

  • Écrit par 
  • Virginie MILLIOT
  •  • 4 424 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Controverses américaines sur les « cultures de la pauvreté » »  : […] Aux États-Unis, la dégradation des quartiers noirs américains dans les années 1960 et 1970 a suscité un vif débat sur la détermination économique et/ou ethnique des cultures du ghetto. Les analyses qui, à la suite d’Oscar Lewis (1966), ont fait de la pauvreté et de la ségrégation le terreau de ces cultures urbaines, se sont d’abord opposées à des interprétations en termes de spécificités ethnique […] Lire la suite

ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Architecture et société

  • Écrit par 
  • Antoine PICON
  •  • 5 774 mots

Dans le chapitre « L'architecture touchée par les Lumières »  : […] « On dit en général du goût que c'est un certain je-ne-sais-quoi-qui-plaît », déclare l'architecte Germain Boffrand dans son Livre d'architecture en 1745, en ajoutant que « cette idée est bien vague ». Aussi imprécise soit-elle, la référence des architectes des Lumières au goût n'en témoigne pas moins de leur souci de mieux répondre à la demande sociale des élites, quitte à faire quelques entors […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André AKOUN, « CLASSES SOCIALES - La théorie de la lutte de classes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/classes-sociales-la-theorie-de-la-lutte-de-classes/